Autor Thema: De couleurs en parfums (histoire en français)  (Gelesen 17847 mal)

0 Mitglieder und 1 Gast betrachten dieses Thema.

Offline flamme

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 1023
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #15 am: 22. März 2014, 15:42:36 Uhr »
Coucou Limeye!

J'ai une suggestion de nom pour la lettre Z: Zen...  ;) Par contre, je ne vois pas ce que Mickaël peut avoir trouvé comme nom commençant par un Y...   [needhelp] [wallbash]  Il ne resterait donc plus que W et X à trouver, qu'en pensez-vous les filles? O-tho, Frégo, Elaine? (je ne désespère pas!)

Chapeau pour la description du dessert aux pommes, j'ai beaucoup appris...  :o Et j'adore cette histoire qui se savoure bien à petites bouchées...  :D

J'admire l'intuition de Mickaël envers Maureen: il sait exactement quoi faire et... ne pas faire...  C'est vraiment remarquable et touchant, à fondre!  [eyeheart]

Bizz Vizz
Flamme
 [flower]
« Letzte Änderung: 22. März 2014, 15:47:47 Uhr von flamme »

Offline limeye

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 2569
  • Geschlecht: Weiblich
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #16 am: 22. März 2014, 18:53:58 Uhr »
Coucou Flamme, coucou à toutes et tous !

Bonne idée pour le Z ! Je n'y avais pas pensé... ça fait donc une lettre de plus dans la collection !

Pour le Y, en fait, Mickaël a fait fort : il en a même trouvé deux ! Yin et Yang ! Ca rejoint ton Z... histoire de finir l'alphabet avec une touche orientale et beaucoup de sérénité et d'équilibre ! Cela lui va bien  ;)

Donc à vos suggestions pour le X et le W ! Je suis preneuse !

C'est une histoire assez guimauve fondue, je dois bien l'avouer  [eyeheart]. Le jour où je vous écris un polar, sans guimauve, ou un thriller, promis, je vous préviens ! Mais ce n'est pas "mon genre"  [gonenuts]

Mickaël fait en effet preuve de beaucoup "d'intuition" avec Maureen ! Mais je pense qu'elle en fera de même... à sa façon.

Je suis certaine que vous vous demandez comment s'est terminée cette journée... voici donc la suite !

bizz

Limeye  :)


Le soir

- Bonsoir Lawra, tu vas bien ?
- Maureen ! Quelle joie de t'entendre ! Oui, je vais bien, et toi ? Tu travailles toujours aussi dur ?
- Oui, je fais toujours de bonnes journées... J'aurais voulu t'appeler depuis un moment, mais avec les arrivages de fleurs de printemps, j'ai apporté plusieurs changements dans mes compositions, ça m'a donné du travail...
- J'allais te téléphoner cette semaine, de toute façon.
- Comment ça va de ton côté ?

Lawra lui donne des nouvelles, parle de son propre travail, de son petit garçon, âgé de deux ans. Maureen s'est à demi allongée sur son lit, pour parler tranquillement avec son amie. Mais au bout d'un moment, Lawra demande :

- Bon, je n'arrête pas de parler, mais toi, tu ne m'as pas raconté grand chose encore...

Là, elle a le choix, soit elle dit quelque chose comme "rien à signaler, tout va bien..." soit elle embraye. Après tout, si elle a décidé d'appeler Lawra ce soir, c'est bien parce qu'elle avait l'intention de lui parler de Mickaël, non ?

- J'ai été invitée, Lawra, tantôt. Une balade.
- Qui ?
- Un jeune gars qui est venu acheter des fleurs dimanche dernier, pour l'anniversaire de sa mère. Et qui me prend les invendables en semaine.
- Raconte !

Elle raconte. Lawra écoute, comme toujours, tout d'une traite, sans poser de questions, attendant qu'elle ait terminé. L'invitation, la balade, le goûter. Les boîtes de thé. Et même la blague de Sam qui fait hurler de rire Lawra, qui a toujours été bon public.

- Oh, elle est trop bonne celle-là ! Ca doit être un sacré rigolo, le Sam en question... Mais ce n'est pas lui qui t'intéresse, n'est-ce pas ?
- Non...

Et elle continue. Envoûtant. Envoûtant qui lui tourne dans la tête depuis... Depuis qu'elle est repartie, simplement.

- T'as peur ?, demande Lawra alors qu'elle a fait silence et qu'il se prolonge.
- Oui.

Soupir de Lawra. Forcément. Ce salopard de Brian a laissé trop de traces. Qu'est-ce qu'elle peut dire ? Pour la rassurer ? L'aider à faire confiance ? Il n'a pas l'air d'un mauvais gars, ce Mickaël... mais après tout, Brian non plus n'avait pas l'air d'un mauvais gars, seulement...

- T'es rentrée chez toi ?
- Oui, dit Maureen d'une toute petite voix.

Et là, même si elles ne sont pas face à face, Lawra comprend.

- Et tu le regrettes ? D'être partie, je veux dire ?

Grande inspiration :

- Oui.

Silence.

- Mais j'ai trop peur, Lawra. Ca va trop vite. Je veux pas exploser... en plein vol.
- Qu'est-ce qui va trop vite ? Lui ?
- Non, même pas... je ne peux même pas dire ça... plutôt...
- Que tout s'enchaîne ?
- Oui...
- C'est simple, pourtant, Maureen. Ca arrive toujours quand on s'y attend le moins. Plus tu cherches, moins tu trouves. Et puis, un matin, tu fais tes petites affaires comme d'habitude, un bouquet, deux, cinq... une fleur, une branche, une autre fleur... et boum ! Tu l'avais pas vu venir. Lui pensait pas te croiser...
- Mais qu'est-ce que je fais maintenant ?

Maureen a presque crié dans le téléphone. Elle est à la limite de pleurer. Mais serait bien incapable d'expliquer pourquoi.

- De quoi t'as envie, là, maintenant ? Main-te-nant.
- Juste d'être dans ses bras...
- Alors, vas-y.
- Mais je ne peux pas ! Il va se poser plein de questions... m'en poser plein aussi...
- T'es pas obligée de répondre à toutes. T'es même pas obligée de répondre tout de suite. Ca, ça pourra venir après, les explications. Et à mon avis, des questions, il ne va pas s'en poser plein, il s'en pose déjà plein. Alors soit tu lui laisses une chance de te les poser un jour, et toi, d'y répondre, soit... tu refermes toutes les portes. Mais plus tu verrouilleras, Maureen, plus ce sera dur à rouvrir... et la douleur, tu as déjà eu ton lot plus que toute une vie ne peut en supporter.
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline flamme

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 1023
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #17 am: 23. März 2014, 03:24:35 Uhr »
Coucou Limeye!

Une inspiration m'est venue pour le W: Wow... pour un paysage que j'ai vu aujourd'hui, pour un futur mélange de thé, et pour ton histoire...  :D Je suis très attachée à tes personnages, et Lawra ne fait pas exception! Elle est vraiment de bon conseil!  [chinese]

Tu as fait défiler quelques noms de thé, jusqu'à maintenant... Vas-tu mentionner chaque lettre de l'alphabet d'ici la fin? Il ne manque plus que le X, si tu aimes le Wow! Mais je ne pense pas avoir d'autre inspiration de si tôt pour cette lettre!  ;D

Bizz Vizz et  [goodnight]
Flamme
 [flower]

Offline limeye

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 2569
  • Geschlecht: Weiblich
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #18 am: 23. März 2014, 14:39:58 Uhr »
Coucou Flamme !

pas mal pour le W... je garde l'idée en tête, je verrai si l'occasion se présente de créer un tel thé !

pour répondre à ta question, j'ai en effet bien l'intention de vous faire découvrir petit à petit la collection de thés de Mickaël, de même que sa collection de whiskys (moins étendue, mais conséquente cependant  ;) ). Je ne sais pas si j'aurais l'occasion de tous les citer, une bonne partie, c'est certain, en tout cas, je pourrais vous livrer la liste en annexe, une fois que j'aurais terminé l'histoire (ce qui est loin d'être le cas pour l'instant, car j'ai beaucoup d'idées pour le développement !).

Lawra est en effet un personnage très attachant, dont vous ferez connaissance plus loin (heu, beaucoup plus loin  ;D ), mais qui intervient cependant à intervalles réguliers.

Je vous livre la suite... à condition que vous ayez votre "kit" à portée de main  ;). J'espère que vous aimerez...

bizz vizz

Limeye  :)


Lundi

Maureen est debout devant la fenêtre de sa chambre, qui donne sur la rue. Il pleut. Les gouttes ruissellent sur le carreau. Tout est gris. Le ciel est gris. La pluie est grise. La rue est grise. Les voitures sont grises. Les gens, les parapluies, le mur en face...

Sauf un regard vert qui la fixe, là, depuis le trottoir.

Sa main tremble, en se posant sur la poignée de la fenêtre, dont la peinture s'écaille un peu.

Qu'est-ce qu'il fait là ? Sous la pluie ? Appuyé à son vélo ? A la regarder ainsi ?

Bien sûr qu'il la voit. Bien sûr qu'il sait qu'elle est à la fenêtre. C'est idiot. Il va finir trempé, malgré le long imperméable qui lui descend aux genoux. Mais si elle le fait entrer... si elle le fait entrer, elle sait très bien comment cela va finir. Dans son lit.

Et pourquoi pas ? Et pourquoi non ?

Ce petit mot. Non. Il était si difficile à dire. Elle a tant lutté pour réussir à le dire. Et maintenant, il faudrait qu'elle y renonce ? Qu'elle dise oui ? Est-ce que ce n'est pas trop risqué ? Est-ce qu'elle ne va pas perdre... tout ce qu'elle a pu gagner ?

Elle ferme les yeux, appuie son front contre la vitre. Quand elle les rouvre, il est toujours là, la tête légèrement levée.

"- De quoi t'as envie, là, maintenant ? Main-te-nant.
- Juste d'être dans ses bras..."


Elle pensait trouver la paix, mais c'est un autre combat qui l'attend. Encore combattre. Encore lutter... Mais qu'est-ce que c'est que ce courant d'air froid, là, qui descend vers ses jambes ? Qu'est-ce que c'est que cette pluie qui frappe son visage et dont quelques gouttes s'écrasent déjà sur son chemisier ? Pourquoi la fenêtre est-elle ouverte ? Qui l'a ouverte ?

Toi, Maureen. C'est toi.

**

Etendu sur le flanc, il regarde la ligne de son dos. L'arrondi de sa hanche qui se devine sous le drap, et le creux de ses reins. Son regard remonte le long de sa colonne vertébrale, petites saillies au milieu de son dos, vers la rondeur de ses épaules. Quelques mèches de cheveux couvrent son cou. D'un geste doux, il les écarte pour déposer un léger baiser à la naissance de son épaule. Velouté. Sa peau est un velouté.

Il pose sa main sur son épaule, la laisse doucement descendre le long de son bras. Il se rapproche un peu d'elle, cherche sa main, la trouve et noue ses doigts aux siens. Elle a les yeux ouverts. Ouverts sur un monde qu'il n'a pas pu pénétrer, dont elle ne lui a pas laissé franchir la frontière.

"C'est trop tôt", pense-t-il. "Ou peut-être que c'est trop tard et que ce ne sera jamais possible..."

- Mickaël ?, demande-t-elle doucement.
- Oui ?
- J'ai besoin d'être un petit peu seule.
- Ah..., dit-il alors que ses lèvres s'aventuraient sur son épaule.

Il arrête sa caresse et demande :

- J'ai fait quelque chose de mal ?

Elle secoue la tête, non, rien de mal, bien au contraire... sauf qu'elle a besoin d'un peu de temps et de solitude pour digérer tout ça.

- Je pourrais pas passer demain matin, dit-il, c'est mon tour de criée. Je... je pourrais te faire un coucou mercredi matin ?
- Oui, bien sûr, dit-elle en se retournant vers lui et en lui offrant la vision ravissante de sa poitrine et de la naissance de son ventre.
- D'accord, je passe mercredi à ta boutique.

Puis il dépose un léger baiser sur ses lèvres et s'écarte en disant simplement :

- Dors bien.
- Merci.

Et elle se tourne à nouveau sur le côté, pendant qu'il s'active à récupérer ses vêtements et à les enfiler rapidement. Il sort de la petite chambre en refermant la porte et en jetant un dernier regard vers le lit. Maureen a fermé les yeux, alors il s'éloigne, longe le couloir et ouvre la porte donnant sur l'escalier étroit qui le mène au rez-de-chaussée, puis à la porte de la rue, juste à côté de la boutique. Il se dit qu'il n'a pas la clé pour verrouiller... qu'elle se relèvera peut-être pour le faire.

Quelques minutes plus tard, il est de retour chez lui. Il ouvre le placard à thés, le referme aussitôt. Là, maintenant, ce soir, alors qu'il est à peine 22H, c'est d'un bon whisky dont il a besoin. Un tourbé, un peu sauvage, un rien iodé... Il ouvre un autre placard, trouve sans peine la bouteille et s'affale dans son canapé, un verre à la main.

Il se sert. Il n'a pas l'intention de se saouler, juste d'avoir un petit accompagnement à ses réflexions. Mais il n'est pas certain de trouver la moindre réponse à ses questions. 

**

Pourquoi est-ce qu'elle m'a demandé de partir ? On était bien, pourtant... Je pense pas avoir été minable... ni avoir dit de conneries... Je crois même... que c'était plutôt bien... Enfin... à moi, elle m'a plu...

Il ferme un instant les yeux, revoit les dernières heures. La fenêtre qu'elle s'était finalement décidée à ouvrir, comment elle l'avait fait entrer, par la porte sur le côté. L'escalier, le couloir. Les deux petites portes sur la droite en entrant. Quand elle lui avait demandé, alors qu'ils n'avaient pas encore échangé le moindre mot s'il voulait boire quelque chose et qu'il l'avait alors prise dans ses bras, qu'il l'avait fixée un long moment et qu'il avait simplement répondu qu'il voulait boire à ses lèvres. Et il l'avait embrassée.

Il rouvre les yeux, fixe sans le voir le plafond. Il repense à cette sensation délicieuse, ce parfum légèrement fruité de sa bouche, à ses lèvres... soyeuses. Puis comment tout s'est naturellement enchaîné, sa chambre, son lit, son corps qu'il découvrait, comment il avait pris le temps de lui enlever ses vêtements, comment il avait pris le temps de goûter au grain de sa peau... Elle était si douce, d'une douceur incroyable, qu'il n'avait jamais connue avec ses autres copines ou conquêtes.

Elle a quelque chose que les autres n'ont pas... Mais quoi ? Va-t-elle me laisser le découvrir ? Acceptera-t-elle de le révéler ? De le donner ?

Il se relève, marche vers la fenêtre de la cuisine. Dehors, c'est la nuit. De chez lui, il ne peut pas voir en direction de sa rue. Elle est sur sa droite, par rapport à son appartement. 

Faut pas que j'y aille, faut pas que j'y aille... pas avant deux jours. Lui laisser du temps... pourquoi ?

Il finit par gagner sa chambre, son lit lui paraît froid, vide. Elle lui manque. Déjà.
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline Frégo80

  • Joan Randall
  • ****
  • Beiträge: 335
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #19 am: 24. März 2014, 21:21:52 Uhr »
Coucou Limeye!

Pour le X, je crois que je vais tricher et dire X pour Xcitant et Xtra-sensoriel malgré les couleurs et parfums ;D [eyeheart] :-\ [loveu]

Pour le titre du filme, ce ne serait pas "La part des Anges"par hasard.

A+

Frégo  8)


Offline limeye

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 2569
  • Geschlecht: Weiblich
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #20 am: 24. März 2014, 22:01:01 Uhr »
bonsoir Frégo !

tu commences à affiner les propositions pour le titre du film ! Je dirai que tu commences à chauffer... ce n'est pas un film de Ken Loach qui m'a inspirée, bien que ce soit un réalisateur que j'aime beaucoup ! Ca aurait pu..., c'est vrai ! Mais je donne un nouvel indice : il s'agit d'un réalisateur au nom écossais (mais pas écossais).

mais je reconnais que comme il va être question aussi de whisky dans cette histoire, et pas seulement de thés... la part des anges mériterait de figurer parmi mes sources d'inspiration  ;D

je note ton idée pour le X... et finalement, Mickaël les aura toutes, ses lettres  ;)

voici une suite... et après, dodo !

bizz

Limeye  :)


Mardi

Maureen fixe la fenêtre de sa chambre, dont elle n'a pas tiré les rideaux. La lumière d'un réverbère filtre à travers les carreaux mouillés. Elle entend encore la pluie tomber. Puis son regard se pose sur la place à côté d'elle, vide. Là où Mickaël était allongé il y a encore une poignée d'heures. Elle a somnolé après son départ, mais la voilà maintenant bien réveillée.

Que va dire Lawra ? D'avoir foutu Mickaël à la porte... c'est bien ça qu'elle a fait, non ? Il ne reviendra pas... Il a dit qu'il repasserait, mais c'était certainement pour dire quelque chose... ne pas partir sans un mot. Pourquoi ne pouvait-elle pas prendre un peu sur elle ? Il aurait pu rester jusqu'au petit matin, même s'il était parti tôt pour son travail... Au moins, à cette heure, elle aurait pu se blottir contre lui, sentir ses bras l'entourer... peut-être même qu'ils auraient refait l'amour...

Oui, peut-être... parce que c'est ce qu'ils ont fait. Mais en découvrir la réalité et la vérité, c'était donc trop pour elle ?

**

- Chef ?
- Hum, oui, Jonathan ?
- Dîtes, c'est pas trop, là, pour la cuisson des carottes...
- Ah, merde, t'as raison... flute, zut ! Bon, on va rattraper ça, tiens regarde. On a de la chance, la carotte, ça se tient bien. On va faire une sorte de purée caramélisée. Avec l'escalope de canard, ça ira très bien.
- Est-ce que je mets un peu de thym ?
- Hum... pas mal comme idée, vas-y, improvise mon gars ! Faut qu'on rattrape le coup...

Il se reprend, se reconcentre. Faut pas qu'il perde le fil, pas maintenant, en plein rush. Allons, Micky, concentre-toi, bon sang, concentre-toi... Pense pas à Maureen, pense pas à ses yeux, pense pas à sa bouche, pense pas à sa peau... Pense pas, pense pas, pense pas... La commande de la 5, ça y'est, c'est bon. Pas con, Jonathan, définitivement pas con... Pense pas... Pense pas à son regard, quand elle a chaviré, qu'elle t'a fait chavirer aussi... Ok, un velouté d'asperges... Velouté, comme sa peau... Un pavé de bar aux algues, faut que je lui fasse goûter ça... Il faut qu'elle me laisse lui faire goûter ça...

Et il tourne, observe, surveille, relance, ajoute, saupoudre.

- Garde la sauce au chaud, Jonathan, attention qu'elle ne bout pas... juste frémissante... là, tu vois, la température. L'huile, pour le poisson, faut qu'elle soit chaude, pas bouillante... quand elle commence à faire cela, c'est déjà limite...

Et il ajoute, reprend, goûte, mélange... Maureen, Maureen, Maureen...

Enfin, la dernière commande, enfin, le dernier plat. Et ce soir, les derniers clients ne veulent pas le voir. Ce ne sont pas des habitués. Il sort dans la ruelle, derrière le restaurant, là où donne le petit couloir du vestiaire. Nuit fraîche et humide, odeur des poubelles, sur le côté. Il s'adosse au mur, lève les yeux, devine des nuages sombres qui courent dans le ciel.

- Dis donc, Micky, t'étais pas dans l'coup, ce soir !

La voix toujours gouailleuse de Sam le tire de sa rêverie. Il se tourne vers son ami.

- Ca arrive.

Sam tire son paquet de cigarettes de sa poche, en allume une, et commence à fumer. Mickaël n'a jamais compris comment Sam pouvait être bon cuisinier et fumer. Le tabac altère le goût et l'odorat. C'est aussi une des leçons qu'il a retenue de ses années d'études au lycée. Il en a déjà parlé avec Sam, mais il n'est pas là pour lui faire la morale. Son ami sait ce qu'il a à faire.

- T'as levé une petite ?
- Hein ?
- Raconte pas de craques, Micky, t'as une fille dans le collimateur..., continue Sam en soufflant une nouvelle bouffée.

Il ne répond pas. Il n'a pas tellement envie de parler de Maureen à Sam, en tout cas, pas tout de suite, et surtout pas de lui raconter ce qui s'est passé la nuit dernière. 

- Allez, dis quelque chose ! Blonde ? Brune ? Rousse ?

Il soupire. Il connait bien son Sam. Têtu comme une bourrique, dès qu'il s'agit de lui tirer les vers du nez à propos d'une fille. Maureen n'échappera pas à la règle. Il n'a pas encore trouvé la parade à la curiosité de Sam.

- Châtain.
- Tu devrais te mettre aux blondes, je t'ai déjà dit...
- Bon, allez, j'y vais.
- Ouais, c'est ça... surtout, salue-la bien de ma part ! Et bonne b...

Il rentre dans l'arrière-cuisine, en pensant "Des fois, Sam, t'es trop c...", mais sourit avec amusement.

Il ressort peu après, remonte sur son vélo, la ruelle, puis le boulevard, quasi désert. Il franchit la Clyde, eau sombre aux reflets de la ville, change de quai. Une ou deux voitures, un taxi, là bas, qui tourne vers le pont. Petit crachin qui mouille ses cils, première à droite, deuxième à gauche, traverser l'autre boulevard, remonter... Il crispe les mâchoires, serre plus fort les mains sur son guidon. Dépasse la rue par laquelle il remontait, avant. Avant l'autre semaine. Avant Maureen.

"Fais demi-tour, Micky, fais demi-tour..."

Mais il continue, laisse la première rue de côté, tourne sans hésitation dans celle de la jeune femme, se met en danseuse pour grimper la côte plus aisément. Un coup de frein, son pneu arrière qui dérape légèrement sur le bitume mouillé.

La fenêtre de sa chambre est encore éclairée.

**

- Qu'est-ce qui te fait peur, Maureen ?, demande-t-il doucement, en repoussant une mèche de son front.

Il voit son regard flancher. Encore cet éclat de douleur qu'il voudrait tant effacer.

- C'est compliqué. A raconter. J'ai pas envie... de raconter.
- D'accord.

Il l'embrasse tendrement.

- Mais est-ce qu'au moins, on peut passer des moments ensemble ? Comme dimanche ? Comme cette nuit ? Est-ce que tu veux bien cela ?
- Oui, répond-elle en venant appuyer son front contre sa poitrine.

Il l'entoure de ses bras, embrasse ses cheveux.

- Alors, lundi prochain, je t'emmène dans une distillerie. Et voir la campagne, autour de Stirling. C'est pas très loin, mais ça nous fera sortir de la ville.
- Je veux bien.
« Letzte Änderung: 31. März 2014, 02:46:00 Uhr von limeye »
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline flamme

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 1023
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #21 am: 25. März 2014, 21:56:19 Uhr »
Coucou!

Frégo, quelle bonne idée pour le X! Rien de tel que le travail d'équipe pour relever des défis... de toutes sortes!  ;D

Et rien de tel, Limeye, qu'une histoire comme celle-ci pour nous réchauffer le cœur... jusqu'à la fonte!  [loveya]

Mickaël n'a pas réussi à tenir jusqu'à mercredi... ;D il est bien accroché!  [eyeheart] [loveu] [knuddeln] Maureen va se laisser apprivoiser peu à peu, semble-t-il... elle me semble accrochée aussi! Mickaël a une si belle personnalité, à laquelle il est difficile de résister! [jump] [imsorry] [flower]

Quant à Sam, il a un humour redoutable... et direct!  ;D

Je n'ai pas vu La part des Anges, mais ça m'a rendue curieuse... je vais l'ajouter à ma liste des films à voir... un jour!

Bizz
Flamme
 ;) 

Offline limeye

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 2569
  • Geschlecht: Weiblich
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #22 am: 26. März 2014, 10:58:13 Uhr »
Coucou les filles !

je suis POUR le travail d'équipe  :D ! Et merci beaucoup de vos avis sur cette histoire, bien différente du monde dans lequel j'écris habituellement. Pas d'enlèvement, pas de méchants à combattre, pas de défis scientifiques à relever... pas de héros torturé par ses sentiments, pas de robot hyper-protecteur, ni d'androïde malicieux  ;D ;D ;D

néanmoins, comme tu le soulignes, Flamme, Sam peut s'aligner avec Otho !

mais difficile cependant de me départir de ma fibre romantique  [eyeheart] et quand il y a une rencontre aussi charmante, plaisante et intéressante que celle-ci, difficile de résister à l'envie de l'écrire  ;)

j'imagine que vous avez envie de lire la suite de la "conquête" de Maureen par Mickaël ?

c'est parti pour une nouvelle petite promenade, avec photo...

bizz

Limeye  :)

ps : Flamme, je ne peux que te conseiller les films de Ken Loach ! Ce sont des petits bijoux...


Avril

Lundi


http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/07/Stirling%28DonaldMacDonald%29Dec2005.jpg

Ils sont allés à Stirling. La campagne rappelle vraiment à Maureen celle autour de Dublin. Les collines ont des formes douces. Le temps s'est remis à la pluie. Mickaël lui indique la route vers la distillerie. Harris a besoin de passer une commande, et lui, de se racheter une ou deux bouteilles.

Ils sont accueillis par un employé qui fait office de vendeur. Mickaël le connait, ils se sont déjà vus deux ou trois fois. Après les saluts d'usage, le jeune homme explique ce qu'il est venu chercher, mais demande aussi s'il est possible de faire la visite des lieux, Maureen n'étant jamais entrée dans une distillerie. Le vendeur les précède et explique les différentes étapes de la fabrication des whiskys. A l'issue de la visite, ils entament une dégustation.

- Celui-là, il devrait plaire à votre patron, dit le vendeur en servant un petit verre à Mickaël. Vous voulez goûter, Miss ?
- C'est trop fort pour moi, répond Maureen avec un petit sourire.
- Hume-le, dit Mickaël, c'est fort en goût, oui, et encore, celui-ci n'est pas tourbé, mais rien que pour les arômes.

Il lui tend le verre et elle inspire, laisse les odeurs envahir ses narines. Le vendeur ouvre une autre bouteille, d'un whisky plus âgé, prend un autre verre. Il renouvelle l'opération avec deux autres variétés, disposant les verres dans un ordre bien précis. Maureen les sent tous, décèle aisément les différences. Sérieux, Mickaël fait de même, mais en les goûtant aussi. Une gorgée à chaque fois.

- Le premier, en effet, pour Harris, ce sera bien, je vais vous en prendre 6 bouteilles, pour le restaurant. Moi, je veux quelque chose de plus riche. Le troisième était bien.
- J'ai aussi un autre, un peu particulier. Je vous laisse découvrir.

Maureen prend le verre qu'il lui tend, le hume également, mais s'étonne et sans rien dire, donne le verre à Mickaël. Après avoir juste senti le liquide ambré, il sourit et comprend l'étonnement de la jeune femme.

- Alors ?, lui demande-t-il en la regardant avec les yeux qui pétillent.
- Il est... comme fumé, non ?

Le vendeur hoche la tête, se dit que la jeune femme a du nez.

- Exact, répond Mickaël, puis il goûte enfin. Vous ne l'aviez pas la dernière fois que je suis venu...
- Non, on fait un essai. Sur une petite quantité, on ne le propose qu'à des amateurs.
- J'aime bien. Je vais vous prendre une bouteille du troisième et une de celui-là. A mon avis, Sam l'appréciera aussi... mais je n'ai pas intérêt à oublier la bouteille sur la table la prochaine fois qu'il passera à la maison.

Il songe néanmoins que cela pourrait faire un beau cadeau pour l'anniversaire de son ami, à l'automne prochain.

Quand ils ressortent, l'après-midi touche à sa fin, et dans la voiture, Maureen demande :

- Ce n'est pas en France que tu as appris à goûter le whisky, quand même ?
- Si... indirectement, répond-il en se redressant sur son siège après lui avoir indiqué la route à suivre. Nous ne recevions pas qu'un enseignement lié à la cuisine, j'ai aussi suivi des cours d’œnologie. Oh, pas au point d'être un grand spécialiste, bien entendu, mais on nous apprend à utiliser les différents alcools, mais aussi à savoir choisir le ou les vins qui pourront le mieux accompagner un plat. On apprend donc à goûter. Et goûter du vin ou du whisky, c'est le même processus.

Elle hoche la tête, elle a compris.

- Tu as vraiment du nez, poursuit-il. Faire la différence entre tourbé et fumé, ce n'est pas toujours simple, surtout quand on n'a pas l'habitude. Mais tu pourrais essayer de les goûter aussi.
- Ca me brûle, j'ai du mal avec l'alcool, sauf la bière... ça passe.
- Normal pour une Irlandaise...

Il regrette d'avoir dit cela, car le visage de Maureen se referme. Il se maudit et reprend :

- Oui, tu pourrais goûter en ajoutant de l'eau. Tu aurais ainsi tous les parfums du whisky sans en avoir la force.
- De l'eau ? Ce ne serait pas un crime de lèse-whisky ?, s'étonne-t-elle.

"Ouf, elle est repartie sur autre chose... Micky, évite de parler de l'Irlande, espèce de sombre idiot. T'as pas encore compris qu'il ne faut PAS lui parler de l'Irlande ?"

- Non, répond-il, ce qu'il faut éviter, c'est la glace. Mais de l'eau à température ambiante, c'est bon. Tu veux essayer ce soir ?

Elle hausse les épaules, hésite un peu, puis accepte. Les revoilà chez Mickaël. Elle n'y est pas revenue depuis la balade le dimanche précédent. A chaque fois, il l'a rejointe chez elle, dans la nuit, après son service. Et la veille, ils se sont baladés à pied, dans Glasgow Green, le parc situé le long de la Clyde. Ils ont passé un bon moment dans l'immense serre, elle y a reconnu de nombreuses plantes, il en a découvertes beaucoup.

Ils s'installent d'emblée au salon, il prépare deux verres, sort trois bouteilles, de l'eau.

- Tu veux me faire goûter tout ça ?
- Non, juste d'abord les sentir. Au goulot, c'est pareil. Les arômes sont même encore plus concentrés. Sens les trois, et dis-moi lequel tu préfères, à son parfum. Et je te ferai goûter celui-là.

Il lui ouvre les bouteilles, l'une après l'autre, les refermant avec soin quand elle a terminé. Elle choisit un whisky dont la couleur se révèle très claire. Il lui sert un tout petit verre, dose l'eau. Elle prend une gorgée, c'est fort, mais elle supporte de l'avaler. Elle ouvre grands les yeux, souffle, porte la main à sa gorge, mais en reprend une deuxième gorgée.

- C'est bon, mais c'est fort quand même...
- Tu veux un thé ?
- Je veux bien. Mais à une condition !
- Laquelle ?
- Que je choisisse vraiment la lettre, cette fois !, dit-elle en riant.

Il rit aussi, mais approuve. Maureen choisit le M.

- On a le M en commun, explique-t-elle. Alors va pour M.
- On n'a pas que cette lettre-là en commun, répond-il avec un petit air mystérieux, mais va pour M. C'est un bon choix, sauf que là encore, j'en ai deux...
- Et bien, fais-moi goûter les deux !

Il secoue la tête.

- Pas possible, ils sont trop différents et ne s'enchaînent pas bien. Et surtout, il ne faut pas oublier qu'on a bu avant... il faut un thé qui va "passer" après le whisky.
- Surtout pour toi !
- Comment ça, surtout pour moi ?
- Tu as quand même bu plusieurs petits verres... un sacré mélange depuis le milieu de l'après-midi...
- Pas faux. Disons qu'en effet, j'ai le palais bien saturé. Donc, ce sera celui-là, dit-il en sortant une des boîtes du placard.
- Je peux lire les noms sur les boîtes ?
- Non... sinon, ça enlève le charme de la découverte.

Elle sourit, se pelotonne sur le canapé. Elle n'a pas bu beaucoup, mais cela suffit à ce qu'elle ressente une légère euphorie. Pendant qu'il s'active en cuisine, elle laisse son regard faire le tour de la pièce.

- Ca t'arrive de regarder la télé ?
- Jamais. Ou presque. Les rares fois où je la regarde, c'est quand Sam et deux autres copains viennent. On se mate un film en buvant un peu. C'est une que ma sœur m'a donnée... en me disant : "Le jour où tu garderas Léony, tu seras content de pouvoir lui mettre des dessins animés..." Sauf que les dernières fois où j'ai gardé ma nièce, je l'ai emmenée en balade, même s'il pleuvait. On avait autre chose à faire que regarder la télé.

Il revient au salon, avec la théière et les tasses.

- Tu as faim ?
- Pas pour l'instant. Il est tôt encore. 

Il s'assoit à côté d'elle, elle vient se blottir contre lui, ferme les yeux. Elle est bien. Elle pense à Lawra. Il faudra qu'elle la rappelle demain soir. Elle sait son amie attentive, voire un peu inquiète. Elles se sont rappelées samedi, pendant que John, le mari de Lawra, était au pub. Elles pouvaient parler longtemps, tranquillement, alors que le petit Kevin dormait déjà.

Il passe doucement sa main dans ses cheveux, il a la tête levée vers le plafond. Il reste un moment ainsi, il aime l'avoir contre lui, juste comme cela. Il se redresse un peu, prend la théière et les sert, lui apporte sa tasse.

Ce qu'il ignore encore, c'est qu'avec de simples gestes comme celui-là, Maureen s'attache chaque jour un peu plus à lui.

**

Ils savourent, sans se presser, le thé. Marin. Il lui a proposé Marin, pour trancher avec le whisky, tout en restant dans des arômes assez marqués.

- Et parce que tes yeux me font penser à la mer, ajoute-t-il à son oreille, après qu'elle lui ait demandé comment s'appelle celui-ci.

Mais il laisse sa tête contre son épaule, et commence à faire courir ses lèvres sur la peau fine de son cou. Et sa main remonte dans ses cheveux, avec douceur. Son autre main glisse le long de sa hanche, puis il la regarde. Encore cette couleur si particulière, peut-être juste un peu plus bleue que d'habitude. Mais son regard est calme, apaisé. Et il s'en réjouit. Il ne sait toujours pas d'où lui vient parfois cet éclat de tristesse, cette trace douloureuse, mais au moins, il arrive qu'elle disparaisse. Comme là, maintenant. Peut-être lui dira-t-elle un jour, peut-être finira-t-il par savoir. Pour l'heure, cela lui suffit d'y lire la paix, et quelque chose qui s'apparente aussi à la confiance.

Il l'embrasse, fait durer ce baiser, et alors qu'elle glisse la main sous son pull, il dégrafe le premier bouton de son chemisier.

Il caresse, cherche, frôle, devine, parcourt, embrasse, goûte. A demi-nus, le souffle déjà court, il l'entraîne vers sa chambre. C'est la première fois qu'ils vont dormir là, mais elle n'en voit pas grand-chose. Car elle ne peut détacher son regard de ses yeux vert profond, sereins et lumineux comme une forêt après une pluie d'été. Elle aime ce qu'elle y lit, même si, parfois, la force des sentiments qui s'y expriment la ferait presque reculer. Elle en reconnait certains, pour les avoir vus dans les yeux de Brian, mais la façon dont Mickaël les exprime est en total opposé. Désir, passion. Mais aussi tendresse, et un autre, qui lui est inconnu et qui la fait trembler et la bouleverse profondément. 

« Letzte Änderung: 26. März 2014, 11:03:07 Uhr von limeye »
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline limeye

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 2569
  • Geschlecht: Weiblich
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #23 am: 26. März 2014, 22:55:44 Uhr »
Bonsoir à toutes et tous (on sait jamais, un gars amateur...  ;) )

Je vous livre un autre "tiboutte" ce soir. Mais j'avais oublié de vous préciser une petite chose, la scène du lundi, quand Maureen demande à Mickaël de la laisser seule, est une des scènes directement inspirée du film. Dans le film, elle est plus cocasse que dans ma version, mais assez émouvante aussi.

Par contre, ce que je vous livre ce soir n'existe pas du tout dans le film. Je vous rappelle que le personnage de Maureen est vraiment sorti de mon imagination, qu'elle est très différente du personnage féminin principal du film. A la rigueur, c'est son amie Lawra qui pourrait se rapprocher le plus de l'amie de l'héroïne.

Je vous souhaite une bonne fin de journée !

bizz

Limeye  :)


Mardi

- La clé est sur la porte, souffle-t-il. Il y a ce qu'il faut dans la cuisine pour déjeuner. Laisse tout, je rangerai plus tard... A la nuit prochaine...

Elle entend ses mots dans un demi-sommeil, se tourne un peu, le cherche, il l'entoure de ses bras et l'embrasse. Puis un dernier baiser, sur la pointe de son nez, et il quitte le lit, la chambre, l'appartement, pour se retrouver dans la nuit, dans cette pâleur qui précède l'aube.

Elle s'est rendormie, dans sa chaleur, dans son odeur, le sommeil peuplé de rêves et d'images douces. Elle est finalement réveillée par le bruit de la rue, la lumière. Le ciel est nuageux, mais le soleil parvient à percer. Elle se redresse dans le lit, regarde autour d'elle. Le lit est au milieu de la pièce, les étagères en face, avec ses vêtements, le linge de maison. Au mur, une décoration digne de la chambre d'un adolescent, avec deux grandes affiches : une annonce pour un concert d'AC/DC et une grande photo en noir et blanc, un phare dans le soleil couchant, avec une mer d'huile. Elle se demande si ce paysage est français ou écossais. Ou même d'un autre pays.

Elle fixe les petits chiffres lumineux du réveil, elle a encore un peu de temps.

"Il me laisse toute seule, ici, chez lui. Il n'a pas peur... Je ne crois pas que je serais capable de cela", songe-t-elle en se disant qu'elle ne lui a même pas laissé une clé de son propre appartement, qu'il la réveille à chaque fois qu'il revient, qu'elle se lève pour lui ouvrir la porte, sur la rue, qu'elle se lève avec lui quand il repart tôt ou bien qu'ils partent tout simplement ensemble. "Je pourrais le laisser dormir, les matins où il ne va pas à la criée, après tout, je suis juste à côté, dans le magasin. Je n'ai rien à cacher... Ou plutôt tant de choses, mais il ne trouvera rien chez moi... Tout est en dedans."

Elle baisse la tête, regarde ses mains posées sur le drap. S'interroge encore. Elle avait cru tomber amoureuse de Brian, sans doute même était-ce réellement ce qui s'était produit, pourtant, Mickaël ne lui fait vraiment pas le même effet. Tout semble si simple avec lui... Si simple, et si différent aussi.

Heureusement.

Heureusement qu'il n'est pas comme Brian ! Elle s'en veut encore. De s'être laissée embarquer, de s'être laissée imposer un mariage, un engagement. Alors qu'elle était si jeune, encore inexpérimentée. Mais voilà, elle serait "casée", et ce serait une bonne chose. Une charge de moins pour ses parents. Elle ne devrait pas dire ou même penser cela, mais elle sait qu'il y a un fond de vérité dans ces mots. Elle croyait aimer Brian, alors ses parents l'avaient poussée au mariage. Sans savoir qu'elle allait en enfer.

Cinq ans. L'enfer a duré cinq ans. Enfin, pas tout à fait. Un peu moins. Les deux premières années, c'était juste le purgatoire. Mais à aucun moment, ça n'a été le paradis. Même pas durant la nuit de noces. Elle ferme les yeux, retient une larme. Surtout pas durant la nuit de noces. Après... après, elle a appris. A faire avec. A attendre qu'il en ait terminé. Le plaisir ? C'était quoi le plaisir ? Celui de Brian, certainement, le sien... elle n'a jamais vraiment su ce que c'était. Avec Brian. Elle ne le découvre qu'avec Mickaël. Elle voudrait le lui dire, mais ne s'en sent pas encore capable. C'est trop tôt, encore, pour les confidences. Trop tôt, mais pas impossible. Rien ne presse.

Elle se lève, passe sous la douche, sourit en découvrant deux parfums pour homme, assez différents l'un de l'autre. Elle les ouvre, en reconnait un, celui qu'il porte au quotidien. L'autre, il ne l'a pas encore porté depuis qu'ils se connaissent. Puis elle s'habille rapidement et gagne la cuisine. Il fait clair, en effet, le jour est lumineux.

Lumineux.

C'est le nom du thé qu'il a sorti pour elle ce matin.

En fait, il a sorti deux boîtes, Lumineux et Corsé. Sans doute pour lui laisser le choix, car chez elle, le matin, ils boivent plutôt un thé assez fort. C'est ce qu'elle a l'habitude de prendre pour bien démarrer sa journée. Comme pour les parfums, elle ouvre les deux boîtes. Corsé ne la surprend pas vraiment, même s'il est plus raffiné que le sien. Elle se sent curieuse de le goûter. Mais Lumineux... Lumineux la tente encore plus. Sans doute, à cause de cette lumière printanière qui jaillit par flots dans la cuisine.

Il lui a tout préparé. La théière, une tasse, une assiette. Le pain pour les toasts. Beurre et confitures. Un petit mot : "Si tu veux des œufs, ils sont dans le frigo... je t'embrasse. bonne journée. Mickaël" 

**
 
C'est la fin de journée pour elle, elle a bouclé le magasin, après avoir rangé les pots qu'elle avait pu sortir, car le temps est resté au beau. Elle range les fleurs, puis fait sa caisse. Elle va monter son carnet de comptes pour les pointer ce soir. Dimanche, elle ne l'avait pas fait. A cause de Mickaël. Elle sourit et se dit que lui, au contraire, est en pleine activité. Elle imagine déjà les premiers clients, les commandes, le tourbillon dans la cuisine. Même si elle ne les a pas encore vus, elle le voit entouré par Sam, Harry, Jonathan et les autres. Les deux serveuses et le serveur. Sans compter le patron qui veille à la bonne marche de l'orchestre culinaire.

De sa réserve, elle peut sortir dans une cour bitumée, sur l'arrière de la boutique, et de là, gagner le petit couloir où débouche l'escalier qui mène à l'appartement. Elle se prépare un rapide repas, et s'installe pour faire ses comptes. La sonnerie du téléphone l'interrompt.

C'est Lawra.

- Comment tu vas, ma belle ?
- Bien, bien. Et toi ?
- RAS. Mais c'est toi qui m'intéresses. C'est pour toi que j'appelle. Et Mickaël. Alors ?
- Et bien, on continue... il passe toutes ses nuits avec moi. Enfin, ses fins de nuit, car il rentre rarement avant 1h du matin, parfois un peu plus tard, surtout en fin de semaine. Et hier, on a été à Stirling, pas loin, dans la campagne. Il m'a fait visiter une distillerie de whisky...
- T'as goûté ?
- Aussi, oui. Il m'a fait goûter. Avec de l'eau. Mais c'est fort...
- Tu as toujours eu du mal avec l'alcool...
- Il en a besoin pour la cuisine. Et pour les clients, qui en veulent parfois en digestif...
- Hum, je vois. Et sinon ?
- La nuit dernière, j'ai dormi chez lui. Enfin, on a dormi chez lui.
- Ah, mais c'est bien ça ! Il te laisse venir chez lui, alors ?
- Oui.
- Et sinon ? Tu lui as parlé un peu ?
- Non. Je ne m'en sens pas capable pour le moment. Et je n'en ai pas envie. J'ai plus envie... de profiter du moment présent, de ce qu'on partage, tu vois ?
- Oui, dit Lawra, et à cet instant, Maureen devine que le visage de son amie s'est éclairé d'un sourire.

Lawra poursuit :

- Et bien, continue comme ça, ma belle... continuez comme ça...
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline flamme

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 1023
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #24 am: 27. März 2014, 11:25:22 Uhr »
Coucou!

Toi aussi, Limeye, continue comme ça!  [master] Continue, cette histoire est si belle, touchante, émouvante... et elle fait fondre souvent!  [eyeheart] [loveu] [knuddeln] [bussi]C'est pas de si tôt que je vais abandonner mon trampogril et mon grilpoline...  ;D  [jump]

La photo de Stirling est merveilleuse! Non seulement la ville, avec ses maisons si charmantes, mais les collines derrière qu'on distingue moins, un peu perdues dans la brume on dirait... L'effet est surprenant!

Merci et bonne journée!
Flamme, lectrice assidue  ;)
 [hello]

Offline Frégo80

  • Joan Randall
  • ****
  • Beiträge: 335
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #25 am: 27. März 2014, 13:10:59 Uhr »
IDEM! [eyeheart] [loveu] [bussi] [goodjob] [master] [jump]!

A+

Frégo  8)

Offline limeye

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 2569
  • Geschlecht: Weiblich
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #26 am: 27. März 2014, 14:17:09 Uhr »
Coucou les filles !

merci de vos encouragements ! C'est vraiment autre chose que d'écrire sur nos héros... Je suis contente que ça vous plaise et que vous accrochiez et je vois que le trampogrill est bien occupé  ;)  [jump]

j'ai beaucoup aimé la photo de Stirling aussi, Flamme. En fait, ce que j'ai aimé sur cette photo, c'est qu'on a l'impression que la ville est à la campagne... et ça donnait aussi une petite idée des paysages alentours.

Oui, je continue, je suis même rendue très loin ! Et je n'en vois pas la fin encore  ;D En fait, je ne sais toujours pas comment terminer cette histoire..., j'avais une idée, mais le récit avançant, cette idée me tente de moins en moins. Donc... bon, ce n'est pas grave, je trouverai bien  :D

voilà une suite... Je vous livre les deux journées suivantes, dont le récit est assez court. Vous allez avoir l'occasion de retrouver Sam ! Dans un grand jour (ou plutôt, un grand soir  ;) ). C'est vraiment un personnage que j'aime bien. Dans le film, il est aussi un peu comme ça, avec du "bagou", de la "gouaille". Mais j'ai accentué encore le trait...

bonne lecture ! A plus  [hello]

Limeye  :)


Vendredi

C'est une grosse soirée qui s'annonce au restaurant pour toute l'équipe. Et le lendemain, de même. Ce soir, les membres de l'équipe dirigeante du club de football se sont invités. La moitié des tables est réservée. Ca va causer joueurs, gros sous, transferts... mais ça va bien manger aussi. Et boire.

Si Harris, le patron, a été comme à son habitude pour ce jour à la criée, il n'a pas ramené grand chose : ce soir, ça va manger de la viande, essentiellement. Il a prévu en quantité. En cuisine, on s'affaire. On sent qu'il y a du monde à dîner, que tout le monde s'active, seul Sam cause. Mickaël est concentré, ne répond qu'aux demandes et injonctions liées à la préparation des commandes.

Il est près de minuit lorsque Sam l'apostrophe :

- Chef ! Pause !

Il lève les yeux vers l'horloge, "bon sang, bientôt minuit... on n'est pas couché..."

- Il n'y a plus que les footeux, dit Sam. Harris va s'en charger. Ils seront bientôt rendus aux desserts... Dan, c'est ton tour pour le balai ! Et n'oublie pas les petites poussières dans les coins... Tony ! Qu'est-ce que c'est que cette vaisselle ? T'appelles ça "laver" ? J'espère que tu te laves mieux que ça, sinon, je plains ta copine... elle pourrait attraper des maladies !

Mickaël se saisit d'une bouteille de vin blanc que des clients n'ont pas terminée, et que Julia vient de ramener. Elle sourit en entendant la dernière saillie de Sam : c'est elle, la copine de Tony. Elle va pour le moucher, mais Mickaël est plus rapide qu'elle.

- Allez, Sam, tu voulais une pause ? Viens par-là, et laisse les gars bosser.

Les voilà dehors, au calme. Il était temps de sortir, Sam a vraiment besoin d'une cigarette. Mickaël a emporté également deux verres, il les pose sur le rebord de la petite fenêtre du vestiaire, et les remplit, en tend un à Sam.

- Tiens, goûte ça avant de fumer.
- Trop tard... j'ai tiré ma première taf'.
- Tant pis pour toi...

Il hume le vin, ferme à demi les yeux, puis le goûte, laisse le doux liquide tourner dans sa bouche.

- Hum... ils avaient sacrément bon goût les clients de la 8, ce soir.
- Tout en poissons...
- Oui. Et ce vin... divin.
- C'est quoi, exactement ?
- Un blanc sec de Loire. Mais légèrement fruité. Un nectar.
- On se termine la bouteille ?
- Je ne sais pas si tu mérites..., dit-il.

Un verre dans une main, la cigarette dans l'autre, Sam s'avance de quelques pas vers la rue. Puis se retourne et lance :

- Alors, ta poule, ça va toujours ?
- C'est pas une poule, Sam.
- T'es mordu, toi.
- Ca se pourrait...
- Sérieux ?
- Ca se pourrait.

Et il reprend une gorgée de vin en songeant qu'il faudrait qu'il retourne en France, reprenne contact avec quelques viticulteurs. Et que ce serait bien si Maureen pouvait venir avec lui. Mais avant, il veut l'emmener voir les Highlands. Et Glencoe.


Samedi

Maureen s'active depuis le matin. Elle a une grosse commande à assurer, dont elle a commencé la réalisation la veille. De grandes compositions pour un mariage. Mickaël était rentré tard, et bien fatigué de sa journée et soirée. Et il est reparti tôt, pour la criée. Elle a démarré finalement comme lui, pour pouvoir commencer les compositions avant d'ouvrir sa boutique. Autant, certains jours, elle voit peu de monde, mais le samedi et le dimanche matin, en général, elle réalise un bon chiffre. Les premiers clients se présentent, alors qu'elle n'a pas terminé la dernière composition. Elle les sert, reprend, s'interrompt à nouveau. Elle termine juste à temps, avant que la sœur de la mariée n'arrive.

Elle est soulagée de voir la satisfaction de celle-ci, car c'est la première fois qu'elle réalise une telle commande. Et pour un mariage, elle voulait vraiment ne pas se rater. Elle l'aide à charger les compositions dans sa voiture, discute quelques instants et leur souhaite une belle fête.

Mais quand elle rentre dans la boutique, son sourire professionnel a disparu, et elle se réfugie un instant dans la pièce à côté, s'essuie les yeux d'un revers de la main.

"C'est trop bête, de pleurer pour ça..."

**

Pour Mickaël, c'est aussi une grosse journée. Après les dirigeants du club la veille, ce soir, ce sont deux familles qui viennent : l'anniversaire de mariage des parents d'un côté - 8 personnes en tout -, et les 20 ans de la fille de l'autre - 12 couverts. Des habitués, qu'il ne va pas falloir décevoir, et même surprendre. Il compte sur quelques nouveaux plats qu'ils proposent à la carte, et sur les décorations florales des desserts pour remporter le challenge. Sa nuit précédente a été courte, il n'est pas mécontent d'arriver à la fin de semaine et de pouvoir souffler pendant deux jours.


Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline limeye

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 2569
  • Geschlecht: Weiblich
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #27 am: 28. März 2014, 10:50:18 Uhr »
Bonjour à toutes et tous !

Voici un nouveau passage... avec en prime, une petite visite de la capitale écossaise. Je vous laisse juger...

je vous souhaite une belle journée !

bizz

Limeye  :)


Dimanche

Mickaël ouvre un œil, puis un autre. Il fait clair dans sa chambre. "Beau temps", pense-t-il. Il étend le bras, cherche Maureen, mais la place à côté de lui est vide. Il soupire : "Elle doit être au magasin, dommage..." Il referme les yeux, se dit qu'il va peut-être se rendormir, mais au bout de quelques minutes, il les rouvre. Il est 14h passées. Il s'étire, passe la main sur son visage. "J'ai besoin d'une bonne douche pour me réveiller, et d'un bon petit déjeuner aussi."

Il se lève, pas un bruit dans l'appartement. Il gagne directement la salle de bain, sans remarquer que Maureen est dans le salon, assise sur le canapé, et qu'elle lit tranquillement. Elle lève la tête en entendant le bruit de la douche, espère ne pas l'avoir réveillé en revenant peu auparavant. Elle a veillé à ne pas faire de bruit. Il était rentré très tard, dans la nuit, et sa fin de semaine chargée l'a incitée à le laisser dormir le plus possible. Il n'avait pas bougé quand elle-même s'était levée pour travailler. Et il ne l'avait pas entendue sortir de chez lui.

Elle se replonge dans sa lecture, mais en sort bien vite. Elle n'a plus envie de lire. Elle voudrait lui préparer le petit déjeuner, mais ne veut pas ouvrir le placard à thés, pour que celui-ci puisse toujours cacher ses petits secrets, que Mickaël prend plaisir à lui faire découvrir et qu'elle prend plaisir à découvrir, en fonction du temps, de leur humeur, des circonstances. Elle se relève, songe au petit message qu'elle a reçu des mariés et de leur famille ce matin, leurs sincères remerciements. Mais elle chasse vite ce souvenir de son esprit, elle ne veut pas faire comme la veille, se mettre à pleurer et se retrouver avec le regard interrogateur d'un couple qui venait lui acheter une plante. Elle avait vite repris le contrôle d'elle-même, mais elle sait qu'ils ont remarqué ses yeux humides et un peu rougis. Pas question de faire la même chose avec Mickaël.

Elle entend toujours l'eau couler et lui vient alors une idée. Elle rougit un peu, hésite. Elle n'a encore jamais fait cela. Jamais osé faire une surprise de ce genre-là. Mais elle est tentée. Elle retourne dans la chambre, fait glisser sa robe, ses bas, et pieds nus, juste en dessous, elle pousse la porte de la salle d'eau.

Debout sous la douche, le visage couvert de mousse, Mickaël est en train de se laver. Le savon lui échappe des mains en la voyant, mais ses yeux passent de la surprise à la joie, puis au désir.

Elle s'avance, un peu intimidée, s'approche de lui. Il a coupé l'eau, et de longues traînées de mousse descendent sur son ventre, ses cuisses. Il ne bouge plus et la regarde à travers la vitre de la paroi de douche. Elle entrouvre la porte, un nuage de vapeur et le parfum du savon l'accueillent.

- Je peux t'aider ?
- Avec plaisir..., répond-il en l'attirant vers lui, sans que l'un et l'autre se préoccupent qu'elle va mouiller ses dessous.

Et il l'embrasse profondément. D'un baiser au goût de savon.

**

- Tu as faim ?, demande-t-il alors qu'ils reposent dans le lit, elle à demi couchée sur lui.
- Oui...
- Moi aussi. Il faut que je prenne un sérieux petit déjeuner. Je ne vais pas tenir, sinon.

Maureen sourit, se laisse glisser sur le côté pour qu'il puisse se lever. Mais il se tourne vers elle, plonge son regard dans le sien. Encore une fois, ce qu'elle y lit la bouleverse. Elle hésite, les mots montent de son cœur, mais elle se retient encore de les prononcer. Car elle l'avait déjà fait par le passé, et elle s'était terriblement trompée. Alors, elle ne veut plus les dire.

Mickaël ressent une forte émotion, il laisse glisser ses doigts sur sa tempe, puis sa joue, et dessine le contour de ses lèvres. Soyeuses. Il faut qu'il trouve un mélange digne de ses lèvres. Lui aussi lit dans les yeux de Maureen comme dans un livre ouvert, ce sentiment qui le touche profondément et le ravit, mais aussi l'hésitation, la crainte. Alors il se tait, pour ne pas la bousculer. Mais la prend tendrement contre lui et lui murmure à l'oreille :

- Je te propose Joyeux, pour ce matin...

Elle rit légèrement, et lui répond :

- Plutôt pour ce début d'après-midi...
- Raison de plus pour ne pas traîner au lit !
- C'est de ta faute si nous y sommes retournés !, lance-t-elle.
- Hein ? Non, mais je rêve..., dit-il d'un air faussement offusqué. Dois-je te rappeler qui est venue me chercher sous la douche ?
- Parce que j'avais faim et que tu faisais ta grosse flemme !
- J'le crois pas !

Et il éclate de rire, elle aussi. Il la fait rouler sur le lit, s'appuie sur ses mains qu'il pose de chaque côté de son visage, la fixe mi-sérieux, mi-amusé. Puis l'embrasse avec fougue. Elle lui répond tout aussi passionnément, tout en caressant son torse. Ses mains descendent un peu, mais il l'arrête, relève la tête.

- Manger, d'abord. Et puis ensuite, on sort. Aujourd'hui, je t'emmène à Edimbourg.
- J'y suis déjà allée.
- Oui, mais pas avec moi ! Alors, debout ! Le premier dans la cuisine a gagné !
- A gagné quoi ?, demande-t-elle alors qu'il se tient déjà devant ses étagères et qu'il s'est saisi rapidement d'un t-shirt.
- Le droit de revenir en deuxième semaine !, lui répond-il en le passant, puis en enfilant tout aussi rapidement un caleçon.

Un instant surprise, Maureen met une ou deux secondes à réagir, avant de se lever d'un bond, d'enfiler sa robe et de se précipiter dans la cuisine.

- J'ai gagné !
- Non, mais je rêve !, s'exclame-t-il en la suivant de peu et en trébuchant à moitié en tentant d'enfiler son jeans. En plus, tu triches !
- Je n'ai pas triché. Je suis habillée, là, non ?
- Mouais, juste une robe, c'est trop facile. Rien dessous... même pas des socquettes !
- Les dessous... ils ont besoin d'être séchés. Je n'en ai pas d'autres ici.
- Ah, t'es bien embêtée maintenant ! Comment tu vas faire ?

Il a fini d'enfiler son pantalon et de le boutonner, et il l'enlace. Elle ne répond pas, réfléchit.

- Il y a bien une solution, lui murmure-t-il tendrement mais d'un ton sérieux.
- Laquelle ?
- Que j'aille en chercher chez toi pendant que tu finiras de déjeuner. Et puis, tu pourrais laisser quelques affaires ici, même si tu n'habites pas loin, pour dépanner.
- D'accord, répond-elle.

Il a senti sa légère hésitation, mais se sent soulagé : elle accepte qu'il aille seul, chez elle, juste pour lui ramener quelques vêtements. Il est en train de vraiment gagner sa confiance. Et c'est plus important que le fait qu'elle veuille bien laisser quelques affaires ici.

**

Le reste de leur journée est à l'image de ce réveil. Joyeux. Joyeux, le thé. Joyeux, le copieux petit déjeuner. Il lui fait goûter une marmelade de pommes, dans laquelle il a ajouté des zestes d'oranges et un peu de cannelle. Elle est très fière car elle a trouvé les trois ingrédients.

Alors qu'elle range les affaires du petit déjeuner, il fait un saut chez elle. Elle lui a confié la clé avec un rien de gravité. Il a juste souri, pour ne pas s'appesantir sur la symbolique de l'instant. Mais c'est un peu tendu qu'il ouvre sa porte, puis entre dans la chambre de la jeune femme. Seul.

Il sait où elle range ses vêtements, lui prend juste le nécessaire pour deux jours. Car il a l'intention de la faire dormir à Edimbourg ce soir et d'y passer la journée demain.

Joyeuse, la route jusqu'à la capitale. Joyeuse, la promenade à travers le jardin botanique. Puis la visite du Scot Whisky Heritage Center les occupe jusqu'au soir.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/03/Scotch_Whisky_Heritage_Centre%2C_Edinburgh_-_geograph.org.uk_-_932290.jpg

En sortant du bâtiment dont les différentes pièces ont fortement impressionné Maureen, elle demande :

- On mange ici avant de rentrer ?
- On mange ici, mais on rentre demain.
- Hein ?
- Oui. On a encore plein de choses à voir... le château, les vues de la ville depuis les collines... Rien ne presse ! Personne ne nous attend à Glasgow...

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/87/Edinburghpano09.jpg

Il l'entraîne dans un petit restaurant qu'il connaît, puis ils passent la nuit dans un B&B qu'il avait réservé avant de partir.


****************************


ps : si cela vous intéresse, voici le lien concernant le Scoth whisky heritage center... , vous pouvez faire défiler les photos...

http://petitlien.fr/74yq
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline O-tho

  • Joan Randall
  • ****
  • Beiträge: 487
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #28 am: 28. März 2014, 16:50:49 Uhr »
Coucou Limeye,

J'aime vraiment beaucoup cette nouvelle histoire, bien que je seche completement sur le film qui t' a inspiree... ::)
Bien agreable ce joyeux petit voyage a Edimbourgh (J 'y suis passee il y a des annees, et elle m'a bien plu aussi!)

Tout en douceur et sensations, commme tu sais si bien ecrire! [goodjob] [master] [jump]

O-tho

Offline limeye

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 2569
  • Geschlecht: Weiblich
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #29 am: 28. März 2014, 21:47:34 Uhr »
Bonjour - bonsoir O-tho !

contente que cette histoire te plaise également !

je vais faire un petit récapitulatif des "indices" concernant le film qui m'a inspirée :

- même lieu principal : Glasgow. Les autres lieux que j'évoque, Edimbourg, Fort-William, les Highlands, etc... n'apparaissent pas dans le film. Je précise d'ailleurs que j'ai été époustouflée par la manière dont Glasgow était filmée... Et que je profite de cette histoire pour évoquer un pays que j'aime beaucoup ! Dire que j'avais songé un temps y emmener Joan et Curtis, finalement, je parviens à évoquer ce pays, mais sous une forme totalement différente  ;) !
- même héros masculin dont je n'ai même pas pris la peine de changer le prénom..., ni le métier (ça, c'est un gros indice !)
- même second rôle masculin en la personne de Sam dont j'ai changé le prénom par contre (parce que je ne l'avais pas retenu dans le film  ;D), mais dont je "pousse" un peu plus loin les caractéristiques. Même métier également...
- date de sortie (en France) : 2012 - ailleurs peut-être 2011...
- réalisateur britannique au nom à la consonance écossaise
- autres personnages secondaires empruntés au film : le patron du restaurant, l'apprenti cuisinier, Lawra
- quelques scènes directement inspirées du film : l'ambiance en cuisine, la balade de Mickaël à vélo le long de la Clyde, le chapitre où Maureen lui demande de partir...

c'est déjà pas mal comme indices, non  ;D Si vous en voulez plus... hum...  [mindoubt]

cela dit, je ne vous livre pas "que" des indices ce soir, mais la suite de la balade à Edimbourg... Dans laquelle j'ai inséré à nouveau quelque chose extrait du film...  ;)

bizz

Limeye  :)



Lundi

Le matin est brumeux sur la capitale des Scotts. Le château émerge à peine, là-haut, sur sa colline.

http://www.accentsdailleurs.com/fichesendetail/aveccours/GB/edimbourg-chateau.jpg

Mais le vent se lève bien vite et chasse les nuages. Après un bon petit déjeuner, ils gagnent l'imposant monument et voient la forteresse luire sous les premiers rayons d'un soleil encore timide. Ils vont passer plusieurs heures à s'y promener, admirant la vue sur les vieux quartiers. Maureen avait tout de suite aimé Edimbourg lorsqu'elle s'y était rendue, pour une journée, à l'automne, peu après son arrivée à Glasgow. Mais revoir la capitale, avec Mickaël qui l'entraîne d'un endroit à un autre, lui fait grimper des collines, parcourir les ruelles anciennes, c'est un bonheur qui la ravit.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/02/Edinburgh_Victoria_Street01.jpg

Le partage.

Un mot dont elle ignorait le sens profond. Partager des moments, des goûts, des couleurs, des parfums, avec un homme.

Dans une petite boutique touristique, elle achète une carte, écrit quelques mots au dos et la poste. C'est pour Lawra. Un petit clin d’œil et un souvenir de cette journée.

Un coucou d'Edimbourg. On y passe deux jours. Il fait beau. C'est... génial ! Bises à Kev et John. Je t'embrasse. Maureen

Puis Mickaël l'entraîne vers la colline d'Arthur's Seat qui offre une vue à couper le souffle sur la ville et ses alentours. 

http://www.walkhighlands.co.uk/lothian/1_2/1_2_4l.JPG

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9c/Edinburgh_Arthur_Seat_dsc06165.jpg

Alors qu'ils en font le tour, se désignant un détail, profitant de la vue et du soleil printanier de ce beau lundi de fin avril, le portable de Mickaël résonne. C'est sa sœur.

- T'es où, frangin ?
- A Tombouctou.
- Déconne...
- Si, si, je te jure. Je regarde les gazelles parcourir la savane. Il fait... Hum... 42 degré le matin. A l'ombre, bien entendu.
- Qu'est-ce que tu deviens ?
- Je te l'ai dit... je bronze.
- Dis-moi, t'as pas oublié que vendredi, c'était l'anniversaire de ta nièce ?
- Bien sûr que non. J'ai pris un billet avec un vol express, direct pour rentrer.
- Comme tu bosses...
- ... faux...
- ... comme tu bosses et nous aussi, on fait ça dimanche, ok ?
- Ok.
- On s'invite chez toi ! Tu auras de quoi faire ?
- Hein ?
- Ben oui. Léony veut que son tonton lui prépare son gâteau préféré.
- Aucun souci pour le gâteau, le reste du repas par contre, j'aurais pas beaucoup de temps... A moins de ramener des noix de coco et de l'éléphant grillé.
- Depuis quand il y a des noix de coco à Tombouctou ?
- Depuis qu'on y a importé des cocotiers. Non, j'déconne, Véra. Ok, je lui fais son menu à la petiote. Vous faites venir Mummy ?
- Je lui en ai parlé... elle ne veut pas bouger. Paraît qu'elle est occupée avec ses fleurs de printemps. Mais on ira la voir le week-end d'après. Le lundi sera férié.
- Hum, c'est vrai. Pour moi, ça compte pas.
- Bon, je te dis à dimanche ! Papa et maman seront là, bien entendu.
- Bien entendu... bises.

Et il raccroche.

- Ma frangine, dit-il simplement. Je suis réquisitionné dimanche prochain pour le menu d'anniversaire de ma nièce. 6 ans déjà...
- Je croyais qu'elle avait 5 ans et demi ?
- Elle a cinq ans et demi, depuis... presque six mois. C'est comme ça qu'elle compte.
- Ha, ok !, dit Maureen en souriant. Je pourrais lui faire un petit bouquet ?
- Tu veux que je te présente ?

Elle se tait, soudain. A nouveau, ça accélère. Il sent son recul. Il lui prend la main, l'entraîne tranquillement à poursuivre la promenade.

- On n'est pas obligé, continue-t-il.
- Alors, je préfère. Mais je lui ferai un petit bouquet quand même.

Il lui sourit :

- Viens voir, par là, maintenant.

**

Accoudés à un muret, ils regardent le coucher de soleil sur la ville. Mickaël a passé son bras autour des épaules de Maureen. De temps en temps, il dépose un baiser dans ses cheveux, respirant avec bonheur le parfum léger qui en émane. Ils rentreront à la nuit, il conduira, c'est pas un problème.

- Je trouve toujours amusant de regarder les gens de loin, dit-elle à un moment. Toutes ces petites fourmis. Dire que nous retournerons parmi elles tout à l'heure.
- Oui, c'est vrai. Et qu'eux nous voient comme deux petits oiseaux perchés sur la colline.
- Tu ne voulais ramener aucun whisky et aucun thé d'ici ?
- Je n'y ai pas pensé... et il est trop tard, sauf peut-être pour le whisky.

Elle sourit.

- Le plus important, c'était de ramener de beaux souvenirs, ajoute-t-il.
- Oui, parce que le thé et le whisky, finalement, tu as de quoi de faire...
- Tttt, je t'arrête. Il n'y a pas le thé et le whisky. Il y a les thés et les whiskys.
- Oups, pardon, rit-elle légèrement.

Puis elle continue :

- Les thés et les whiskys. Les épices et les poissons. Les couleurs et les odeurs.
- Les saisons et les paysages. Les arbres et les fleurs.
- Les pays et les langues. Les hommes et les femmes...
- Non, l'arrête-t-il. Pas les femmes. Une femme.

Elle frémit, lui jette un coup d’œil. Il a ce sourire charmeur et envoûtant, les yeux qui pétillent. Mais cette joie presqu'enfantine ne parvient pas à masquer son sérieux. Il la tourne vers lui, glisse ses mains derrière son dos, la tient contre lui. Les cheveux de Maureen sont soulevés par un vent léger.

- Oui, dit-il d'une voix grave qui contraste avec son regard, il y a une femme. Une vraie femme dont je suis tombé amoureux.

Et il ne lui laisse pas le temps de répondre, l'embrasse longuement, ne s'arrêtant pas malgré le léger goût salé que ses lèvres prennent tout d'un coup. Elle pleure. "Tant pis", songe-t-il, "je voulais qu'elle le sache."

Quand ils rompent leur baiser, elle baisse aussitôt les yeux et appuie son visage contre son épaule, répondant à son étreinte en le serrant à son tour contre elle. Elle ne veut pas lui montrer ses larmes, même si elle se doute qu'il les a devinées. Les mots lui déchirent le cœur, elle voudrait parler, simplement, exprimer vraiment ce qu'elle ressent. Elle pense à plusieurs discussions, avec Lawra, quand celle-ci la poussait dans ses moindres retranchements, l'obligeait à raconter... Cela lui avait pris du temps avant de pouvoir le faire. Mais cela l'avait libérée. Du moins, le pensait-elle, car aujourd'hui, alors qu'elle est blottie contre Mickaël, elle a l'impression à nouveau d'être coincée. Non par lui, mais par quelque chose en dedans d'elle-même.

Le jeune homme la serre tendrement dans ses bras, il n'ose pas dire autre chose, remonte simplement ses mains dans son dos, en une douce caresse, comme pour la réconforter. Ils restent longtemps enlacés, dans la lumière du soleil couchant.

**

Quand ils ont récupéré la voiture de Maureen, il faisait déjà nuit. Un temps, Mickaël a hésité à rester dîner à Edimbourg, dans un pub, puis il s'est dit qu'il valait mieux rentrer. Demain, il doit se lever tôt et elle travaille aussi. Il a pris le volant pour conduire dans la nuit. Maureen lui donne l'impression d'être pelotonnée sur son siège. Ils en ont pour une petite heure à rentrer.

Il met la radio, change de station, claque des doigts de satisfaction en entendant un morceau qui lui plait.

http://www.youtube.com/watch?v=LXrJdOD5syo

What you don't have you don't need it now / Ce que tu n'as pas, tu n'en as pas besoin maintenant
What you don't know you can feel it somehow / Ce que tu ne connais pas, tu peux quand même le ressentir
What you don't have you don't need it now / Ce que tu n'as pas, tu n'en as pas besoin maintenant
Don't need it now / Tu n'en as pas besoin maintenant
Was a beautiful day / C'était une belle journée

(U2, Beautiful day)

- Quel est le plus grand groupe de rock du monde ?, lui demande-t-il à brûle-pourpoint.
- Les Beatles... ?, répond-elle, un peu intriguée.
- Nan... d'une part, les Beatles ne jouaient pas du rock, mais de la soupe indigeste en bons Anglais pas frais, ensuite, c'était hier. Pour aujourd'hui ?
- Ah... Euh... AC/DC ?, tente-t-elle en se souvenant de l'affiche dans sa chambre.
- Pas mal. Mais peux mieux faire.

Elle porte un doigt à ses lèvres, réfléchit :

- Les Stones, tu vas me dire que c'était hier, même s'ils jouent encore..., Police, ils sont séparés, Genesis aussi... Queen, le chanteur est mort...
- Cherche, écoute. Ca te dit rien ce morceau ?
- Non, je ne connais pas. Peut-être Deep Purple ?
- T'y es pas. Je t'aide : le meilleur groupe de rock du monde n'est pas anglais.
- Ah. Alors, U2 !
- Bien. C'est en effet le meilleur groupe de rock du monde à l'heure actuelle. Même si ce n'est pas mon groupe préféré, mais j'aime bien.
- C'est AC/DC, ton groupe préféré ?
- J'aime aussi, ils me font marrer, mais ce n'est pas mon préféré. J'aime mieux Scorpions et Iron Maiden. Et puis un groupe français aussi, qui s'appelle Noir Désir. Mais les paroles ne sont pas faciles à comprendre. C'est du français "chiadé".
- Connais pas.
- Normal, les groupes français ne passent jamais à la radio en Grande-Bretagne. J'ai découvert une vraie culture musicale en France, quand j'y ai fait mes études. J'avais des amis qui écoutaient des tas de trucs différents. Les Anglais pensent qu'ils ont tout inventé avec le rock, la pop et le punk, et qu'il n'existe rien d'autre. Oui, ils ont inventé le punk. La pop, ils auraient pu s'en passer, quant au rock... ils oublient trop souvent qu'il est né dans les champs de coton, qu'il est fils du blues...

Elle l'écoute avec attention, vivement intéressée. Elle n'aurait pas imaginé les choses ainsi.

- En Irlande, U2 est une vraie institution, reprend-elle. Tout le monde a au moins un disque de U2 chez soi. Et à Dublin, c'est encore pire...
- C'est normal d'en être fier aussi, dit-il, en songeant que c'est pratiquement la première fois qu'elle parle d'elle-même de l'Irlande.

Il aimerait qu'elle continue, mais n'ose pas lui poser trop de questions.

- J'écoutais U2, forcément, quand j'étais adolescente, mais cette chanson, ça ne me disait rien...
- J'aime bien écouter cette radio, car ils passent des chansons peu connues de groupes connus...

Elle sourit. Encore une des facettes de la personnalité de Mickaël.

- Ca fait plusieurs fois que je t'entends critiquer les Anglais. Tu ne les aimes pas ?
- Disons que le fait d'être Ecossais, d'avoir aussi des racines françaises, d'avoir passé quelques années en France, ça donne une autre vision du monde. La cuisine aussi, ça ouvre des perspectives, et désolé, mais la cuisine et les Anglais... Les Anglais ont conquis le monde, mais qu'en ont-ils fait ? Ils ont ramené le thé, à part ça... ils ont été incapables de faire quoique ce soit avec les épices. Ils ont fait la guerre pour elles, pour s'emparer de ces richesses et tout ça pour quoi ? Pour ne même pas être capables de cuire un beefsteak correctement...
- Les Français aussi ont été des conquérants...
- Tout à fait, et ils ne valaient guère mieux pour ce qui est des massacres, des destructions. Mais tiens, peux-tu me citer le plat national français ?
- Heu... steak-frites ?
- Va encore pour le steak, les frites, elles, sont belges.
- Ah oui, les fameuses moules-frites !
- On y est. Plat national belge : moules-frites. Plat national allemand : saucisse-chou-pommes de terre. Plat national québécois : la poutine. Mais plat national anglais, hum ?
- C'est vrai que vu sous cet angle...
- Alors que les Français... ils n'ont pas un plat national, mais plusieurs ! Sans compter la variété des fromages, des vins, les viandes, les poissons...
- Hum, hum... il y a les viandes et les poissons, les fromages et les desserts, les fruits et les légumes, les couleurs et les odeurs, les femmes et les hommes. Ou plutôt non, une femme et un homme ?

**

Il dort. A demi tourné vers elle. Elle voit sa poitrine se soulever régulièrement. Elle tend lentement la main vers lui, mais sans le toucher, elle dessine les contours de son visage, de son torse. Puis elle approche son visage du sien, au point que ses lèvres sont presque posées sur celles du jeune homme. Quelques mots glissent, prisonniers s'évadant de sa bouche, de son cœur.

Je t'aime !
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).