Autor Thema: De couleurs en parfums (histoire en français)  (Gelesen 17826 mal)

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Offline Frégo80

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Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #135 am: 14. Mai 2014, 21:54:17 Uhr »
Coucou Limeye!

La Allisson.... >:( [puke] [twak] [bash]. Mais, somme toute, elle se tire plutôt dans le pied avec son approche. Elle n'aura pas Michaël de cette façon! [nono] Elle ne cherchait qu'à atteindre Maureen. Vite la suite! ;D [jump] [jump] [jump] [jump] [jump].

Bizz!

Frégo :o

Offline limeye

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Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #136 am: 14. Mai 2014, 23:01:19 Uhr »
Coucou Frégo !

il suffit de demander  ;) Je ne peux pas te laisser grillpoliner comme ça  ;D !

bizz et  [goodnight]

Limeye  :)


Il est près de 15h quand Mickaël quitte finalement Maureen. Elle a rouvert la boutique, il l’a aidée à ranger et disposer les dernières fleurs. S’il avait pu, il aurait passé l’après-midi avec elle, et, quand il s’est éloigné, il a pris la décision de revenir plus tôt ce soir. Il quittera le restaurant après le relais entre les deux services, le moment le plus délicat. A condition bien entendu qu’Harris accepte. Il n’a jamais rien demandé, même quand Betty lui faisait des crises de jalousie et qu’il espérait encore, à l’époque, pouvoir faire changer les choses.

Il effectue le chemin à un bon rythme, mais sans se précipiter non plus, il a besoin de réfléchir, et surtout de calmer la colère qui remonte en lui dès qu’il songe à ce qu’Alisson a osé faire. Il ne veut pas arriver en colère au restaurant. Mais il doit parler avec Harris, avant toute chose. Il se sent incapable de faire comme si de rien n’était, et pour l’heure, seul son patron peut - peut-être - l’aider.

Quand il arrive, la ruelle est déserte, ce n’est pas l’heure de la pause. Il range son vélo comme d’habitude, entre dans le petit couloir, puis franchit la porte de la cuisine. Comme il s’y attendait, toute l’équipe est au complet et déjà au travail. Sam lève les yeux en le voyant arriver, ouvre la bouche pour dire quelque chose, mais la referme aussitôt. Et se replonge dans la préparation des pièces de viandes. Jonathan et Vincent regardent passer Mickaël en ouvrant des yeux ronds, car même pour Vincent, c’est inédit de voir Mickaël entrer sans s’être changé, sans porter le tablier.

Le jeune homme ne s’arrête pourtant pas en cuisine, il fait le tour de la pièce, et sort aussitôt par la porte de communication avec la salle du restaurant. Harris est là, en discussion avec Julia qui prépare les tables.

- Ah, Mickaël ! Qu’est-ce que…
- Je peux vous voir ? C’est très important.
- Bien sûr.

D’un pas assuré, Harris le précède jusqu’à son petit bureau dont il referme soigneusement la porte. Impossible d’entendre ce qui s’y dit, il a veillé à ce que les murs en soient bien insonorisés, car il lui arrive d’avoir des discussions un peu difficiles, parfois, avec des fournisseurs, et il ne tient pas à ce que cela s’entende à l’extérieur. De même lorsqu’un de ses employés a besoin de lui parler ou réciproquement, ils savent que la discrétion est assurée.

- Que se passe-t-il, Mickaël ? J’allais t’appeler, vue l’heure…
- Je sais. Mais je n’ai pas pu revenir plus tôt. Il y a un problème, patron. Un gros problème.

Harris lève un sourcil étonné.

- Lequel ?
- Je n’ai pas voulu vous en parler avant, parce que j’estimais que cela relevait de la sphère privée et je n’ai de toute façon rien à redire concernant le travail. Mais c’est Alisson.
- Comment cela ?

Mickaël prend une profonde inspiration. Les deux hommes sont encore debout dans le petit bureau.

- Elle m’a fait des avances. Et là, ce matin, elle est passée voir Maureen.

Harris ouvre de grands yeux.

- Qu’est-ce que tu dis ?
- Vous permettez ?, demande Mickaël en désignant le fauteuil des invités.
- Oui, oui, bien sûr, assieds-toi, dit Harris en faisant le tour du bureau et en s’asseyant à sa place lui aussi.

Mickaël lui rapporte alors ce qui est survenu, depuis la mise en garde de Sam jusqu’à ce matin.

- Patron, si je vous rapporte tout cela, c’est aussi parce que je vais vous demander la possibilité de partir plus tôt ce soir, une fois que le relais sera fait entre les deux services. Maureen… Je l’ai récupérée dans un état… heureusement que je suis passé en fin de matinée…

Il se prend la tête entre les mains, la revoit recroquevillée par terre, se souvient des larmes, de son désarroi…

- Mickaël, reprends-toi…, dit Harris avec sympathie, mais fermeté.

Le jeune homme se redresse, secoue la tête.

- Encore heureux qu’Alisson ne sache rien du passé de Maureen… Je n’ose même pas imaginer ce qu’elle lui aurait dit, comment elle se serait comportée…
- Tu peux m’en dire plus ?

Mickaël soupire et raconte brièvement à Harris ce que la jeune femme a vécu. Les doigts du patron tambourinent légèrement sur le rebord de son bureau, tout le temps qu’il écoute son chef cuisinier lui raconter cette histoire. C’est le signe d’une profonde émotion chez lui.

- Pour ce soir, tu t’arranges avec Sam, aucun souci. Mais penses-tu pouvoir tenir jusqu’à la fin du mois ?
- Non. Sincèrement, non. Je n’ai qu’une envie, c’est de lui coller une bonne paire de claques à travers la figure, donc… non.
- Mickaël, la semaine prochaine, et jusqu’à la fermeture, ce sera plus calme, tu le sais. Je peux rompre le contrat d’Alisson. On pourrait tourner à cinq. Avec l’aide de Jonathan, comme il l’a très bien fait jusqu’à présent. Il faut de toute façon lui donner l’opportunité de réaliser toute une soirée, comme s’il était à ta place.
- Oui, c’est vrai. Alors, il faut le faire à six. Je ne peux pas le laisser seul sans l’équipe au complet pour cela.
- Sauf si on choisit de faire cela un jeudi. Il y aura moins d’activité. On a convenu avec lui que de toute façon, ce serait mieux qu’il le fasse la semaine prochaine : s’il se plante, on peut toujours rattraper les choses la semaine suivante. Et jusqu’à samedi, on a trop de monde pour qu’il puisse le faire dans des conditions acceptables.
- D’accord, pour Jonathan. Mais quand même…
- Mickaël, je ne peux pas laisser passer cela. Pas plus que toi. J’ai la responsabilité de tout un établissement, de toute une équipe. Ce n’est pas parce qu’elle est irréprochable en cuisine et que nous avons une personne en moins qu’elle doit faire la loi ! Si, toi, le chef en cuisine, ne travaille pas en toute sérénité, autant fermer tout de suite et partir en vacances !

Mickaël ne répond rien. Il se laisse aller contre le dossier du fauteuil. Harris poursuit :

- Tiens le coup jusqu’à samedi. La semaine est entamée, elle la termine.
- D’accord. Merci pour ce soir.
- De rien.
- J’y vais. J’ai déjà trop tardé…
- Non. Tu as bien fait de venir m’en parler.


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Offline limeye

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Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #137 am: 15. Mai 2014, 13:32:56 Uhr »
Je vous ajoute un nouveau tiboutte... j'ai beaucoup aimé écrire le passage suivant, j'aime beaucoup Mickaël dans ce passage, mais aussi la discussion qu'il a avec Sam...

belle journée à vous  [flower]

Limeye  :)



C’est l’heure de la pause. Mickaël a pris le train en marche, mais sans difficulté. Il n’a pas jeté le moindre regard à Alisson, mais devine que Sam bouille d’impatience de l’assommer de questions sur les raisons qui l’ont poussé à arriver si tardivement.

Ils sortent tranquillement dans la cour, les uns après les autres.

- T’as pas une clope, Sam ?, demande Mickaël.

Ce dernier le regarde comme s’il était un extra-terrestre. La dernière fois qu’il a vu Micky fumer… ça doit bien remonter à trois ans, lors d’une grosse fête. Et encore… Sam ne relève pas, lui tend son paquet, puis le briquet. Mickaël allume sa cigarette et s’éloigne vers la rue.

- Qu’est-ce qui lui prend, au chef, Sam ?, demande Jonathan.
- Chais pas, gamin.

Sam retient une autre remarque, mais se dit que son ami ne perd rien pour attendre. Il a bien l’intention de le coincer avant de retourner en cuisine. Quitte à reprendre avec cinq ou dix minutes de retard…

Si Mickaël s’est éloigné d’emblée, ce n’est pas pour éviter la présence d’Alisson. A peine a-t-il tourné au bout de la ruelle, qu’il s’appuie contre un mur, sort son téléphone. Premier appel, pour Maureen, vite fait, savoir comment elle va. Ca va. Ok. Je te rappelle avant le début du service. Je t’aime. Je t’aime aussi.

Puis il compose le numéro de Lawra, numéro qu’il a récupéré il y a quelques jours, quand Maureen lui a parlé du projet de son amie d’arriver plus tôt à Glasgow. Elle lui l'avait alors donné, pour qu’il l’ait lui aussi en cas de nécessité. Il ne pensait pas à avoir à appeler la jeune femme si vite. Il se demande si elle est au travail ou pas, si elle pourra prendre l’appel. Peu importe, finalement, il laissera un message suffisamment clair pour qu’elle soit au courant et rappelle Maureen dès que cela lui sera possible. Mais elle décroche.

- Allo ?
- Lawra ? Bonjour, c’est Mickaël.
- Mickaël ? Oh, mais… ?
- Je ne te dérange pas ?
- Non, non. Je suis dans le bus… ah, ça va peut-être mal passer… je descends dès qu’il y a un arrêt, ok ?
- Oui.
- Qu’est-ce qui se passe ?
- Un gros souci. Pour Maureen.
- Explique-moi.

Il commence à raconter, elle l’écoute le mieux possible, soupire en voyant se profiler enfin un arrêt.

- Mickaël… deux secondes, je descends. Là, voilà, attends, je m’installe… c’est bon. Qu’est-ce que tu me dis ?

Il reprend son récit, lui rapporte au mieux ce qui est survenu ce matin. Elle l’écoute d’une traite.

- Maureen m’a raconté… je veux dire, elle m’a fait part de ses craintes par rapport à cette fille. Mickaël, faut pas qu’elle craque, là…
- Je crains que ce ne soit déjà fait…
- Elle n’avait pas besoin de ça… déjà, vendredi, elle m’a dit qu’elle repensait à Brian et à Déborah… ah, merde… merde, merde…
- Qu’est-ce que je peux faire, maintenant ? Je vais avoir besoin de toi, Lawra. Je la rassure comme je peux, mais… je crains de ne pas réussir totalement à lui redonner confiance !
- Je vais l’appeler dès que je serai rentrée à la maison. Elle est à sa boutique, j’imagine ?
- Oui. Elle a repris. Je l’ai appelée, juste avant toi. Ca allait… à peu près.

Lawra soupire. Mickaël poursuit.

- J’ai mis mon patron au courant. Je ne pouvais plus continuer à faire comme si de rien n’était. Là, c’est plus possible.
- Et il va pouvoir faire quelque chose ?
- La virer en fin de semaine. Quand on aura moins de monde. En attendant, faut juste que j’évite de lui balancer… de lui balancer… au choix : une paire de claques, un reste de sauce, un tas d’épluchures…
- Tu as mon autorisation pour les trois !, lance Lawra d’un ton rageur. Mais dis-moi, tu m’appelles d’où, là ?
- C’est l’heure de la pause.
- Ok, je ne te retiens pas. Je t’envoie un message dès que j’aurais eu Maureen.
- Rappelle-moi, plutôt. Je m’absenterai. De toute façon, aujourd’hui, va falloir que ça tourne sans moi.
- Ok. Tiens le coup, Mickaël. On va réussir à lui remonter le moral, à Maureen.
- Merci, Lawra. A plus tard.

Il raccroche, reste appuyé contre le mur. Il profite de chaque bouffée de sa cigarette. C’était ça, où il embarquait la bouteille de whisky de la réserve. Il est fort possible que de toute façon, il ait besoin de la bouteille de whisky avant la fin de la journée…

Il écrase le mégot contre le mur, revient vers le restaurant, pensif. Au-dehors, Sam fait les cent pas.

- Qu’est-ce qu’il y a, Micky ? Tu me lâches le morceau maintenant, ou je te préviens, je remets pas les pieds en cuisine.
- Ca vaudrait peut-être mieux que tu n’y retournes pas, répond Mickaël, sérieux.
- Comment…
- Je te la fais court. Ce matin, Alisson est passée au magasin, a sorti quelques horreurs à Maureen. Je l’ai récupérée… effondrée. Ok ?
- Oh, putain ! Mais comment ?
- Comment quoi ?
- Comment elle a pu aller chez Maureen ? Elle la connaît pas et…
- J’y ai réfléchi, mon vieux. Entre le fait qu’elle a dû entendre son prénom à l’occasion et qu’elle est loin d’être idiote et a fait le rapprochement avec les fleurs que je ramène tous les jours, il a suffi qu’elle voie l’étiquette…
- Ok, oui, c’est possible… C’est pour ça que t’es arrivé tard ?
- Ouais. Le temps de la réconforter. Et me sors pas une horreur, ok ?
- Tu crois que j’ai envie, là ?

Mickaël soupire. Il se sent tellement à cran… Il reprend, plus calme :

- Excuse-moi, vieux, mais là, je déborde.
- Je comprends, répond Sam, très sérieux.
- J’ai tout expliqué à Harris. Il va la virer. A la fin de la semaine. Je vais essayer de tenir. Ce soir, je me barre plus tôt. Il est ok. Mais va falloir que tu assures. Je vous aide jusqu’au pic entre les deux services, et après, je me casse. Si j’avais pu…
- Si t’avais pu, tu ne serais pas venu tantôt. T’inquiète, je pige. Elle lui a vraiment dit des horreurs ?
- C’est surtout que ça réveille de mauvais souvenirs pour elle. Son mari la trompait ouvertement, Sam… alors imagine, la confiance, là…

Sam secoue la tête. Maureen lui avait parlé de son ex-mari, mais lui en avait juste dit qu’elle était divorcée. Il ne savait pas pourquoi. Il pose la main sur le bras de Mickaël.

- On va lui remonter le moral pendant les vacances, à ta princesse.
- Oui, mais d’ici là…
- D’ici là, tu la bichonnes.
- Tu crois quoi ? Que je passe mon temps au pub ?
- Ah, Micky… vieux, calme-toi, ok…
- Excuse-moi, Sam.
- Non, c’est moi qui m’excuse. Je ne devrais pas plaisanter comme ça…
- Bon, faut y retourner. Je bosse en doublure avec Jonathan. Il faut le préparer pour la journée où ce sera lui qui aura les commandes.
- Ouais, c'est vrai. Concentre-toi là-dessus, ça devrait t'aider...
- C'est bien ce que j'ai l'intention de faire.
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Offline limeye

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Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #138 am: 16. Mai 2014, 09:24:39 Uhr »
Hello !

et voilà, je vous livre la fin de cette longue (et éprouvante) journée de mardi...

bizz

Limeye  :)


Maureen est occupée avec une cliente quand elle entend résonner la discrète sonnerie de son téléphone. Elle termine son bouquet, échange quelques mots, raccompagne, sourit. Revenir en boutique lui a fait du bien, même si elle frissonne toujours à chaque entrée. Elle s'est raisonnée, aussi. Alisson ne reviendra pas ici, en tout cas, pas cet après-midi. Il y a fort à parier que de toute façon, la jeune cuisinière ne revienne jamais.

Une fois la cliente sortie, elle prend son téléphone et constate que Lawra l'a appelée. "Ca, si Mickaël ne l'a pas tenue au courant..." Elle rappelle aussitôt son amie.

- Maureen, tu étais occupée ?
- Oui, une cliente. Il est possible que je coupe par moments...
- Oui, bien sûr. Mickaël m'a appelée. Je suis au courant de ce qui t'est arrivé ce matin. Tu vas comment, là ?
- Doucement. J'essaye de ne pas y penser...
- D'accord. Ecoute, je voulais juste prendre des nouvelles. Tu me rappelles ce soir dès que tu en as terminé, ok ?
- Oui, promis. Ce sera plus facile pour parler. Merci, Lawra.

**

Mickaël quitte le restaurant vers 10h passées, il a pu expliquer, séparément, à ses collègues qu'il devait partir tôt ce soir-là, un impératif familial. A son air, personne n'a posé de question. La seule à s'étonner a été Alisson que ni lui, ni Sam n'avaient bien entendu mise au courant.

Il n'a pas prévenu Maureen qu'il rentrerait plus tôt, pour le cas où, finalement, il devrait changer ses plans à la dernière minute. Mais il l'avait jointe une nouvelle fois, alors qu'elle s'apprêtait à fermer, et que lui n'avait pas encore lancé la préparation des premières commandes.

Il a reçu un message de Lawra aussi, en plein service. Juste pour lui dire qu'elle avait parlé un long moment avec Maureen et que ça allait. Mais qu'en effet, s'il pouvait rentrer tôt, ce serait mieux. Cela l'avait conforté dans sa décision.

Il fait encore jour quand il rentre, ce qui le surprend presque. Jamais il ne regagne son domicile à cette heure, en tout cas, pas un jour où il travaille. Maureen est chez elle. Quand elle entend la porte s'ouvrir en bas, elle s'étonne.

- C'est moi !, crie Mickaël du rez-de-chaussée, alors qu'il fait passer son vélo dans la cour.

Maureen est sortie sur le palier et le regarde. Il grimpe l'escalier quatre à quatre, la prend contre lui, puis la fait rentrer.

- J'ai passé le relais à Sam, Harris était ok. J'ai pu finir plus tôt pour être un peu avec toi. Ca va comment ?
- Ca va, dit-elle en respirant un grand coup. J'allais me coucher... lire un peu.
- Je te rejoins.

Une fois au lit, il la prend tout contre lui. Elle a repris le dessus, c'est incontestable, et il adresse un remerciement muet à Lawra. Cette dernière a certainement fait du bon boulot... Mais ce que Mickaël ignore encore, c'est que Maureen a pu, seule aussi, se raisonner.

Elle ferme les yeux, laisse sa tête reposer sur le torse du jeune homme. Et elle lui raconte. Déborah, Brian. Un certain nombre de gens savaient. Parmi lesquels des amis de Brian, quelques voisins... Et puis ce jour, où elle s'était sentie minuscule, moins que rien... quand elle avait croisé Déborah dans la rue, que celle-ci l'avait toisée comme Alisson l'a toisée, dans le magasin. Elle ne pensait pas avoir un jour à affronter à nouveau un tel regard. Et quand elle avait découvert la vérité, elle en avait été si atterrée, si meurtrie... Puis il y avait eu Brian, les mots de Brian... Une vraie femme. Déborah était une vraie femme. Elle... elle n'était même pas capable de lui donner un gosse ! Et puis quoi ? Qu'est-ce qu'elle croyait ? Elle n'était même pas bonne au lit...

- Oh le connard... pardon, ma douce, ça m'échappe...
- Tu peux le dire... Lawra l'a déjà traité de tous les noms d'oiseaux qui lui passaient par la tête... Et il a continué. Expliquant que c'était normal qu'il aille voir ailleurs. Mais le jour où je lui ai dit que je demandais le divorce... ça, par contre, tu vois, il n'en était pas question ! En catholique convaincu, il s'y opposait. Il ne dormait plus que rarement au domicile conjugal, mais divorcer...

Elle marque un temps de silence et reprend :

- Voilà, tout ce qu'Alisson a réussi à faire, ça a été de faire remonter ces souvenirs à la surface. Et puis aussi... pardonne-moi, mais je n'ai pas pu m'empêcher de l'imaginer dans tes bras...
- Sauf que c'est toi qui es dans mes bras, et qu'elle, elle n'y sera jamais, je te le jure ! Et de toute façon, elle ne va pas rester jusqu'à la fin.
- Comment ça ?
- J'ai vu le patron, en reprenant tantôt, Maureen. Je lui ai expliqué ce qui se passait. Que là, ça allait beaucoup trop loin et que je ne pouvais pas continuer à travailler avec elle. Il va lui faire finir la semaine, car elle l'a commencée, mais il met fin à son contrat samedi. Les deux prochaines semaines, on aura moins de monde, on pourra tenir à cinq. Et de toute façon, la dernière semaine, on n'assure plus qu'un seul service, y compris le vendredi et le samedi. Ca ne sert à rien d'en faire deux.
- Je comprends...
- Lawra t'a appelée ?
- Oui. On a parlé un bon moment. Mais ça allait déjà un peu mieux, ce soir, avant son appel. Je sentais que je me calmais.
- Tu sais que je suis fier de ce que tu lui as dit ? C'était très juste.
- Lawra m'a dit la même chose. Que j'avais bien réagi sur le coup, et que si j'avais flanché après, au moins, je ne l'avais pas fait devant elle. Mais c'est seulement ce soir que je peux le mesurer. Ce midi, j'en étais incapable. Je n'avais plus de force...

Il la serre doucement contre lui, embrasse son front, entre ses sourcils, puis le bout de son nez.

- Tu veux que je te fasse un thé ?
- Oh oui, bonne idée... avant de dormir.
- Lequel veux-tu ?
- Tu en prendras aussi ?
- Volontiers.
- Alors... Soyeux ?

Il sourit.

- Excellent choix, répond-il en plongeant son regard dans le sien, la fixant quelques secondes avant de l'embrasser longuement.
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Offline limeye

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Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #139 am: 17. Mai 2014, 12:15:35 Uhr »
Mercredi

Mickaël sent la douce caresse des jambes de Maureen se détendre contre les siennes. Il la tient encore étroitement enlacée. Il fait nuit. Il ne dormait pas encore quand il a senti qu’elle le cherchait, que ses doigts ont commencé à courir sur sa peau. Il l’a laissée venir, puis il s’est souvenu de leur première fois et il a mis autant de tendresse que ce jour-là dans la façon dont il lui a fait l’amour. Le visage enfoui dans le cou de la jeune femme, il profite encore de ces instants de détente et de bien-être absolu. Il sent son souffle léger contre son épaule, son pouls redevenir normal.

- Je t’aime, lui murmure-t-il dans le creux de l’oreille.
- Mickaël…
- Hum ?
- Merci…

Il redresse la tête, la regarde. Il n’aime rien tant que son regard dans ces instants-là, ce mélange si riche de bleu et de gris, avec une telle profondeur. C’est la porte ouverte de son monde, cette porte qu’elle lui ouvre enfin si naturellement.

- Pourquoi, merci ?, demande-t-il doucement.
- Parce que tu m’aides, là…

Il sourit. Elle fixe son regard vert avec amour. Ce regard qui la rassure, la réconforte, ce regard qui lui permet aussi de se projeter vers l’avenir et de ne pas voir que le passé.

- Je veux voir la joie dans tes yeux. Je n’ai pas le pouvoir d’effacer les sombres souvenirs, mais je veux faire en sorte qu’il y en ait de nouveaux, des heureux. C’est notre vie, mon amour… notre vie.

**

Quand Alisson arrive en début d’après-midi, Harris lui demande aussitôt de venir dans son bureau. Elle en ressort moins d’un quart d’heure après, le visage fermé, le regard glacial. En cuisine, Mickaël est là, avec Jonathan. Mais Sam aussi est là, qui discute avec Timothy au sujet des différents crus à mettre au frais en prévision du repas du soir. La jeune femme traverse la pièce et sort, d’un air hautain.

- Elle n’a pas l’air d’être à prendre avec des pincettes, aujourd’hui, fait remarquer le sommelier.
- Avec ce genre de vipères, ce n’est pas des pincettes qu’il faut, crache Sam. Il faut prendre des tisonniers !

Timothy regarde le second avec étonnement. Derrière eux, Mickaël n’a pas bronché, mais Jonathan a levé les yeux et s’interrompt un instant, fixe son chef avec étonnement. Celui-ci poursuit :

- Tu as le bon geste, pour lever les filets et couper la viande, Jonathan. C’est délicat à faire, c’est presque aussi important que la cuisson même des produits. Une viande bien découpée, le long du muscle, d’une part, c’est beau, ensuite, c’est bon. Chaque muscle a un goût différent.
- Je n’aurais jamais imaginé cela avant de venir ici, dit le jeune homme en se replongeant dans son travail et en suivant avec attention les gestes de Mickaël. A l’école, on nous apprend certaines choses à ce sujet, mais sans être aussi précis…
- C’est en France que j’ai appris cela, dit Mickaël. Les bouchers français ont une façon bien particulière de nommer les pièces de viande, de les découper. Et chacune se cuit différemment. J’ai passé deux semaines en stage d’observation dans une boucherie et je peux t’assurer que j’en ai appris autant que Sam en une année de cours !
- S’il n’y avait pas la barrière de la langue, j’aimerais bien aller en France travailler un peu, moi aussi…

Mickaël sourit à la remarque de Jonathan. Ces jours-ci, il le prépare au mieux à la "soirée" qu’il doit assurer. Il sent que le jeune homme est prêt. Et surtout, très motivé, comme il l’a toujours été depuis qu’il a commencé son stage parmi eux.

Timothy et Sam gagnent le cellier, pour y chercher les bouteilles à mettre au frais. Une fois là-bas, Timothy interroge :

- Qu’est-ce qui s’est passé pour que tu parles ainsi d’Alisson, Sam ? Ce n’était pas de l’humour, là…
- Elle ne me donne pas franchement envie de rire, Tim. Elle a tenté de mettre le grappin sur Micky, et en plus, elle a menacé Maureen. Alors, si tu veux, j’ai pas envie d’être gentil et de lui faire des cadeaux…
- Hé ben…
- Micky a voulu rester discret, parce que la situation était déjà suffisamment compliquée pour nous tous, mais là, elle a été trop loin.
- Tu m’étonnes… surtout que Maureen, ça a l’air d’être une crème… toute douce et toute gentille.
- Alors, imagine face à une salope…

Timothy tique un peu. Le langage de Sam l’a toujours un peu surpris, surtout dans le milieu où ils travaillent, mais il s’y est habitué. Sauf que Sam parle rarement des femmes en ces termes. Timothy hésite un instant, puis ajoute :

- J’avais entendu dire un truc… qui se serait passé chez Callagan, mais tu sais, moi et les ragots…
- Dis voir, demande Sam, soudain vivement intéressé.
- C’est mon collègue sommelier chez Callagan qui m'a raconté ça. On se croise de temps en temps à l’aéroport, quand les livraisons arrivent. On est juste collègues, mais on s’entend bien. Il m’a dit qu’il y avait eu un souci avec une remplaçante. Qu’elle aurait couché avec le second de Callagan pour espérer un poste… sauf que la femme de celui-ci a découvert le pot-aux-roses…
- Oh !
- Je ne sais pas s’il s’agit d’Alisson… Callagan fait toujours tourner par mal de monde.
- C’est vrai, mais ce serait plausible. Bon, on ne va pas l’accuser à tort, mais… ça serait bien le genre du personnage !
- Tiens, Sam, prends celles-là, dit Timothy en sortant deux bouteilles de vin blanc.

Puis le sommelier s’empare de deux autres. Ils regagnent la cuisine, les mettent au frais. Timothy jette machinalement un regard sur le thermomètre du réfrigérateur, pour en contrôler la température. C’est une habitude, une vérification qu’il fait toujours. Cela fait partie de son métier.

Vincent vient d’arriver, suivi de peu par le reste de l’équipe, Tony et Harry. Tony s’attaque à la préparation de ses desserts, Jonathan le rejoint pour l’aider. Le pâtissier a encore quelques petites choses à apprendre au jeune homme. Alisson revient après avoir passé un moment dehors. Elle ne dit rien, s’absorbe dans son travail. Mais la tension est palpable. Mickaël se dit que la journée va être difficile. Mais très vite, l’enchaînement des préparatifs, puis le début du service font que chacun s’active à la place qui est la sienne.

**

Comme les autres soirs, Mickaël ne s'attarde pas. Il assure les vérifications, que le rangement est bien fait et repart très vite. Quand il reprend son vélo et s'éloigne dans la ruelle, Alisson est au-dehors avec Jonathan et Sam qui vident les poubelles. Jonathan jette un regard au second, puis rentre pour se changer. Sam reste dehors, sort son paquet de cigarettes et commence à fumer, en s'éloignant un peu dans la ruelle. Puis il revient tranquillement vers la porte arrière du restaurant.

- Je peux te prendre une cigarette, Sam ?, demande Alisson un peu froidement.

Il la fixe, les sourcils froncés. "Qu'est-ce qu'elle cherche ? Harris lui a parlé. Je suis certain qu'il lui a dit qu'il mettait fin par anticipation à son contrat. Si elle croit qu'elle va m'amadouer..."

- J'en aurai pas assez pour finir ma soirée. Désolé, répond-il en lui jetant un regard noir.
- Sympa...
- J'ai pas envie d'être sympa avec toi. J't'avais prévenue, Alisson. Pas touche à Micky. T'as touché à Maureen, t'as voulu toucher Micky. Ce que t'as fait, c'est une grosse saloperie. Alors t'attends pas à ce que j'ai pitié. Salut.

Et il écrase son mégot, rentre à son tour au vestiaire.
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline Frégo80

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Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #140 am: 17. Mai 2014, 15:29:40 Uhr »
Hé Vlan!

Sam n'est pas passé par 4 chemins pour dire ses 4 vérité à Allisson, tout en gardant beaucoup plus de retenue que dans les propos qu'il a exprimés à Timothy! [goodjob] [master]. J'ai aussi aimé le moment tendre entre Micky et Maureen! [eyeheart] [loveu].

Bizz!

Frégo  8)

Offline O-tho

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Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #141 am: 17. Mai 2014, 19:25:33 Uhr »
Coucou Limeye,

Eh ben Allisson, c'est vraiment le loup dans la bergerie! Mais la elle s'est pris un os on dirait... ;D- j'espere qu'elle ne va pas chercher revanche...

Je trouve incroyable la facon dont tu decris les cuisines du restaurant, c'est criant de verite leur travail, la preparation des plats et tout et tout...Et tous ces personnages savoureux! Je vois un film derouler sous mes yeux quand je te lis! On dirait presque que tu es dans le milieu ...ou tres proche...  ;D

Vivement la suite!

O-tho