Autor Thema: De couleurs en parfums (histoire en français)  (Gelesen 17825 mal)

0 Mitglieder und 1 Gast betrachten dieses Thema.

Offline limeye

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 2569
  • Geschlecht: Weiblich
De couleurs en parfums (histoire en français)
« am: 17. März 2014, 20:47:09 Uhr »
Chers lecteurs et chères lectrices,

Je remercie Némo et Tachi  [chinese] de me permettre de publier cette histoire qui n'a strictement rien à voir avec l'univers de Capitaine Futur.

Cette histoire m'a été directement inspirée par un film que j'ai vu récemment. Ce film n'est pas trop vieux non plus (2012 de mémoire). Contrairement à ce que Flamme nous avait proposé avec L'Ange gardien où elle reprenait en partie la trame d'un film, ce n'est pas le cas ici. Le scénario du film est totalement différent de mon histoire, mais je me suis inspirée de certaines scènes, mais surtout de certains personnages, et notamment du personnage masculin principal dont j'ai beaucoup aimé le rôle et qui, me semblait-il, offrait un sacré potentiel. Sans compter qu'il était joué par un de mes acteurs préférés (ce qui ne gâche rien  ;D). Le personnage féminin du film était aussi très réussi, je l'ai beaucoup aimée, mais elle ne pouvait pas être reprise dans mon histoire.

Peut-être que vous trouverez de quel film je me suis inspirée  [mindoubt], comme Flamme l'avait fait, c'est donc un petit jeu que je vous propose ! Y'a rien à gagner, sauf ma considération (ce qui n'est déjà pas mal  ;D). Je vous donne juste un indice : ce n'est pas un film français !

Je vous laisse donc découvrir les premières pages. Merci beaucoup de vos avis ! Et j'espère... bonne lecture !

bizz

Limeye  :)


Dimanche

Un lent et léger ronflement émerge d'un lit en bataille. A travers un rideau rapidement tiré filtre la lumière du jour. Il est presque midi.

Une sonnerie de téléphone arrache un grognement au dormeur. Il ouvre un œil, le referme. La sonnerie insiste. Il se redresse un peu, regarde son réveil et gémit. Il tend le bras vers le portable qui sonne encore.

- Allo ?, dit-il d'une voix pâteuse.
- Micky ! Ah, je savais bien qu'il fallait que je t'appelle ! Je suis certaine que tu as oublié !
- Hein ? Et quoi, Véra ?
- L'anniversaire de maman !
- Han ? Mais non... j'arrive...
- Qu'est-ce que t'as foutu hier soir ? T'es encore au lit, je parie !
- Mais non, j'étais sous la douche...
- Tu mens plus mal qu'un enfant, Mike... bon, t'oublie pas les fleurs !
- Mais non... A tout à l'heure... tu permets que je me rince ?

Un éclat de rire lui répond et sa sœur coupe la communication. Son petit frérot la fera toujours rire.

Assis sur le bord de son lit, Mickaël soupire en fixant d'un air absent le portable qu'il tient encore entre les mains. Puis il le repose sur la table de nuit, fourrage dans ses cheveux. Un léger mal de crâne le saisit. C'est toujours ainsi quand on le réveille en sursaut, et plus encore quand la nuit a été courte. Après le boulot, hier soir, lui et Sam ont fini en boîte. Il est rentré... juste avant l'aube. Non, bien sûr, il n'a pas oublié le repas familial prévu, il a même le dessert au frais.

- Bon, mon vieux, allez... bouge-toi.

Après une douche bienfaisante, il passe rapidement à la cuisine, fait chauffer de l'eau pour son thé. Il ouvre un grand placard, se saisit d'une des nombreuses boîtes.

- Corsé, c'est vraiment celui-là qu'il me faut ce matin...

Deux toasts sautent du grille-pain, il sait qu'il va avoir droit à un bon repas chez ses parents, mais il a toujours été incapable de partir le ventre vide. Pendant que son thé infuse, il ouvre la porte du réfrigérateur et vérifie l'état du dessert. Il l'a préparé hier après-midi, au restaurant.

- Ok, il a bien tenu. Bon, faut pas que je fasse n'importe quoi sur le vélo, mais ça ira... Maman va adorer. Alors, le dessert... ah, merde, qu'est-ce qu'elle a dit, la frangine, aussi ? Des fleurs ? Tiens, c'est bien une idée de gonzesse, ça... elle pouvait pas s'en charger ?

Non, Véra ne pouvait pas s'en charger. Véra n'a jamais su marier les couleurs. Incroyable comme ils sont différents. Lui, toujours attentif à l'harmonie des choses, couleurs, saveurs, senteurs. Et sa sœur, si indifférente à cela. Il se dirige vers la table qui lui sert de bureau, placée dans un recoin du couloir, il allume son petit ordinateur et cherche rapidement l'adresse du ou de la fleuriste le ou la plus proche de chez lui. Ou alors sur la route entre chez lui et chez ses parents.

- Bon, y a une boutique pas trop loin… j’ai juste un petit détour à faire… faut que je me grouille, par contre, vue l’heure…

Il avale rapidement son thé encore brûlant, attrape son blouson, vérifie et sa coiffure et si sa chemise tombe bien, histoire de faire plaisir à sa maman, et sort. Pour rentrer deux minutes plus tard en pestant :

- Crétin, j’oublie le dessert…

**

Dans une petite boutique aux murs clairs, à la décoration soignée, une jeune femme s’active. Elle va bientôt fermer, et elle commence à ranger ses fleurs. Elle a plutôt bien vendu ce matin, et se dit qu’elle va pouvoir profiter de son dimanche après-midi pour faire une promenade le long de la côte. Il y a encore bien des endroits qu’elle ne connaît pas.

Le temps est clément pour ce matin d’avril, et si le vent fait courir de gros nuages blancs dans le ciel, le soleil brille aussi. L’air est doux. Le printemps est là. C’est son premier printemps depuis qu’elle a quitté Dublin, depuis qu’elle reprend vraiment sa vie en main. Non, plutôt qu’elle la prend en main, tout simplement. Qu’elle agit et décide pour elle-même, et non plus soumise à des parents, des dogmes et… un ex-mari.

Avec soin, elle place les fleurs coupées dans la pièce froide où elles se conservent bien. Elle vérifie chacune, car demain, elle ne travaille pas et en deux jours, une fleur abîmée peut pourrir l’eau. Certes, elle habite au-dessus de la boutique et pourra passer dans la journée, juste pour un petit contrôle, mais si le beau temps perdure, il est possible qu’elle s'absente aussi.

Elle termine de rentrer les plantes en pot, orchidées, petits jasmins, azalées, qu’elle avait sorties sur la rue, pour décorer. Elle est en train de les disposer par terre, dans l’arrière-boutique, lorsque le carillon sonne.

- Heu, bonjour !, lance une voix joyeuse.

Elle passe la tête par la porte et voit un grand jeune homme aux cheveux brun-roux et au sourire franc.

- Vous fermiez ?, demande-t-il avec un rien d’inquiétude.
- Oui, mais je peux encore vous servir, pas de soucis. Que voulez-vous ?
- Un beau bouquet, répond-il avec un rien d’humour. C’est pour l’anniversaire de ma mère, précise-t-il, cette fois sérieux.
- Qu’aime-t-elle ?
- Alors, je ne vais pas vous répondre de cette manière. Je suis en vélo… et j’ai déjà le dessert à transporter.
- Hum, je vois. Je vais vous faire un bouquet court. Qu’est-ce qui me reste ici… Attendez, je vais chercher autre chose au frais.
- Je suis désolé de vous obliger à en ressortir…

Mais elle est déjà repartie dans la réserve. Elle revient avec un ensemble de roses, dont les tons allant du rouge au rose pâle s’harmonisent tout en dégradé. Avec dextérité, elle compose le bouquet, rajoute quelques feuillages. Puis le lui présente. Il l’a regardée faire avec attention.

- Est-ce que cela vous plaît ?
- Oui, c’est parfait… merci ! C’est joli, vos petits trucs, là, au mur…, dit-il en désignant de petits cadres décorés avec des fleurs fraîches.
- Cela plaît en général… j’ai eu l’idée en feuilletant un magazine. Cela fait des petits cadeaux simples et originaux, c’est différent d’un bouquet…
- Je vous prends celui-là !, dit-il avec un enthousiasme presqu’enfantin. Je vais l’offrir à ma nièce… il faut faire toute son éducation sensorielle, avec les parents qu’elle a…
- Ah oui ?, demande-t-elle par politesse en finissant d’entourer le bouquet d’un film protecteur.
- Oui, ma sœur n’a aucun sens des couleurs… et elle est incapable de différencier le goût d’une orange de celui d’un pamplemousse. Alors, j’essaye de montrer ses différences à ma nièce, dit-il. Il faut commencer petit…

Elle lui tend le bouquet et il frémit. Cette fille a des yeux comme il n’en a jamais vus et il serait bien incapable d’en décrire la couleur. Gris ? Bleu ? Marine ? Toujours est-il qu’ils lui font immédiatement penser au ciel, à la mer, à l’eau. Elle reste le bras tendu, le bouquet à bout de mains, car il a perdu la notion de ce qui se passe.

- Tenez, dit-elle avec un joli sourire.
- Heu, oui, excusez-moi…, bafouille-t-il en prenant le bouquet et en frôlant bien involontairement, mais finalement avec plaisir, sa main.
- Vous voulez un petit paquet cadeau pour le cadre ?
- Je ne veux pas vous déranger plus…
- Mais ce n’est pas un dérangement, j’ai le temps ! Pour une petite fille, vous m’avez dit ? Quel âge ?
- 5 ans et demi. A cet âge, les demis, c’est important.

Elle rit légèrement en décrochant le cadre. Puis, lui tournant le dos, elle s’installe devant une table. Au-dessus, fixés au mur se trouvent différents rouleaux de papier cadeau. Elle en choisit un, au fond blanc, avec des petites feuilles vertes, mais de verts différents. Avec soin, elle emballe le petit cadre, et complète le paquet avec un joli ruban blanc, avec un filet vert au milieu.

- Voilà, dit-elle en se retournant. J’espère que cela plaira à votre nièce. Et à votre maman.
- Merci beaucoup… et encore désolé de vous avoir retardée, dit-il en sortant son portefeuilles de la poche de son blouson. Je vous dois ?
- 4,80 livres.

Il règle, elle fait le tour du comptoir pour lui tenir la porte. Il a laissé son vélo appuyé contre le mur. A l’avant, il possède une sorte de panier rigide, assez plat. Elle remarque la boîte avec le dessert. Elle s’attendait à trouver une boîte en carton, signe qu’il avait été acheté dans une boulangerie, mais il s’agit plutôt d’une boîte en plastique.

"Du fait maison", songe-t-elle.

Il dépose le petit paquet et les fleurs dans son panier, vérifie que cela va tenir, jette un œil à sa montre. Sa sœur va encore râler… tant pis.

- Merci ! Bonne fin de journée !, la salue-t-il en s’élançant vers la rue.
- Merci ! Pour vous aussi ! Et… bon anniversaire à votre maman !

Il se retourne vers elle, pour lui répondre et la regarder une dernière fois. Silhouette fine et élancée, aux cheveux châtains retombant sur les épaules. Visage simple, des traits qui n’ont rien de particulier. Sauf ses yeux.

Elle repart dans la boutique, finit son rangement, boucle le magasin. Et en remontant jusqu’à son appartement, elle se demande comment elle pourrait bien décrire la couleur des yeux de son dernier client. Vert, mais quel vert ?

**

Elle a mangé rapidement, et la voilà maintenant à bord de sa petite voiture, en route vers la côte. Elle laisse de côté l'embouchure de la Clyde, descend plus vers le sud. Elle a repéré une promenade, le long du bras de mer. Elle se gare sur le parking quasi désert de la plage. Elle est contente d'avoir fait cet achat, une fois arrivée ici. Ca a été l'une des premières marques de son indépendance.

Elle s'engage sur le petit chemin qui descend vers la grève et commence à se promener sur le sable. Au loin, elle voit se dessiner les monts des Highlands. Elle aime ces paysages grandioses et sauvages, différents tout en restant proches de ceux de son sud Irlande natale. Ici, elle se sent bien. On remarque tout de suite son accent, bien différent de celui des gens de Glasgow, mais c'est comme si elle se trouvait en famille. A la fois inconnue, mais pas perdue.

Le printemps naissant imprime sa marque un peu partout : les collines commencent à reverdir, perdant leur jaune gris hivernal, ça et là, les fleurs sauvages illuminent le paysage de leurs tendres couleurs : crocus, jonquilles, primevères. Elle suit du regard le lent vol d'oiseaux.

Ce paysage, ce pays, d'où émerge une force tranquille, l'apaise, lui redonne le goût de vivre après un lent et douloureux cheminement.

Ici, peut-être, elle pourra trouver le bonheur. Mais déjà, la paix est précieuse et elle l'apprécie et y goûte chaque jour avec un plaisir infini.
« Letzte Änderung: 19. März 2014, 21:26:00 Uhr von limeye »
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline Tachioniumfinder

  • Area-Member
  • Joan Randall
  • ****
  • Beiträge: 431
Re: Histoire en français - De couleurs en parfums
« Antwort #1 am: 17. März 2014, 21:51:31 Uhr »

Peut-être que vous trouverez de quel film je me suis inspirée  [mindoubt], comme Flamme l'avait fait, c'est donc un petit jeu que je vous propose ! Y'a rien à gagner, sauf ma considération (ce qui n'est déjà pas mal  ;D). Je vous donne juste un indice : ce n'est pas un film français !

Je vous laisse donc découvrir les premières pages. Merci beaucoup de vos avis ! Et j'espère... bonne lecture !

bizz

Limeye  :)


Bienvenue à la maison, Limeye!  [flower]

Je suis très desolée, mais je ne suis pas cinéphile....je suis dans le noir le plus complet... :'(

J'espère que tu trouveras un cinéphile francophone entre nous: Bonne chance!  ;D ;D ;D
Tachi

Offline flamme

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 1023
Re: Histoire en français - De couleurs en parfums
« Antwort #2 am: 18. März 2014, 01:49:37 Uhr »
Coucou Limeye, Tachi!  [hello]

C'est reparti, Limeye! Tu vas encore nous charmer avec un récit qui s'annonce délicieusement romantique! Bravo pour l'idée et l'initiative, c'est super!  [jump] [jump] [jump]

Et merci à Nemo et Tachi pour la permission!  [goodjob]

Bizz Vizz
Flamme
 [flower]
« Letzte Änderung: 18. März 2014, 01:51:57 Uhr von flamme »

Offline Frégo80

  • Joan Randall
  • ****
  • Beiträge: 335
Re: Histoire en français - De couleurs en parfums
« Antwort #3 am: 18. März 2014, 02:42:54 Uhr »
Coucou Limeye!

Ça s'annonce romantique en effet! :-* Pour ce qui est du film...je pense que c'est "50%" ou le "Prénom".Ou peut-être suis-je dans le champ complètement! ;D

A+

Frégo 8)

Offline limeye

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 2569
  • Geschlecht: Weiblich
Re: Histoire en français - De couleurs en parfums
« Antwort #4 am: 18. März 2014, 07:06:37 Uhr »
Bonjour à toutes !

Ma pauvre Tachi ! Je ne te donne pas beaucoup d'indices... mais il n'est pas besoin d'avoir vu le film pour lire l'histoire, car le scénario en est très différent. C'est une autre histoire. Tu peux la lire sans chercher le film...

Oui, Flamme, c'est "encore" un récit romantique. A mettre de la guimauve fondue partout... J'ai eu une idée de fin au cours de mon insomnie... Une fin romantique, mystérieuse et... écossaise  ;) !

J'ai lu tes suggestions avec intérêt, Frégo, mais ce n'est pas cela... cherche encore ;) [mindoubt]

Je vous souhaite une belle journée ! Voici un peu de lecture  :)

Limeye  :)


- Oh, frérot ! Tu gobes ?
- Nan...
- Mais si, tu gobes ? Ta nièce vient de te poser deux fois la même question et tu n'as toujours pas répondu...
- Elle parle pas assez fort, c'est tout.
- Mais non, c'est toi qui es dans la lune...
- T'as vu ce ciel, Léony ?
- Oui, tonton ! Et le grand nuage... on dirait...
- On dirait une tête de chien !

Et il commence à lui décrire ce qu'il voit. La petite écoute avec attention, toujours amusée par les jeux que son oncle invente.

Après le repas, toute la famille est partie se promener dans la campagne, par derrière la maison familiale. Mickael aime cette balade, entre les petits champs, le chemin bordé par des talus moussus sur lesquels, ça et là, commencent à fleurir des violettes, des primevères. C'est un beau dimanche, comme il les aime, même si sa sœur l'a tiré du lit un peu trop tôt à son goût. Son beau-frère, fervent supporter des Glasgow Rangers et ouvrier spécialisé dans l'un des chantiers navals de la ville, a raconté de nombreuses histoires drôles. Jimmy est un gars vraiment sympa. Il vient d'un milieu plus populaire qu'eux, mais même s'ils sont très différents, Mickaël l'apprécie pour sa finesse, son humour et sa grande gentillesse. Jimmy est incapable de faire du mal à une mouche, et il adore Véra et leur petite fille.

- Alors, mon grand garçon, dit sa mère en lui passant le bras sous le coude, ça va toujours chez Harris ?
- Oui, m'an. Je suis vraiment content de bosser là. J'ai une bonne équipe avec moi, les clients sont contents... On fait des bonnes journées, mais au bout du compte, on a la satisfaction d'avoir fait plaisir. Et c'est important.
- Ton dessert était délicieux. J'aime tant comment tu maries les fruits exotiques...
- Il faudrait venir manger un soir, au restaurant, avec papa.
- C'est une idée, oui... Mais nous ne voudrions pas t'intimider par notre présence !

Il éclate d'un grand rire joyeux.

- Non, m'an... ça me ferait comme un défi à relever. J'ai gagné en assurance, tu sais, et Harris me fait confiance. Il me laisse carte blanche pour imaginer de nouveaux mariages, et les habitués aiment découvrir les petits changements que nous apportons régulièrement à la carte. Enfin, tout dépend toujours des arrivages aussi...
- Bien entendu. Allez, on va repartir par-là, il va être l'heure du thé.

**

Il ne rentre qu'en tout début de soirée, la nuit est en train de tomber. Si la journée a été belle, une courte averse a mouillé les pavés. Il aime rentrer chez lui à cette heure, calme, du dimanche soir. L'animation n'est présente que dans les pubs - ou au stade. Mais le football et le rugby, sports nationaux s'il en est, ne l'ont jamais passionné. Il roule tranquillement, prenant soin d'éviter les quelques flaques qui jalonnent son chemin. Pris par une inspiration subite, il ne va pas au plus court, mais repasse devant la boutique de la petite fleuriste. En roulant, ce midi, il avait devant les yeux l'étiquette ronde du magasin, collée sur le papier du bouquet "Le jardin de Maureen".

Elle s'appelle Maureen. Il en est presque certain. Il remonte la rue, les quelques autres boutiques sont bien entendu fermées. Seul un pub, tout en haut, est ouvert, cela se voit à la lumière qui filtre par les fenêtres et tombe sur le trottoir mouillé. Il sifflote doucement un air doux, un rien mélancolique. Il est bien, tranquille. Ce soir, c'est relâche pour lui, de même pour demain. Il ne sait pas encore ce qu'il va faire de sa journée, de sa soirée. Il pourrait s'arrêter au pub, là-haut, mais il est presque certain qu'une grande partie de la clientèle suit avec attention la retransmission du match de Coupe d'Europe. Et il n'a pas envie d'être dans le bruit, contrairement à la veille où il avait pris plaisir à écouter de la musique forte et à danser comme un fou avec Sam.

Là, encore une vingtaine de mètres, et il va passer devant "Le jardin de Maureen". A l'étage, au-dessus, une fenêtre est éclairée. Il se demande si elle habite là. C'est fréquent que les commerçants logent près de leur boutique. Mais parfois non. Il lève les yeux vers la tache de lumière, chaude, réconfortante dans la nuit humide.

Subtil... oui, ce soir, il va goûter Subtil...


Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline limeye

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 2569
  • Geschlecht: Weiblich
Re: Histoire en français - De couleurs en parfums
« Antwort #5 am: 18. März 2014, 22:03:11 Uhr »
Lundi

Cela semble presqu'incroyable, mais une nouvelle belle journée s'annonce. Maureen se prépare un pique-nique, elle a décidé d'aller sur Great Cambrae Island. Elle a trouvé les horaires du bac, traversera le bras de mer. La voici à l'embarcadère, puis sur le bateau.

http://4.bp.blogspot.com/_hmnX_eQTaO8/S7z_LHbF8JI/AAAAAAAAD1g/jZS3Eyezl88/s1600/View.jpg

http://83.223.124.24/~millport/wp-content/uploads/2012/03/across_kames_bay680.jpg

Une chose la fascine ici, et encore, elle sait qu'elle n'a pas vu le plus extraordinaire, mais ce sont les découpes du paysage, comme une dentelle fine entre mer, lochs et montagnes. Au détour d'une route, derrière une colline, on croit voir un loch, et puis, non, c'est la mer. On croit arriver sur l'océan, et non, ce n'est qu'un loch qui s'étire. Les lumières en cette saison sont somptueuses. Il y aura des averses, certainement, mais derrière, le soleil fera miroiter l'eau, les collines. Dieu que ce vert est apaisant, reposant...

Et voilà que lui revient à l'esprit le regard du jeune homme hier.

"Il a bien les yeux de son pays", pense-t-elle un peu amusée, en regardant la côte qui s'éloigne. Vers le nord, à nouveau, les Highlands. Elle n'a pas encore eu le temps d'y aller, il lui faudrait pouvoir prendre quelques jours de congés, mais fermer la boutique, alors qu'elle n'a ouvert qu'à l'automne, elle ne peut pas vraiment se le permettre. Pour l'heure, elle s'en sort, vit chichement, mais travaille avec passion.

"Il faudrait que j'appelle Lawra, que je lui donne quelques nouvelles. Ce serait chouette si elle venait passer quelques jours l'été prochain..."

Le bateau arrive près de l'île, elle observe avec attention la manœuvre. Elle suit les trois autres véhicules qui ont embarqué, et la voilà sur Great Cambrae Island. Elle prend la route côtière, elle va pouvoir faire le tour de l'île.

"Le temps change, tout aussi vite qu'en Irlande", pense-t-elle, "que sur le Connemara."

Si elle pense assez souvent à l'Irlande et compare les paysages qu'elle découvre avec ceux qu'elle connaît, elle n'y songe nullement avec nostalgie. Elle est heureuse d'être ici, heureuse aussi d'avoir osé venir s'installer ici. Sans Lawra, elle aurait eu beaucoup de mal à prendre sa décision. Elle n'y serait même pas parvenue. Lawra l'a aidée à quitter Brian, à s'affranchir de ses parents, à prendre confiance en elle. Au début, elle a pourtant eu l'impression qu'elle fuyait, qu'elle s'évadait comme un prisonnier quitte, affolé, les murs de sa geôle. Effrayé à l'idée d'être repris, mais effrayé aussi par la liberté.

Elle pique-nique au soleil, sur une plage, à l'abri du vent. Il fait bon. Elle est bien.

**

Debout devant l'un des grands placards de sa cuisine, Mickaël réfléchit. Il est 11h, il s'interroge un peu sur le parfum qu'il va choisir pour sa journée. Si la soirée a été Subtil, et que ce choix s'était révélé excellent, relevé par un soupçon de whisky d'Oban, il hésite pour ce matin. Il opte finalement pour Chaleureux.

Une fois un copieux petit déjeuner avalé, il enfile une tenue un peu sportive. Le soleil qui tape aux carreaux l'invite à sortir à vélo. Mais aujourd'hui, la circulation sera dense en ville, alors il choisit l'un des circuits cyclables aménagés il y a quelques années le long de la Clyde.

http://us.123rf.com/400wm/400/400/dunmaglasphoto/dunmaglasphoto0905/dunmaglasphoto090500035/4881666-kingston-bridge-m8-motorway-over-the-river-clyde-in-glasgow-scotland.jpg

Là, il est tranquille. Il apprécie toujours ses lundis, quand la ville travaille, mais pas lui. Il se demande si Maureen ouvre le lundi. Sans doute que non, comme beaucoup de petits commerces non alimentaires. Il n'y a vraiment que les pubs qui tournent toute la semaine...

Au retour, il repasse devant chez elle et constate qu'en effet, la boutique est fermée. Tant pis, il passera après-demain...
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline flamme

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 1023
Re: Histoire en français - De couleurs en parfums
« Antwort #6 am: 19. März 2014, 04:44:54 Uhr »
Coucou Limeye!

J'adore les photos jointes au texte, elles sont magnifiques!  :D J'aime ce principe de joindre des photos à l'histoire et de nous faire voyager, comme tu as fait pour l'expédition sur le deuxième continent dans Just In your Dreams... Ça se complète merveilleusement!  [goodjob]

Bizz Vizz
Flamme
 [flower]
« Letzte Änderung: 19. März 2014, 04:46:46 Uhr von flamme »

Offline limeye

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 2569
  • Geschlecht: Weiblich
Re: Histoire en français - De couleurs en parfums
« Antwort #7 am: 19. März 2014, 12:25:46 Uhr »
Coucou !

j'étais trop "rincée" hier soir pour préciser en effet que j'allais essayer de trouver des photos qui colleraient à l'histoire, un peu comme dans JiYD et l'exploration sur le deuxième continent. Il y en aura moins cependant, car l'histoire s'y prête moins, mais certains lieux, vous verrez, permettent de bien belles vues ! Vous en avez eu un petit aperçu avec l'île. Le port de Milport notamment vaut le détour...

voici une suite ! Une journée "presque" type pour Mickaël. Vous allez aussi en apprendre plus sur son métier (scène directement inspirée du film), et découvrir d'autres personnages (eux aussi inspirés du film).

bizz et bonne journée !

Limeye


Mardi

Levé tôt, ce matin, Mickaël doit passer à la criée, faire son choix. C'est à lui qu'Harris confie toujours le choix de la matière première principale : le poisson. Il le fait un jour sur deux, en alternance avec le patron. Puis il regagne le restaurant, vérifie les livraisons. En chemin, il a déjà échafaudé quelques idées de recettes, pour préparer les poissons qu'il a sélectionnés. 

Il est parmi les premiers arrivés, après le patron, Harris. Un homme raffiné, intelligent, un érudit aussi, doublé d'un bon gestionnaire. Il tient l'un des meilleurs établissements de la ville. Il leur arrive fréquemment de recevoir des personnalités, artistes en tournée, hommes ou femmes politiques, sportifs de renom. Sans compter que certains membres de la haute société de la ville et des alentours s'invitent régulièrement. Mais ce qu'il aime avec son patron, c'est que celui-ci ouvre aussi une fois par semaine, le mercredi, avec un menu à des prix abordables pour une population moins aisée. Harris a un crédo pour cela "ce n'est pas parce qu'on a peu d'argent qu'on doit manger mal". Cela le fait songer à son beau-frère et à ce milieu populaire dans lequel vit sa sœur, assistante sociale.

Une fois qu'il a salué les présents et le patron, il file au vestiaire, se change. Et c'est parti pour une journée dont il ne verra pas passer les heures. Ranger les livraisons, préparer les premiers éléments du menu, découper les viandes et nettoyer les poissons. Ils sont six dans l'équipe, en cuisine, il en est le chef. Il aime cette façon de travailler, comment dans une assiette qui arrive devant un client, chacun a mis un petit quelque chose. Cette élaboration en commun des plats, même si chacun a son rôle bien précis, c'est comme un petit orchestre qu'il faut mener, vers l'harmonie. Depuis un mois, ils ont avec eux un jeune apprenti, Jonathan. Un garçon un peu rêveur, qui s'émerveille devant chaque réussite, s'étonne des mariages de saveurs qu'il ose. Cela le fait souvent rire. Le reste de l'équipe aussi. Mais Jonathan ne s'en formalise pas. Ici, il apprend. Beaucoup.

Fréquemment, en lui expliquant certaines choses, Mickaël repense à ses propres années de formation. La chance qu'il avait su saisir, cette opportunité incroyable, ce risque aussi que ses parents avaient pris, de l'envoyer, à 15 ans, en France, dans l'un des meilleurs lycées hôteliers de ce pays, royaume incontesté de la gastronomie et des vins. Depuis tout petit, il aime les aliments, il se souvient avoir passé des heures à coloniser la cuisine de sa mère, et de sa grand-mère. C'est elle, sa "Mummy", qui lui a donné le goût de la nourriture, et pour cause, elle est Française. Et elle aime cuisiner. Un de ses plus lointains souvenirs, c'est de la revoir, avec son tablier, s'activer à réaliser une délicieuse tarte aux pommes. Il a précieusement noté toutes ses recettes et rien ne peut lui faire plus plaisir que d'aller la revoir en lui apportant quelque chose qu'il a cuisiné. Elle est très fière de son petit-fils, de sa réussite.

Et avec Jonathan, Mickaël retrouve ses impressions de lycéen, d'apprenti. Le garçon apprend bien, sait tirer parti de ses erreurs, et c'est une grande qualité. "Il ne sera pas mauvais, quand il aura la maîtrise de tout le processus", avait-il confié un jour à Harris. "Alors, j'ai bien fait de le prendre", avait répondu le patron.

La journée a passé, avec ses moments de préparation au calme, dans une sérénité presque religieuse, mais aussi avec ses coups de bourre, ses cris, ses bruits de casserole, de couteaux, ces odeurs qui se mélangent les unes aux autres. Sam qui parle sans cesse, charriant les uns, les autres. Il y a eu droit, pas d'exception avec Sam. Même Harris n'échappe pas à l'humour du second de cuisine.

- Alors, Micky, va falloir que tu m'expliques quand même, l'apostrophe Sam, alors que le premier service est lancé, que la tension monte en cuisine, pourquoi t'es pas reparti avec la petite blonde samedi... Elle te bouffait des yeux... T'es encore passé à côté d'une opportunité...
- Sam, je t'ai déjà dit que les blondes et moi...
- Ah, tu vas pas recommencer, quand même ! Il y en a de si bien roulées !

Bien sûr, il a raison, Sam. Mais n'empêche... Bon, une cassolette de coquillages pour la 2... Les poireaux... Qu'est-ce que tu fous, Sam, les poireaux !

Ca crie, ça tourne, ça virevolte autour de l'îlot central, ça grésille, ça frétille, ça mijote, les commandes s'enchaînent, les plats aussi. Enfin arrive l'heure du dernier dessert, commandé par un couple âgé, des habitués. A lui de parvenir à les surprendre. C'est toujours à lui qu'on confie le dernier plat, et il met comme un point d'honneur à le peaufiner avec une petite touche personnelle, pour clore la journée. Alors que ses collègues s'activent déjà à ranger et nettoyer, chose dont il ne se charge jamais, il prépare les deux assiettes. Le soufflé d'orange pour madame, la tartelette au café pour monsieur. Avant de confier les assiettes à Julia, la serveuse, il hésite, les observe. Il a le sentiment qu'il manque quelque chose. Une touche de couleur. Il se retourne, Julia attend, il ne lui a pas donné le signal de les emporter. Les éléments, les aliments se bousculent dans sa tête, mais il ne trouve pas.

Résigné, il doit se contenter de quelques épices et d'une feuille de menthe pour le soufflé d'orange, et de tranches de mangue dont il a conservé la peau rouge orangé pour décorer l'assiette de la tarte. Mais il tique. Il faut qu'il trouve. Autre chose. Encore autre chose. Une petite touche... Il lève les yeux vers Julia :

- C'est bon...

Et la jeune femme se saisit des assiettes, le battant de la porte s'ouvre, se referme. C'est terminé. La journée est terminée. Presque.

Alors qu'il se lave à nouveau les mains, donne deux-trois conseils à Jonathan qui range les sauces, qu'il tourne autour de la table de cuisson pour en vérifier la propreté, Harris entre dans la cuisine.

- Les Baker veulent te voir, Mickaël.
- Ok, j'arrive.

Il change rapidement de tablier, puis sort de la cuisine, traverse la salle. Il n'a pas besoin de demander à quelle table se sont installés M et Mme Baker. Ils prennent toujours la même. Mme Baker lui sourit avec finesse en lui tendant la main. Il la saisit avec délicatesse et la porte vers ses lèvres pour un baisemain de circonstance.

- Encore bravo, Mickaël, dit M Baker. C'était une soirée réussie.
- Merci, Monsieur, répond-il, touché.
- Ce pavé de saumon... cette pointe sucrée... qu'est-ce que c'était ?
- Dans la sauce, Monsieur ? Un peu de cognac...
- Ah, tu vois, je te disais..., déclare Mme Baker. J'étais certaine que Mickaël avait apposé une petite "french touch" !

Mickaël sourit. Les Baker ont toujours aimé découvrir certains petits arrangements, deviner des ingrédients qu'il ajoute. C'est un jeu entre eux deux, dont il délivre ou non le secret à l'issue du repas.

- Le velouté d'asperges... un régal, comme toujours. Quand il est à la carte, j'ai bien du mal à choisir une autre entrée, poursuit la femme.
- C'est ce que j'ai pensé en apprenant que vous veniez ce soir, Madame, dit-il avec les yeux qui pétillent. Et le dessert ?
- Il faut le garder... ce mélange d'agrumes...
- Il y avait un soupçon de chocolat, dans le mien, n'est-ce pas, jeune homme ?
- Bien deviné, Monsieur...

Et Monsieur Baker de se lancer dans une histoire sur le voyage des épices, que sa femme interrompt d'un geste tendre sur la main :

- Et si nous laissions nos hôtes terminer leur journée, James ?

**

Il rentre dans la nuit, après l'agitation des dernières heures, il aime pédaler tranquillement, se détendre ainsi, évacuer la tension de la journée de travail. Il n'est pas loin d'une heure du matin. Demain, ce sera plus calme, il n'a pas à passer à la criée. Un jour sur deux seulement. Arrivé au carrefour, en bas de la colline sur laquelle s'étend le quartier où il habite, il retient avec peine un petit sourire. Il continue un peu plus le long de la grande avenue, pour ne tourner que deux rues plus loin et entamer la côte, un peu plus marquée au départ, mais plus douce au bout de deux cents mètres environ.

"Si tu crois que tu vas échapper à ce détour, maintenant...", songe-t-il, amusé. Il ralentit un peu avant de passer devant la boutique de Maureen, comme pour faire durer l'instant. Tout est éteint, bien entendu, à cette heure... et puis, encore une fois, rien ne lui prouve qu'elle habite l'appartement au-dessus...

Mais alors qu'il s'éloigne, les pneus du vélo dessinant une longue trace sur la rue mouillée par une récente averse, trace qui s'efface lentement au bout de quelques secondes, lui vient soudain une idée. Il sait ce qui manquait aux desserts des Baker.
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline O-tho

  • Joan Randall
  • ****
  • Beiträge: 487
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #8 am: 20. März 2014, 03:28:38 Uhr »
Coucou Limeye,

Merci pour cette nouvelle histoire! On ne t'en veut pas si ce nest pas notre couple favori  ;D...

En tout cas, j'aime beaucoup comment tu decris l'atmosphere tu resto, on s'y croirait, ca me fait penser aux "correspondances" les sons, les couleurs et les odeurs...

Je sais ce qui manquait au dessert: une fleur....

O-tho

PS: encore aucune idee sur le film, d'autant plus si c'est un film etranger non americain...helas...

Offline limeye

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 2569
  • Geschlecht: Weiblich
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #9 am: 20. März 2014, 10:11:05 Uhr »
Coucou O-tho !

bien deviné pour ce qui manquait... mais voici en effet la réponse avec le passage suivant !

pour décrire l'atmosphère du resto, le film m'a beaucoup aidée pour cela ! J'ai plus rajouté des détails concernant les personnages, et puis la scène finale avec le couple d'habitués qui veulent féliciter le chef à la fin du repas. Ce sont des choses que l'on voit de temps en temps...

pour le film, je te donne un indice supplémentaire : il n'est pas américain en effet, mais c'est quand même un film en anglais. Et je n'ai pas changé les lieux, j'ai gardé les mêmes que dans le film. Par contre, je n'ai aucune idée du succès qu'il a pu avoir ou pas, ne me tenant pas beaucoup au courant de ce qui se passe au box-office... je l'avais raté à sa sortie (mais ça n'a rien d'étonnant, et pas pu le voir lors du festival qui se déroule une fois par an dans ma ville, l'an passé, je l'ai donc vu en décalé...). Mais les deux acteurs principaux sont connus ! Bon, je n'en dis pas plus, vous trouverez peut-être au fur et à mesure... Mais comme mon intrigue est différente de celle du scénario, c'est en effet plus difficile pour vous !

voici donc une suite !

bizz

Limeye  :)


Mercredi

- Bonjour, Madame, vous désirez ?, demande Maureen à la petite femme ronde qui vient d'entrer dans sa boutique.
- Je vais rendre visite à une amie hospitalisée. Un petit bouquet simple, mais pas trop odorant.
- Avec une réserve d'eau ou aura-t-elle un vase à disposition ?
- Elle aura un vase.
- Vous souhaitez dans quels coloris ?, s'enquiert Maureen en invitant sa cliente à faire le tour de l'espace central fait de plusieurs étagères en verre, de différentes hauteurs, qui lui permettent de présenter ses compositions comme s'il s'agissait d'un parterre de jardin.

Sur les murs, autour, elle a disposé soit les fleurs aux longues tiges - roses, branches fleuries et les premières fleurs de mimosa qu'elle vient de recevoir pour cette saison -, mais aussi les différents feuillages qui lui permettent de réaliser les compositions.

Alors qu'elle conseille sa cliente, l'écoute avec attention, suggère, le léger gling de la porte retentit à nouveau. Elle jette juste un regard vers l'entrée, devine une silhouette qui lui semble un rien familière, mais revient à sa cliente. Celle-ci met du temps à se décider, lui fait changer plusieurs fois l'assemblage de fleurs, de feuillages, pour finalement revenir au bouquet simple que Maureen préconisait dès le début. Elle a l'habitude de ce genre de demande, de ces personnes hésitantes, qu'il est parfois difficile de satisfaire. Elle propose toujours quelque chose de sobre au début, qui lui sert de base pour ajouter une ou deux fleurs et apporter quelques modifications. Quitte à changer une ou plusieurs fois le bouquet, elle sait qu'en général, la personne revient vers le choix initial.

Elles retraversent la boutique, revenant vers le comptoir où elle va terminer le bouquet, l'emballer dans le film protecteur. A cet instant, elle identifie mieux son nouveau client. C'est le jeune homme de dimanche, debout au milieu de l'allée, qui regarde avec attention les pétales des hortensias en pot, qu'elle a disposés sur le côté. Il s'écarte d'un mouvement souple pour les laisser passer, en les saluant. Elle lui sourit simplement et s'active à terminer le bouquet de la cliente. Celle-ci insiste avec quelques questions, demande des conseils qui, Maureen en mettrait sa main à couper, ne seront pas suivis. La jeune femme termine avec un ruban coloré, en harmonie avec le bouquet et appose sa petite étiquette ronde, dernière touche du paquet.

Mickaël songe alors à la dernière touche qu'il apporte lui aussi à une assiette, juste avant de la confier aux serveurs. "C'est un peu la même chose", pense-t-il.

La cliente paye, discute encore un peu, puis se décide enfin à sortir.

- Quelle patience !, commente Mickaël une fois que la porte s'est refermée et que la femme a parcouru quelques mètres sur le trottoir.
- Le client est roi..., sourit la jeune femme. Vous avez un autre anniversaire à fêter aujourd'hui ?, demande-t-elle avec humour.
- Non..., mais le bouquet a ravi ma mère.
- Et votre sœur ?
- Aussi, mais je pense qu'elle a été hermétique à son harmonie. J'ai renoncé... mais le petit cadre a plu à ma nièce, je ne désespère pas d'arriver à sauver la prochaine génération.

Elle rit. Il aime son rire. Un instant, il repense à Sam et à ses piques "T'as toujours su faire rire les filles, Micky... profites-en ! Une fille qui rit, elle est déjà à moitié dans ton lit..." Sacré Sam...

- Dites, j'ai pensé à un truc... quand vous avez des fleurs que vous ne pouvez pas utiliser, pour des bouquets, ça doit arriver... avant qu'elles fanent, je veux dire. Vous en faites quoi ?

Maureen le regarde avec intérêt.

- Et bien, certaines ont la tige trop courte ou abîmée, mais la fleur est belle, alors je l'utilise pour les petites compositions comme celle-ci, dit-elle en en désignant une posée sur l'étagère derrière lui. Sinon, ça fait partie des pertes... J'ai essayé de conserver des pétales, parfois, mais c'est compliqué à utiliser. Ou plutôt, ça demande souvent beaucoup de travail et je ne peux pas me permettre de passer trop de temps sur certaines réalisations. C'est pour cela aussi que j'ai développé l'idée des petits cadres et des petites glaces, comme ce que vous avez choisi pour votre nièce. Mais pourquoi cette question ?
- Je suis cuisinier, répond-il, et hier soir, en préparant le dessert de mes derniers clients, j'ai senti qu'il manquait quelque chose... non pas une saveur, mais une touche de couleur. J'ai joué avec ce que j'ai l'habitude d'utiliser, et qui, jusque-là, me satisfaisait pleinement. Mais... mais, pour une fois, je n'étais pas content de moi. J'ai réfléchi à ce que je pouvais faire, et puis m'est venue l'idée d'utiliser une source de couleurs qui ne serait pas de la nourriture. Alors, j'ai pensé aux fleurs, à des pétales. Vous voyez ?

Elle hoche la tête à l'affirmative. Elle imagine parfaitement. Il continue :

- Par contre, il me faudrait plutôt des petits pétales, c'est pourquoi je regardais les hortensias. Ils ont des formes originales...
- Je pense que vous pourriez utiliser n'importe quel pétale, dit Maureen, le front plissé par la réflexion. Les longs des marguerites, par exemple, peuvent suggérer comme un soleil, les plus ronds des roses, apporter juste une petite touche. Et des petites fleurs, comme les violettes ou en effet, un cœur d'hortensia...
- ... pour déposer juste sur le dessus du dessert, termine-t-il, enthousiaste. Oui, oui, c'est cela. Il faut que j'essaye cela.
- Venez, dit-elle, je vais voir ce que j'ai mis de côté ce matin. Mais il faut que ça reste frais. C'est fragile, une fleur. Surtout les coupées... Vous en voulez pour plusieurs jours ?
- Juste ce soir. Je vais essayer ce soir. Je verrai les retours. De mon patron et des clients.

Maureen ressort de la réserve quelques roses aux tiges trop courtes et aux feuilles abîmées qu'elle avait mises de côté pour des petites compositions qu'elle comptait faire dans l'après-midi. Mais aussi quelques gardénias au cœur ou aux pétales marqués : certains sont encore très beaux et utilisables.

Ils discutent, avec animation, une idée répondant à une autre, une suggestion éveillant l'imagination. Mickaël repart avec quelques fleurs aux pétales de formes différentes, mais en se limitant pour l'heure à des tons chauds, rouge et jaune uniquement. C'est un essai qu'il veut faire et il estime que ce sont les deux couleurs qui lui seront le plus utiles. Ils regagnent la boutique et il veut la payer, mais elle refuse :

- Ce sont des fleurs qui font partie des pertes...
- Ce n'est pas une raison. Si vous les aviez utilisées dans les compositions, vous les auriez facturées, non ?
- Oui, reconnaît-elle, mais très peu. Dans les compositions, ce sont surtout les supports et le temps de travail qui est facturé. La matière première, elle... représente une part infime. Alors, vous voyez...
- J'ai toute latitude de la part de mon patron, dit-il avec sérieux, pour apporter des idées. Il me laisse un budget pour cela.

Maureen finit par accepter, mais elle lui vend les fleurs au prix qu'elle les a payées, ne se fait aucune marge dessus. Mickaël jette un œil à sa montre, il est tôt, il a encore une heure devant lui environ, avant de prendre son service. Comme il ne se présente pas d'autres clients, légèrement appuyé au comptoir, il poursuit la conversation :

- Vous n'avez pas l'accent de Glasgow, dit-il en voulant parler d'autre chose que de leurs métiers respectifs.
- Bien remarqué, sourit-elle. Je ne suis pas Ecossaise non plus, ajoute-t-elle.

Il l'observe plus encore, lance quelques pistes :

- Galloise ? Non... non, ce n'est pas de cette façon qu'ils prononcent... pas Anglaise ?
- Irlandaise, lui répond-elle, du sud. De la région de Dublin.
- Une Irlandaise qui est venue se perdre en Ecosse..., sourit-il avec humour.

Mais c'est avec beaucoup de sérieux qu'elle lui répond en le fixant droit dans les yeux :

- Pas me perdre. Me trouver.

Le sourire s'estompe lentement du visage de Mickaël, il soutient son regard, avec le sentiment de plonger dans une eau fraîche et profonde. Ses yeux verts n'impressionnent pas Maureen. Il se redresse, lentement, et c'est comme si le temps, soudain, arrêtait de défiler, de tourner. Cette jeune femme, qu'il n'aurait jamais remarquée si elle n'avait pas eu ce regard particulier, car rien dans son physique ne l'aurait particulièrement attiré au premier abord, cette jeune femme a quelque chose qu'il ne connait pas, qu'il n'a jamais goûté, jamais exploré, jamais ni senti, ni ressenti. Et qu'il doit trouver. Qu'il veut trouver.

**

Quand Harris le voit arriver avec les fleurs, il se demande un peu ce qui est passé dans l'esprit de son chef cuisinier. Mickaël s'attend à une remarque, mais le patron se contente d'hausser les sourcils, et de le laisser filer en cuisine. Sam, et deux autres collègues, Harry et Dan, sont déjà là, et il essuie les sarcasmes de son second.

- T'as un rendez-vous galant qui s'est mal terminé, Micky ? Non, mais, t'as vu la gueule de ton bouquet ?
- C'est pas un bouquet, ce sont des ingrédients. Tu vas voir. C'est réservé pour les desserts, et ça reste au frais, par contre. Bon, qu'est-ce qu'on a eu ce matin ?
- Du bar, comme d'habitude, répond Sam. De la lotte, tu vas aimer... et du lieu jaune.
- Parfait. Par-fait. Allez, on y va.

Il file au vestiaire, se change rapidement et la journée commence.

Au final, il aura droit à un :

- Pas mal comme idée, les fleurs, Mickaël, faut qu'on travaille cela un peu...

Signe qu'Harris en a aimé l'originalité. Et qu'il a son feu vert pour continuer.

Excellente raison pour revoir Maureen. Mais seulement vendredi matin. Demain, il est de criée.
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline limeye

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 2569
  • Geschlecht: Weiblich
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #10 am: 21. März 2014, 09:49:31 Uhr »
Hello !

petite livraison pour votre début de journée...

bizz

Limeye  :)


Vendredi

Quand il entre dans sa boutique en cette fin de vendredi matin, elle est seule. Pas de clients.

- Bonjour ! Ca va ?

Elle lève la tête de la composition qu'elle était en train de préparer.

- Oui, bonjour, dit-elle. Et vous ? Alors, ça a donné quoi ?

Il s'avance jusqu'au comptoir et s'y accoude.

- Ca plaît. Au patron. Et les clients ont trouvé cela original. Certains m'ont demandé si cela se mangeait !
- Il fallait s'attendre à ce genre de remarque...
- Oui, et d'autres, si c'était de vraies fleurs...

Elle sourit. Il poursuit :

- Je vais continuer, si vous êtes d'accord. Je passerai tous les deux jours.
- D'accord. Et s'il m'arrive d'avoir une originalité...
- Surtout, vous me la mettez de côté !
- Ca marche !

Elle poursuit son travail, il la regarde faire en silence, les doigts qui s'activent, comment elle place les fleurs, comment elle compose, corrige, ajuste. Comme il reste là, elle finit par se demander s'il veut quelque chose en particulier.

- Vous auriez voulu quelque chose pour aujourd'hui ?

La question le surprend, mais il réagit très vite :

- Oui. Tu fais quoi dimanche après-midi ?


Samedi

La dernière grosse journée de la semaine. Pour l'un comme pour l'autre. Levé aux aurores, après un vendredi où le restaurant a fait une bonne soirée, Mickaël est dans le rythme. Du jeudi au samedi, il embraye, il a l'impression de ne pas beaucoup arrêter. Ce matin, il a démarré avec Puissant. En général, c'est son choix du samedi. Histoire de pouvoir tenir toute la journée. Il est content de lui, il a encore du bar à cuisiner pour ce soir, et de la barbue. Et il est passé avant un collègue... Harris sera content, il a raflé la mise.

Il essaye de ne pas penser à Maureen. Car s'il commence à penser à elle, il va faire n'importe quoi. Mais il ressent une impatience un peu surprenante à vouloir que cette journée s'achève pour arriver au lendemain. Il revoit ses yeux, quand il lui avait demandé si elle acceptait une balade dimanche après-midi. Un peu d'étonnement mêlé de plaisir. Sûr qu'il n'aura pas besoin de la sonnerie du téléphone pour émerger demain matin. Ou même demain midi.

Ils terminent le service à 1h, et il ne quitte le restaurant qu'un peu avant 2h du matin, après être parvenu à décliner l'invitation de Sam pour une nuit de débauche. Il a besoin de sommeil, même s'il n'est pas certain de vraiment dormir.
« Letzte Änderung: 23. März 2014, 03:22:49 Uhr von limeye »
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline flamme

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 1023
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #11 am: 21. März 2014, 12:39:42 Uhr »
Coucou Limeye!

Mickaël est a-do-ra-ble, char-mant... Et Maureen est tout aussi attachante! Il était naturel que ces deux tempéraments artistiques se rencontrent et partagent bien des affinités... ça promet!  [knuddeln] [bussi] [eyeheart] [loveu] [heart]

Je vois que Mickaël aussi n'a "pas d'temps à parde!" Ça m'a beaucoup amusée de constater avec quelle vitesse il est passé du vouvoiement au tutoiement! C'était vraiment direct...  ;D

J'adore l'atmosphère de cette histoire!  [master] [goodjob] [chinese] [respekt]

Bizz et bonne journée!
Flamme fleur bleue (Maureen en a peut-être de cette couleur dans sa boutique!)
 [flower]

Offline flamme

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 1023
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #12 am: 21. März 2014, 12:45:31 Uhr »
Recoucou Limeye!

J'ai oublié mon smiley préféré:  [jump] [jump] [jump] [jump] [jump]

Bizz
Flamme
 ;D

Offline limeye

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 2569
  • Geschlecht: Weiblich
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #13 am: 21. März 2014, 21:07:10 Uhr »
Coucou Flamme !

tu as bien fait d'ajouter ton smiley préféré ! Je pense que tu vas bien "zbonguer" =  [jump] avec cette histoire...

quant à savoir ce qui va se passer entre ces deux-là... réponse au fil des pages  ;) !

Maureen a en effet des fleurs bleues dans sa boutique. En cette saison (début du printemps), pas encore de trop, mais l'été venant, elle aura du lilas, de la lavande...  [flower]

quant à Mickaël... "pas d'temps à pardre", en effet ! Il aurait p'têt bien aussi des racines québécoises  ;D ! En tout cas, il pourrait faire la leçon au capitaine  ;) !

heu, mais j'ai pas prévu qu'ils se rencontrent  ;D

bonne lecture ! Je poste en deux fois, car c'est un peu long...

bizz vizz

Limeye  :)


Dimanche

- Alors, est-ce que tes clients d'hier ont aimé les fleurs ?

Ils cheminent tranquillement le long de la Clyde, en amont de Glasgow, là où la rivière se rétrécit, mais où une belle promenade a été aménagée. C'est la pleine campagne. Il avait deux idées de balades. Une, sur les hauteurs de Glasgow, à condition qu'elle ait un vélo - ce qui n'est pas le cas -, et l'autre, ici, le long de la rivière, vers sa source. Elle n'est jamais venue là encore, même si elle connaît le début de la vallée, puisqu'elle a déjà pris deux fois la route pour Edimbourg.

http://glaswegian.info/Images-of-Scotland/images/Images-of-Scotland---River-Clyde-at-New-Lanark-Village.jpg

- Les plus exigeants sont ceux du vendredi, mais hier soir, nous avions quelques habitués et cela les a étonnés. Mais dans l'ensemble, cela plaît vraiment. Les gens aiment être surpris, surtout au restaurant. Ils viennent pour retrouver des choses qu'ils apprécient - je veux parler des habitués bien entendu -, mais un peu d'originalité, de différence, cela les attire aussi. Il faut savoir doser tout cela, ne pas tout changer d'un coup, plutôt apporter des touches subtiles, petit à petit, au gré des idées, des envies.
- Comment ça t'est venu tout cela ? Tu n'as pas l'air de manquer d'idées !
- J'ai toujours aimé cuisiner. Toucher les aliments, les manipuler. C'est très physique, la cuisine. Ce n'est pas que du goût et des idées. Ce n'est pas que de la connaissance et du savoir-faire. C'est tout un ensemble. Petit, je m'amusais à faire des formes avec la pâte, la farine... et puis, j'ai un avantage : l'une de mes grand-mères est Française.
- Ah oui ?
- Oui, elle vit près de Fort-William, au pied du Ben Nevis.
- Je ne suis jamais allée là-bas encore, je n'en ai pas eu le temps.
- Tu es arrivée depuis longtemps à Glasgow ?
- Cet automne. Je cherchais une petite boutique à louer, pas trop cher, et finalement, c'est là que s'est porté mon choix, sans rien connaître de la ville, du quartier, des habitudes... C'est un pari. Mais comme cela ta grand-mère est Française ? Comment est-elle arrivée jusque-là ?
- Par une raison des plus simples : par amour. Elle est tombée amoureuse d'un Ecossais... puis de l'Ecosse. Mon grand-père a fait partie des soldats qui ont débarqué en Normandie, en juin 1944. Il a été blessé, soigné à côté de Saint-Lô. Ma grand-mère était une fille de la campagne, elle et son jeune frère apportaient du ravitaillement... ils se sont connus comme ça. Une fois soigné, il a rejoint son régiment, et au retour, avant de rentrer en Ecosse, il s'est arrêté par la Normandie. Et il est reparti avec elle.
- Elle ne voulait pas rester en France ?
- Non. Mon arrière-grand-père écossais était éleveur de moutons, mon grand-père a pris la suite... et ma grand-mère est restée une fille de la campagne. Sauf qu'elle trouvait plus belle la campagne écossaise que la normande, mais pour y être allé, je trouve que la normande est aussi très jolie. Mais différente.
- C'est d'elle que tu tiens tes talents de cuisinier ?
- Non !, dit-il en riant. Elle m'a appris des choses simples, de base, oui, mais j'ai fait des études pour cela. Disons plutôt que grâce à elle, j'ai trouvé ma voie très tôt...
- Je comprends, dit Maureen en hochant doucement la tête.
- Et toi, pourquoi les fleurs ?

Maureen reste silencieuse un moment. A part Lawra, elle ne s'est jamais vraiment confiée à quiconque. Et Mickaël, il y a encore une semaine, elle ne le connaissait pas. Alors, elle hésite, forcément. Faire confiance... faire confiance, pour elle, ce n'est pas encore comme cette rivière qui bondit et chante sur les cailloux : cela ne coule pas de source.

- J'ai grandi près d'un grand parc arboré. C'était un des rares lieux de promenade proche de chez moi. Il y avait beaucoup d'arbustes aux couleurs variées, notamment des azalées magnifiques. Mais il y avait aussi de très grandes serres. J'y allais très souvent. C'était aussi un centre de formation. C'est là que j'ai appris certaines choses, un peu "par hasard". Il m'arrivait de suivre un groupe d'étudiants et d'écouter... je profitais ainsi des conseils des chefs jardiniers ou des professeurs. Et les derniers temps, à Dublin, j'ai suivi une formation en gestion, comptabilité... je me suis formée au commerce. Oh, une formation de base seulement, mais qui me permet de tenir ma boutique pas trop mal.
- C'est ton premier commerce ?
- Oui.

Il devine qu'elle ne lui dit pas tout, loin de là. Qu'elle reste secrète, pudique peut-être. Pourtant, elle ne semble pas mal à l'aise avec lui.

- Je ne suis jamais allé en Irlande, reprend-il. J'ai bossé un peu à Londres, pas longtemps. Les Anglais sont les pires mangeurs de la Terre, avec les Hollandais. J'aurais pu rester en France, à l'issue de mes études, j'ai hésité un temps... J'ai fait cette étape à Londres, puis finalement, je suis revenu à Glasgow. Mais peut-être qu'un jour, j'irai en Irlande. Ta famille est là-bas ?

Elle se tait.

- Excuse-moi, dit-il, je te pose des questions indiscrètes.
- Non, ce ne sont pas des questions indiscrètes, répond-elle en relevant la tête. C'est juste que je préfère ne pas en parler.
- Ok.

Il la regarde de côté. Le temps est gris, un peu brumeux. Il va pleuvoir, il en est quasiment certain. Un léger vent soulève ses mèches brunes, qu'elle porte mi-longues, sur ses épaules. Au magasin, elle les attache souvent. Il ne saurait dire s'il préfère quand ses cheveux sont libres ou pas. Elle est différente, et il aime cette différence. Ses yeux, à la couleur si particulière qu'il ne parvient toujours pas à définir, sont en harmonie avec la rivière, le ciel et la lumière de cette journée. Il y décèle une trace douloureuse. Il voudrait l'effacer et y voir de la joie.

Il lève les yeux vers le ciel, voit des nuages plus sombres remonter de l'ouest.

- On devrait retourner à la voiture. On va se prendre une averse.

Ils font demi-tour, mais il se met à pleuvoir à une centaine de mètres avant le petit parking où ils se sont arrêtés. Ils courent et s'affalent en riant sur les sièges.

- Ca te dit de goûter un dessert de ma composition ?
- Pourquoi pas ?
- J'ai rapporté des restes du restaurant...
- C'était des restes aussi pour le gâteau de ta maman ?
- Non !, rit-il. Mais je l'avais préparé dans l'après-midi, là-bas, en effet. Par contre, ce que j'ai ramené d'hier, ce n'est pas la même chose. C'est un dessert à la pomme. Et au caramel. Mais il y a autre chose dedans, on verra si tu trouves.
- J'aime bien les devinettes !
- J'aime bien aussi.

Elle remet la voiture en route et c'est sous une averse fournie qu'ils regagnent Glasgow.
 
« Letzte Änderung: 21. März 2014, 21:13:14 Uhr von limeye »
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline limeye

  • Simon Wright
  • *****
  • Beiträge: 2569
  • Geschlecht: Weiblich
Re: De couleurs en parfums (histoire en français)
« Antwort #14 am: 21. März 2014, 21:28:24 Uhr »
Et deuxième partie de cette journée (la troisième ce sera pour demain)

vizzz !


Maureen a pris place dans la grande cuisine, ouverte sur le petit salon, de Mickaël. Elle se dit que n'importe qui d'autre aurait fait l'inverse dans la disposition de la pièce. Assez grande, plutôt carrée, elle offre en effet la possibilité de différents aménagements. Elle devine, en regardant le plafond, qu'il a fait tomber un pan de mur qui coupait la pièce en deux, et que l'ancienne cuisine devait être tout en longueur, mais assez étroite, faisant plutôt la part belle à la pièce de vie. Lui a dû vouloir se contenter d'un coin salon un peu "cosy", vieux canapé en cuir très certainement confortable, avec en face une télé qui prend la poussière, et une bonne chaîne HI-FI. Mais la cuisine...

C'est vraiment son domaine. Un long plan de travail, entre l'évier et un grand placard devant lequel se tient le jeune homme, le four en hauteur. Au mur, un tableau magnétique où est accrochée une impressionnante collection de couteaux. Une très large fenêtre, avec un petit balcon, apporte beaucoup de lumière à l'ensemble de la pièce, même si le salon est plus dans l'ombre, car il a séparé les deux espaces avec un demi-mur contre lequel se trouvent là aussi des placards. La cuisine a une forme de L, le petit côté du L prenant sur le salon. Dans ce recoin se trouve le réfrigérateur et un autre petit plan de travail qui rejoint le demi-mur. La table, petite, carrée, est au milieu, devant la fenêtre.

Elle s'est assise, dos au couloir de l'entrée qui dessert aussi une autre pièce, sans doute sa chambre. Elle le regarde et sourit, amusée. Le placard ouvert laisse deviner une quantité impressionnante de boîtes hermétiques, toutes identiques, mais portant chacune une étiquette avec un seul mot d'écrit dessus, mais dont la particularité est que la première lettre est en majuscule.

- Avec ce que j'ai ramené, commence-t-il en réfléchissant à voix haute, je préconiserai... hum... Non, dit-il finalement, on ne va pas faire comme ça ! Dis une lettre !
- Euh...
- E ! Parfait !
- Ah mais non, j'ai pas eu le temps de choisir...
- T'as dit "e". J'ai entendu "e".
- Je n'ai pas dit "e", j'ai dit "euh..." !, proteste-t-elle.
- Ah, mais c'est très bien "e". Voilà, celui-là, c'est vraiment parfait.

Il attrape une boîte, elle n'a pas réussi à lire le mot écrit dessus, elle est trop loin. Il ouvre un tiroir, sort une cuillère à thé, il prépare l'eau.

- Elle est bizarre ta bouilloire, fait-elle remarquer.
- Je l'ai trafiquée, répond-il. C'est un modèle unique. Elle s'arrête avant que l'eau ne se mette à bouillir. C'est une hérésie de faire chauffer l'eau jusqu'à ébullition pour le thé. Au Japon, tu serais décapitée pour un tel crime, lance-t-il d'un air menaçant, la cuillère à la main comme si c'était un sabre katana.

Elle éclate de rire devant sa mimique et ses yeux révulsés.

- Je suis sérieux. La nourriture, c'est sérieux. Le thé, c'est sérieux. C'est comme le whisky.

Il ouvre le réfrigérateur, sort la boîte dans laquelle il a rapporté les restes de dessert. Il les dispose dans deux assiettes blanches, pendant que le thé infuse. Il sort deux tasses, blanches aussi.

- Tiens, goûte et essaye de deviner ce qu'il y a dedans.

Ca se présente avec un biscuit en fond de tarte, une mousse au milieu, de couleur crème, et des morceaux de pommes caramélisées dessus. Elle fait tourner l'assiette, observe, et avant de goûter, elle renifle, cherche à deviner déjà ce qui compose le dessert via les odeurs. Mais le froid les a quelque peu cassées, et elle doit s'en remettre à ses papilles et à ses yeux pour résoudre l'énigme.

Mickaël a posé ses coudes sur la table. Assis en face d'elle, il l'observe. Elle commence par goûter uniquement un petit morceau de pomme. Il attend, sourit à sa surprise. Elle fronce légèrement les sourcils, en prend un autre. Le regarde.

- Pomme revenue dans du beurre, non ?
- Oui.
- C'est salé ou je me trompe ?
- C'est salé. Beurre salé.
- Du beurre salé ?
- C'est français. Enfin, dans certaines régions uniquement. Bretagne et Normandie essentiellement. Ailleurs, non. Je l'utilise avec parcimonie, pour surprendre. Mariage salé-sucré. Ca ne se fait pas qu'entre des fruits et de la viande.
- Hum, hum.

Elle prend maintenant, toujours séparément, une cuillérée de la mousse. Caramel. Ca, c'est facile, mais... pas seulement. Il y a quelque chose d'autre. Forcément. Elle secoue la tête, réfléchit, mais ne trouve pas. "Quelles épices peuvent-elles bien se marier avec du caramel ?", pense-t-elle.

Il jette un œil au thé, remue la cuillère, estime qu'il est bon, et la sert. L'odeur du thé lui arrive aux narines. Elle s'étonne un peu. Là aussi, un parfum inconnu.

- Je ne trouve pas, dit-elle.
- Des pistes ?
- Pas vraiment... c'est léger. J'ai droit à un joker ?
- Oui, mais peut-être préfères-tu le garder pour le biscuit...
- Ah...

Et elle goûte enfin le fond de tarte.

- Ce n'est pas du caramel... mais c'est sucré aussi... un truc de ta grand-mère ?
- Non !, rit-il.
- Trop dur.
- Pourtant, rien que des choses simples...
- Oui, peut-être, mais trop dur.
- Tu étais bien partie pourtant. Je vais t'aider. Tout est question d'équilibre et d'harmonie entre les éléments. Un dessert, c'est sucré par définition. Mais il ne faut pas que cela le soit trop, sinon, c'est écoeurant. J'ai choisi une variété de pommes douces, mais qui supportent bien la cuisson pour rester en morceaux. Elles sont revenues en effet, comme tu l'as deviné, uniquement dans du beurre salé. Rien d'autre. Et surtout pas de sucre. La mousse, c'est une crème fouettée avec un coulis de caramel. Mais en proportion, plus de crème que de caramel, qui lui est facilement trop sucré. Mais pour ajouter une saveur, j'ai mis de la bergamote.
- Ah... c'était ça...
- Oui. Et le biscuit, il est fait à base de sucre et de farine, d'eau, et de spéculos. Un biscuit. La base est donc assez sucrée, mais plus tu remontes vers le haut du dessert, moins ça l'est... Essaye de goûter les trois étages en même temps, maintenant. Et dis-moi sincèrement ce que tu en penses.

Elle s'exécute, il la voit toujours très concentrée. Il aime comment elle a goûté, tentant de séparer les éléments. Mais maintenant, il faut qu'elle essaye l'ensemble, pour l'explosion des saveurs sur son palais.

Elle repose sa cuillère après deux bouchées, fait un geste des mains, repousse une mèche de ses cheveux derrière son oreille.

- Harmonieux. Equilibré. Hum, oui, c'est ce que je dirais.
- Alors, c'était réussi. Tiens, prends un peu de thé, maintenant.

Puis à son tour, il attaque le dessert. Ils mangent tranquillement, en silence, appréciant. Enfin, elle lui demande :

- C'est quoi toutes les petites boîtes dans ton placard ? Du thé ?
- Oui. Rien que des variétés différentes. Il y en a une, parfois deux, pour chaque lettre de l'alphabet. Sauf les dernières. Je n'ai pas encore trouvé d'adjectif pour elles.
- Seulement des adjectifs ? Même le K ?
- Oui : Kaléidoscopique. Mais pour W, X et Z, c'est plus compliqué...
- Hum, je vois. Et le Q, aussi ?
- Oui, Quelconque. C'est comme pour le whisky. Il faut toujours avoir un Quelconque dans son placard. Pour les gens qui n'ont pas de goût, et pour l'hypothétique fois où tu te retrouves avec un Américain à table qui te demande un whisky-coca... et un Oban noyé dans le coca, franchement... ça fait mal, dit-il en faisant la grimace.
- Tu as le même jeu avec le whisky ?
- Non. D'une part parce que je n'ai pas autant de bouteilles, de variétés de whisky dans mon bar que de variétés de thé dans le placard. Et ensuite, parce que c'est plus poétique de garder les noms. Ca fait voyager. Mais pour le Q, c'est Sam, mon second en cuisine et ami, qui l'a trouvé. C'est un blagueur de première, et un jour qu'il passait à la maison, je lui ai fait un thé, j'avais déjà une belle collection de lettres, même si ce n'était pas aussi complet qu'aujourd'hui, et il me dit : "Micky, t'es vraiment le dernier des derniers, t'as même pas le Q dans ta liste...". Je lui réponds que je n'ai pas trouvé d'adjectif, et il me dit "Quelconque, comme le mien !"

Elle éclate de rire, tant qu'elle ne peut plus s'arrêter. Lui aussi. Elle respire un grand coup, tente de calmer les hoquets qui l'agitent, repart à rire en le regardant. Elle finit en essuyant des larmes qui ont coulé de ses yeux. Il lui tend un paquet de mouchoirs.

- Pfiou..., c'est un marrant ton copain.
- Terrible.
- Si un jour, je le croise, je crois que je ne pourrais pas m'empêcher...
- Ca pourra être marrant...

Et les voilà repartis à rire. Ils retrouvent un peu de calme, en buvant une gorgée. La voix encore un peu chevrotante d'avoir ri, elle reprend :

- Donc, j'ai "choisi" E. E comme...
- E, j'ai triché. Il y en a deux. Exotique et... Envoûtant. J'ai choisi Envoûtant, dit-il en désignant la théière fumante.
- Envoûtant... han, han... et pourquoi celui-là et pas Exotique ?
- Je pourrais te raconter des craques, en te disant qu'Exotique n'allait pas avec le dessert. Ca n'aurait pas été le meilleur des choix, mais ça aurait pu passer. Non, dit-il en tendant la main par dessus la table pour prendre la sienne avec douceur, simplement parce que je trouvais que c'était plus harmonieux avec l'instant présent et avec ton regard.

Elle fixe les yeux verts. La main sur son poignet est douce, chaude. Envoûtante. Ses yeux, son sourire aussi. Mais elle, elle est grave. Pas prête à s'emballer. Ni à se laisser emballer. Puis un flash lui vient à l'esprit. Lawra.

Quel risque tu veux prendre, ma belle ? Celui que Brian te détruise ? T'as mieux à faire... Fous le camp ! Fous le camp, loin ! Va là où il ne te trouvera pas... un endroit où il ne mettra jamais les pieds. Prends le risque de vivre, putain ! Maureen, prends le risque de vivre !

Doucement, elle retire sa main, pour boire un peu, mais le fixe toujours. Il a fait exactement ce qu'il fallait : il ne l'a pas retenue.
« Letzte Änderung: 23. März 2014, 03:05:53 Uhr von limeye »
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).