Autor Thema: Un amour contre l'oubli  (Gelesen 8228 mal)

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Offline limeye

  • Simon Wright
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Re: Un amour contre l'oubli
« Antwort #15 am: 25. Oktober 2013, 21:06:27 Uhr »
et le deuxième comme promis, je pense que vous allez aimer !... celui qui secoue le cocotier  ;)



L'homme, assez grand, les cheveux grisonnant, les yeux incroyablement bleus, se tenait debout devant la grande fenêtre du bureau présidentiel. Il fixait sans le voir l'aéroport militaire interplanétaire. C'était là, à l'abri d'un vaste hangar qu'avaient été rassemblés tous les débris du Comète. Assis derrière son bureau, le Président faisait face à un homme assez grand également, trapu, aux cheveux longs qui masquaient difficilement ses oreilles pointues. Sa voix rocailleuse résonnait sur les murs blancs.

- Vous allez le laisser encore longtemps là-bas ?
- Pour sa sécurité, oui.
- Foutaises ! Qui s'en prendrait à lui ? Il ne peut rien faire. Il ne se souvient de rien. Il est incapable de piloter, d'utiliser un pistolet, de composer un code secret, d'inventer quoique ce soit. Laissez-le sortir, nom de Dieu !
- Monsieur Ivan, je comprends votre démarche, même si je désapprouve un peu que l'un de mes meilleurs subordonnés vous accompagne en ce sens, mais je comprends votre sens de l'honneur et de l'amitié à tous les deux. Et je le respecte. Mais pour sa propre sécurité, je ne peux pas le laisser sortir. Imaginez un instant qu'un fou comme Kahlon l'enlève ? Cherche à l'utiliser ? Et il y a aussi une autre raison...
- Laquelle ?, demanda Ezra qui avait parlé plus vite que Kim.
- Ezra...

Pour une fois, le Président l'appelait par son prénom. Cela n'avait pas dû arriver bien souvent depuis que les deux hommes se connaissaient. Il continuait à fixer la mer, au loin. Il avait parlé sans se retourner. Le Président reprit :

- Ezra, vous savez autant que moi ce qu'il risque. Et puis, tout n'a pas été tenté.
- Qu'entendez-vous par là ?, demanda Kim qui avait bien du mal à donner du titre respectueux.

Non pas qu'il ne respectait pas le Président, tout simplement, il n'avait jamais supporté d'appeler quiconque par un titre, hormis deux hommes : Ezra Gurney et Curtis Newton. Mais depuis quelques mois, le colonel Gurney était devenu tout simplement Ezra, quant au Capitaine Flam... il n'était plus personne.

Le Président se racla la gorge.

- Un médecin très réputé, le docteur Hakinoya, propose une opération du cerveau, une greffe très pointue, avec des électrodes miniatures et...
- Vous voulez en faire un cobaye ?

Ezra s'était retourné vivement, son regard clair était chargé de colère. Kim avait bondi de sa chaise et appuyait ses paumes larges et puissantes sur le bord du bureau. Ils avaient crié les mêmes mots en même temps.

- Non, messieurs, bien sûr que non.
- Vous n'avez pas le droit d'autoriser cette opération !
- J'en ai le droit, Ezra, mais je n'ai pas encore donné mon accord.
- Ne le faites pas, bordel !, lâcha Kim. Foutez-lui la paix ! Vous ne croyez pas que ça suffit ? Et Joan Randall, vous y avez pensé ? Et Ken Scott, vous y avez pensé ? Vous ne croyez pas qu'ils ont assez souffert, tous ?

L'ancien chef pirate était déchaîné. La main du Président se glissa discrètement sous son bureau, trouva le bouton de la sécurité. Il n'appuya pas dessus, mais se tenait prêt à le faire.

- Je le sais parfaitement. Et j'ai fait de mon mieux, Ezra vous pouvez le confirmer, je pense, pour les protéger.
- C'est vrai, reconnut le colonel, qui savait pertinemment ce que tous les trois auraient enduré de plus si Carthew n'était pas intervenu.

Il fit quelques pas, s'approcha de Kim et lui posa la main sur l'épaule.

- C'est vrai, Kim.

Le regard sombre du chef pirate se porta un instant sur le visage du colonel, il s'écarta un peu du bureau, calmé, mais resta debout.

- Je vous ai dit que je n'avais pas encore donné mon accord, justement parce que je pense à Joan Randall et à Ken Scott, mais aussi à vous, colonel, et à ses amis. Et que je pense à lui aussi. Voilà pourquoi, j'hésite. Car j'hésite, oui, messieurs, j'hésite ! Alors que ma fonction me demande de prendre des décisions, que plusieurs généraux font le siège des meilleurs chirurgiens, des plus grands spécialistes du cerveau et de la mémoire ! Alors que les journalistes ne lâchent pas l'affaire, cherchant un nouveau sauveur, lançant des rumeurs insensées, provoquant même de mini-émeutes. Ai-je besoin de vous rappeler le dernier scandale en date, lorsque Jeff Lewis a remonté son film ? J'ai bien cru que nous allions avoir une révolution sur les bras...
- Vous n'allez pas reprocher à Joan d'avoir demandé à faire jouer son droit à l'image, quand même ? Et la protection de sa vie privée ?
- Pas le moins du monde, Ezra, et vous savez que j'ai appuyé sa demande.
- Jeff l'a fait sans discuter, bien au contraire.
- Oui. Mais voilà. Nous avons un héros sur les bras qui n'est plus que l'ombre de lui-même. Que devons-nous faire ? Il n'a aucune famille, pas le moindre parent qui puisse prendre une décision le concernant. Oh, certes, il est totalement à l'abri du besoin, et fort heureusement car il n'est plus capable de faire grand-chose...
- Et si vous le laissiez vivre, tout simplement ?, éructa Kim qui sentait la colère le reprendre.

En soupirant, Carthew se leva. Il avait le pas plus lourd, la démarche plus pesante, depuis quelques mois, remarqua Ezra. Il suivit des yeux le Président qui fit le tour de son bureau pour aller se placer là où lui-même se trouvait, quelques minutes plus tôt.

- Messieurs, je suis le seul à pouvoir prendre une décision. C'est aussi pour cela que j'ai accepté de vous recevoir, monsieur Ivan. Et que je compte sur vous, colonel Gurney. Je suis le seul à pouvoir signer l'ordre de sortie de l'hôpital de Curtis Newton et à pouvoir le reconnaître dans son intégrité morale. Lui redonner sa liberté, en quelque sorte. Et je vais le faire. Mais à une condition.
- Laquelle ?, demandèrent-ils à nouveau à l'unisson.
- Que vous assuriez sa sécurité, déclara le Président en se retournant et en fixant droit dans les yeux l'ancien chef pirate parmi les plus redoutés de toute la galaxie.

Ezra regardait le Président avec étonnement, Kim ne dit rien pendant une longue minute, puis une lueur s'alluma dans ses yeux. Il répondit simplement :

- Je suis partant !

Et il frappa de son poing gauche dans sa paume droite, alors que quelques minutes plus tôt, il aurait plutôt eu envie de le balancer dans la figure présidentielle.
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline flamme

  • Simon Wright
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Re: Un amour contre l'oubli
« Antwort #16 am: 25. Oktober 2013, 22:26:04 Uhr »
Coucou Limeye!

Ce n'est pas moi, le cocotier, et pourtant... je suis secouée, remuée, bouleversée, ballotée en tous sens... C'est si triste!  :'(

Je suis très heureuse que tu nous ramènes Kim dans le décor, ça fait chaud au cœur de voir ce que son amitié pour Curtis peut lui faire faire...  :D

Bizz
Flamme
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Offline O-tho

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Re: Un amour contre l'oubli
« Antwort #17 am: 26. Oktober 2013, 06:31:19 Uhr »
Coucou Limeye,

Je suis bien d'accord avec Flamme: quelle fidelite, generosite et quelle humanite chez cet ancien pirate!
Bon Kudo aussi pour le president d'avoir pense a cette alternative, je n'ose imaginer ce qui se serait passe autrement...

O-tho [jump] [jump] [jump]

Offline limeye

  • Simon Wright
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Re: Un amour contre l'oubli
« Antwort #18 am: 26. Oktober 2013, 08:32:51 Uhr »
Hello à toutes !

oui, je sais qu'en ce moment, on revoit beaucoup Kim Ivan dans nos histoires, mais perso, j'ai vraiment un faible pour ce personnage ! Lui aussi voit où est son intérêt, mais contrairement à Kahlon, il ne la joue pas perso : il a des hommes à mener... et il n'a pas ses ambitions !

voilà le tiboutte du matin !

bizz et belle journée  [flower]

Limeye  :)


Cet après-midi là, Ezra se rendit à l'hôpital. Depuis peu, il avait été déchargé de ses fonctions par le Président lui-même, pour organiser la protection de Curtis une fois qu'il sortirait de l'hôpital. Il planchait sur le sujet avec Kim Ivan. Celui-ci avait convoqué plusieurs de ses hommes, il les attendait. La veille, le docteur Gordon avait appelé Ezra, il voulait le rencontrer. Ezra se demandait si le Président avait déjà fait part de ses intentions à Gordon ou pas. Prudemment, il décida de faire comme si de rien n'était, il jugerait sur place.

Le médecin le reçut dans son bureau. Les deux hommes étaient sensiblement du même âge. Gordon était grand, assez maigre, des cheveux un peu en bataille, de grandes lunettes rondes couvraient des yeux au regard doux, bienveillant. C'était un homme sensible et sérieux. Un des meilleurs spécialistes de la mémoire et du cerveau sur Terre.

Il salua Ezra avec un sourire poli et l'invita aimablement à prendre place. Il lui proposa un café qu'Ezra accepta bien volontiers.

- Colonel, je veux tout d'abord vous remercier pour avoir pu si vite répondre à ma demande.
- Je peux aisément me libérer, vous savez, docteur. Comment va votre patient ?
- Bien. Sincèrement, bien. Pour n'importe qui d'autre, j'aurais déjà signé le bon de sortie. Mais évidemment, nous avons là un cas très particulier. Qui le prendra en charge s'il sort ?
- S'il n'a plus de famille, il a des amis, vous savez. Des vrais, je veux dire, pas des gens qui ont intérêt à être proches de lui...
- Je comprends, Colonel.

Le médecin prit une gorgée de café, reposa sa tasse et poursuivit :

- Je voulais vous voir, un peu à sa demande, en fait.

Ezra le regarda, légèrement étonné.

- Oui. Il a exprimé le souhait de rencontrer Joan Randall.
- Quoi ?
- Laissez-moi vous raconter comment cela s'est passé.

Le docteur Gordon entama le récit des quelques heures que Curtis avait passé en compagnie de Ken, de la séance de cinéma, puis de ses interrogations concernant l'absence de Joan dans le film.

- Il a remarqué son absence dans le film ? Alors que le film ne lui disait rien ? N'évoquait rien ? Il n'a pas réagi en voyant son équipe ?
- Non. De les revoir à l'écran n'a rien suscité en lui. Les aventures retracées non plus. Mais je ne peux pas dire qu'il ait "vraiment" remarqué l'absence de Miss Randall. Il a plutôt dit qu'il avait le sentiment que le film était bancal. Qu'il y manquait quelque chose - ou quelqu'un. C'est là que Ken Scott lui a expliqué que les scènes dans lesquelles Miss Randall apparaissait avaient été supprimées lors d'un deuxième montage. J'étais partant pour lui faire voir ce film, je pensais que cela susciterait quelque chose. Néanmoins, je ne pensais pas que ce serait ce genre de détails...

Ezra machouilla un moment sa moustache. Le médecin continua :

- Si... si Miss Randall accepte, bien entendu, j'aimerais continuer en ce sens et faire une petite expérience. Il faut évidemment que Curtis Newton ignore tout de cette expérience. Miss Randall s'installerait dans le hall, dans le petit salon d'attente. C'est un endroit un peu discret, mais pas trop isolé non plus. C'est aussi un lieu où on circule aisément. Il ne serait pas étonné d'y passer avec moi, voire avec quelqu'un d'autre, vous par exemple. Miss Randall attendrait comme n'importe quelle autre visiteuse, ou patiente. Parmi d'autres gens. Nous verrions alors s'il manifeste une réaction ou pas. Mais il faudrait qu'elle, elle puisse se contrôler, au moins au début, qu'elle fasse comme si elle ne le voyait pas.
- Docteur, soupira Ezra, je comprends tout à fait ce que vous voulez tenter. Ca me paraît une bonne idée. Ken et moi, il nous voit régulièrement, il nous reconnaît même s'il ne se souvient pas de ce que nous avons partagé, ni des circonstances dans lesquelles nous nous sommes rencontrés. Pour Joan, cela peut être différent en effet.
- Pouvez-vous tenter de la convaincre ?
- Je peux toujours essayer. Mais je ne vous promets rien. Il faudra peut-être aussi l'accord de son psychiatre.
- Bien entendu. Je n'y vois aucun inconvénient.

Après cet entretien, Ezra passa deux heures en compagnie de Curtis. Il ne parla évidemment pas de Joan, Curtis non plus. Ni même de Ken.
« Letzte Änderung: 11. April 2015, 22:44:21 Uhr von limeye »
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline flamme

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Re: Un amour contre l'oubli
« Antwort #19 am: 26. Oktober 2013, 15:06:47 Uhr »
Coucou Limeye!

Je ne me lasse pas de voir figurer Kim dans les histoires: c'est vraiment un personnage attachant et charismatique, pour qui j'ai toujours eu un faible moi aussi! J'aimais beaucoup sa voix dans le DA, je trouvais qu'elle lui "collait" très bien!

Quant à cette histoire: je ne me peux plus, je me pose tant de questions: Joan va-t-elle accepter l'expérience? Comment Curtis et elle vont-ils réagir? Si ça ne donne rien, qu'est-ce qui va finir par donner quelque chose? Comment Kim va-t-il assurer la sécurité auprès de Curtis? Etc, etc...

En résumé:  [master] [chinese] [respekt] et  [jump] [jump] [jump] [jump] [jump] [jump]

Bizz, bon weekend!
Flamme
 ;)

Offline Elaine

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Re: Un amour contre l'oubli
« Antwort #20 am: 26. Oktober 2013, 21:00:49 Uhr »
 Limeye,

 :( ;D je ne peux faire mieux que Flamme  ;D ;D ;D quoi que....

 [master] [master] [chinese] [chinese] [jump] [jump] [jump] [jump] [jump] [jump] [jump] [jump]

L'idée d'amener Kim est excellente, crédible et redonne de la vivacité à l'histoire, cela rend le sauvetage plus palpitant! J'aime les fortes personnalités (cela vous étonne, hein? ) [devil] [motz] qui tape du poing sur la table!

 [motz] [respekt] [pop]

Offline limeye

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Re: Un amour contre l'oubli
« Antwort #21 am: 27. Oktober 2013, 17:38:06 Uhr »
Hello les filles,

après une courte absence, je mesure votre enthousiasme ! Vous aurez réponse à vos questions prochainement... j'ai bien avancé le récit durant ces deux jours, je peux déjà vous livrer un tiboutte !

bizz

Limeye  :)


Joan fut surprise en rentrant chez elle ce soir de voir deux silhouettes connues l'attendre à la porte de sa maison. Son visage afficha un grand sourire et elle les salua avec plaisir :

- Kim ! Ezra ! Si je m'attendais à vous voir ! Vous auriez pu me prévenir...
- On voulait te faire la surprise, répondit Ezra en lui faisant la bise.

C'était parfaitement calculé : il voulait pouvoir parler avec elle directement du projet de Gordon. Quant à la présence de Kim, là aussi, c'était voulu : il pourrait assurer sa protection si elle regagnait New York.

- Bonjour, Miss, la salua l'ex-chef pirate à son tour. Vous vivez dans un petit village vraiment charmant !
- Oui, c'est très beau par ici, vous avez pu le constater dans les alentours, n'est-ce pas ?
- Tout à fait.
- Venez, entrez, ne restons pas dehors, sur le perron. On sera mieux sur la terrasse, face au jardin.

Elle ouvrit la porte et un jappement joyeux suivi d'un grognement sourd se firent entendre.

- Kazan ! Sage ! Ce sont des amis.

Elle caressa la tête du grand chien, qui remuait la queue de joie de revoir sa maîtresse. Elle prit ensuite la main d'Ezra qui avait vu l'animal une fois, cet hiver, peu après que Joan l'ait adopté. Elle lui fit sentir la main, puis Kazan se laissa caresser. Elle fit de même avec Kim, pas forcément très rassuré devant les mâchoires puissantes.

- Voilà, maintenant, il va vous laisser entrer. Vous êtes des amis pour lui aussi, comme pour moi.

Elle les guida à travers la petite maison, les fit passer au jardin. Elle prépara des boissons et s'installa avec eux, sur la terrasse.

- Alors, Ezra, Kim, quel bon vent vous amène ?
- Nous sommes venus car nous avons beaucoup de choses à voir avec toi, Joan, mais d'abord, comment vas-tu ?
- Ca va... j'étais à New York, hier, tu aurais pu me prévenir, je t'aurais évité un déplacement...
- Tu as vu Tardieu ?
- Oui. Je le vois toutes les deux semaines, dit-elle en s'adressant à Kim, c'est mon psychiatre.

Le grand Martien hocha la tête. Durant leur voyage, Ezra avait eu le temps de lui raconter certaines choses, vécues par Joan au cours des dernières semaines. Joan enchaîna en posant quelques questions à Kim, sur ce qu'il faisait, demandant des nouvelles de quelques-uns de ses hommes qu'elle connaissait le mieux. Puis elle dit :

- Je ne m'attendais pas à vous voir, mais j'ai quand même de quoi vous préparer un petit repas improvisé. Par contre, il me faudra refaire quelques courses avant l'arrivée de Ken, demain. Vous restez au week-end ? Il sera ravi de vous voir, Kim.
- On peut, bien entendu. Il y a un bon hôtel ici ?
- Au village, non, mais à la ville, oui. Ce n'est pas loin. Vous n'aurez à réserver que la chambre, pour les repas, nous les prendrons tous ensemble. Ils annoncent assez beau temps, Ken sera enchanté de pouvoir faire des grillades !

Kim sourit. Il pouvait accepter sans problèmes : et puis, il avait vraiment envie de pouvoir faire plaisir à Ken Scott et à Joan Randall.

Ils l'aidèrent à préparer le repas improvisé, mais dînèrent à l'intérieur. Les soirées étaient encore trop fraîches. Ezra fut un peu étonné, cependant, car ce fut Joan qui les amena à parler de Curtis la première. Et d'une manière à laquelle il ne s'attendait pas :

- J'étais soulagée de revoir Tardieu, Ezra, tu sais. J'ai très mal dormi depuis dimanche. C'était la pleine lune aussi. J'ai fait des cauchemars. Je ne m'en souviens pas, mais je me suis réveillée en hurlant, et en tremblant de peur. Je suis certaine que c'est lié à Curtis, mais je n'arrive pas à m'en souvenir. Comment va-t-il ?

Ezra prit son verre, but tranquillement une gorgée avant de répondre :

- Il va bien, Joan. J'ai vu Gordon cette semaine. Il est prêt à le faire sortir de l'hôpital.

Le visage de Joan s'éclaira alors d'un sourire lumineux comme elle n'en avait pas eu depuis des mois. Silencieux, Kim l'observait. "Pff... ce serait si bien si elle pouvait retrouver son joli sourire ! Bon dieu, Capitaine ! Vous aviez de l'or sous la main, sous les yeux ! Etiez-vous donc aveugle à ce point pour ne pas vous en saisir ?"

- Il va le faire sortir ?
- Oui. Enfin, il faut encore quelques procédures, bien entendu, mais c'est prévu. Le Président a aussi accepté. Mais il a posé ses conditions.

Le sourire de Joan disparut et elle fronça les sourcils. Qu'est-ce que Carthew allait encore demander ? Elle secoua légèrement la tête : "Non", songea-t-elle, "je devrais plutôt dire : qu'est-ce qu'on va vouloir exiger de Carthew, qu'est-ce qu'il va devoir faire ? Je suis persuadée qu'il aurait signé l'autorisation de sortie depuis bien longtemps s'il n'y avait eu quelques lobbies en action..."

- Je te rassure, Joan, ce sont des conditions tout à fait acceptables. C'est aussi pour cela que Kim est avec moi.

Elle les regarda, tour à tour, toujours étonnée. Ezra continua, il avait convenu avec Kim que ce serait lui qui présenterait les choses à la jeune femme.

- Oui, Joan, le Président et Gordon laissent sortir Curtis à condition que Kim et quelques-uns de ses hommes assurent sa protection.

Elle ouvrit grand la bouche, stupéfaite.

- Quoi ?
- Oui. Il pense que Kim et les siens seront plus efficaces que les habituels malabars. Plus discrets aussi, et puis... que tu les accepterais mieux.
- Que je les accepterais mieux ? Pourquoi ? Qu'ai-je à voir... ?
- Joan. Nous devons trouver un endroit où amener Curtis. Mais ce n'est pas la première chose que nous ayons à faire. Tu sais que Ken est allé au cinéma avec lui ?
- Oui, il m'a raconté, répondit-elle d'un air sombre. Je m'en veux, Ezra. J'ai été tellement surprise par ce que Ken m'a raconté, que je n'ai pas pu me contrôler.
- Ne t'inquiète pas pour Ken. Je lui parlerai aussi, si tu veux.
- Merci.
- Mais donc, suite à cette séance, Gordon a eu l'idée de mettre Curtis en ta présence, de voir s'il réagissait. Il ne t'a pas vue depuis des mois, et il était encore complètement sonné la dernière fois que tu l’as vu. Il va vraiment mieux, tu sais. Il ne sera pas comme à l’automne...
- Je m'en doute. Je vous crois, toi et Ken, quand vous me dîtes qu'il est guéri, qu'il va bien, en dehors... de l'amnésie.
- Merci de ta confiance, Joan.
- Si je ne peux plus te faire confiance, et à Ken non plus, à qui pourrais-je le faire ?

Ezra hocha la tête. Il continua, expliquant l'idée du docteur Gordon.

- Il veut voir si Curt réagit un peu ? S'il marque une sorte de... reconnaissance, c'est ça ?
- Oui. Mais il ne veut pas te forcer à le faire si tu ne t'en sens pas encore capable. Je lui ai d'ailleurs dit qu'il faudrait certainement demander son avis à Tardieu aussi. Il faut que tu en aies envie, que tu t'en sentes capable aussi. Personne ne t'oblige à rien, Joan. Personne, je te le garantis.

Elle s'adossa dans son fauteuil. Etrange comme ces derniers temps elle s'était beaucoup posé la question de savoir si elle serait capable de revoir Curtis, maintenant. Pas dans trois mois ou six mois, non, maintenant, là, en ce début de printemps.

- Est-ce que... est-ce que ça va changer quelque chose au fait qu'il sorte ou pas de l'hôpital s'il me reconnaît un peu ou pas du tout ?
- Non. Il sortira, quoi qu'il se passe. Sauf manifestation violente, mais cela n'arrivera pas.
- J'ai du temps pour réfléchir ? Donner ma réponse ?
- Bien entendu.

Elle resta songeuse, bien entendu, on lui laissait du temps. Bien entendu, on prendrait l'avis de Tardieu. Mais elle savait malgré tout que ce serait à elle, et à elle seule, de prendre la décision.
« Letzte Änderung: 11. April 2015, 22:49:54 Uhr von limeye »
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Offline flamme

  • Simon Wright
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Re: Un amour contre l'oubli
« Antwort #22 am: 27. Oktober 2013, 17:53:53 Uhr »
Coucou Limeye!

J'adore cette histoire, les dialogues, les réflexions de Kim (coup de cœur)  [eyeheart], l'attitude si chaleureuse d'Ezra (je l'aime toujours un peu plus à chaque fois!), l'atmosphère paisible...  [imsorry]

J'ai eu ma dose de douceur avec cet envoi!  [flower]

Bizz
Flamme
 :D

Offline limeye

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Re: Un amour contre l'oubli
« Antwort #23 am: 27. Oktober 2013, 17:59:55 Uhr »
recoucou !

contente que ça te plaise. C'est une histoire assez différente des autres, en effet. Dans un certain sens, elle s'apparente un peu à JiYD, car s'il y a du suspens, il est d'une nature autre que l'aventure...

je livrerai un autre tiboutte en toute fin de journée... tu trouveras de la lecture plus tard  ;) !

bizz

Limeye  :) bon, maintenant, je vais découvrir les minis-défis !
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Offline limeye

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Re: Un amour contre l'oubli
« Antwort #24 am: 27. Oktober 2013, 21:33:56 Uhr »
je vous avais promis un dernier tiboutte, le voici...

bonne lecture et  [goodnight]

Limeye  :)


Comme chaque matin, il se regardait dans la glace. Les yeux plongés dans leur propre reflet, il s'interrogeait. Qui était-il ? Qui était-il devenu ? Qui avait-il été ? Cela... on lui avait répondu. Il avait du mal à le croire. Un homme hors du commun. Avec une enfance à nulle autre pareille. Avec du coeur, des tripes, du courage, de l'intelligence. Un homme qui avait accompli des exploits, tant physiques qu'intellectuels. Il n'en gardait aucun souvenir. Pourtant, plusieurs personnes les avaient évoqués devant lui. Pourtant, Ken l'avait emmené voir ce film. Même le fait de revoir son vaisseau, son équipe, ceux qui l'avait élevé n'avait rien changé.

Amnésique.

Il était amnésique. La tête vide comme celle d'un enfant faisant ses premiers pas. Dans un corps d'homme de presque 28 ans. Un corps marqué par l'accident, et les nombreuses opérations, les greffes qu'il avait subies. Mais un corps qui avait été son allié. Son endurance, sa bonne constitution, sa musculature l'avaient protégé. Aujourd'hui, il le sentait, il retrouvait pleinement l'usage de ce corps. Depuis quelques semaines, chaque matin, il s'adonnait à des séances de musculation dans la salle de sport de l'hôpital. Il retrouvait des sensations oubliées, confuses. La sensation des efforts à fournir, la sensation du sang battant dans ses veines, la sensation du souffle irriguant tout son être.

Il avait déjeuné, était prêt à quitter sa chambre. Elle ne ressemblait pas vraiment à une chambre d'hôpital, car il ne séjournait plus dans la chambre médicalisée qui avait été la sienne durant de longs mois. Non, désormais, il était logé dans une aile dite de convalescence. C'était presque une petite chambre d'hôtel, avec un lit, un placard dans le mur, un petit coin salon et même un balcon avec une table et deux chaises. Il y prenait ses petits déjeuners, maintenant qu'il faisait assez beau. Il y passait du temps aussi, à lire. C'était une de ses principales occupations. Il lui avait fallu réapprendre cela, cependant. Réapprendre à lire, à écrire, à compter. C'était revenu assez aisément, mais quand on lui avait proposé certains ouvrages un peu complexes, que les calculs étaient devenus plus difficiles, quelque chose dans son esprit avait fait barrière : il ne retrouvait pas non plus ses anciennes connaissances, tout son savoir ou presque, il l'avait perdu.

Ce jour-là, il devait voir le docteur Gordon. Celui-ci lui avait parlé, la semaine passée, de sa prochaine sortie. Il fallait qu'il s'y prépare. Il avait le temps, lui avait assuré Gordon. Un de ses amis, le colonel Gurney, allait l'emmener dans un endroit où il serait bien, où il pourrait réapprendre à vivre normalement, où il pourrait aussi réfléchir à ce qu'il voulait faire désormais.

Il se demandait si Ken viendrait avec lui. Il en parlerait à Gordon. Et à Ezra, lors de sa prochaine visite.

Il quitta la chambre, rejoignit tranquillement le bureau de Gordon. Celui-ci lui proposa de profiter du soleil de cette belle matinée pour faire un tour dans le parc, et qu'ils puissent discuter tous les deux. Il accepta bien volontiers.

Ils descendirent jusqu'au rez-de-chaussée par l'escalier de service, et traversèrent le grand hall. C'était une sorte de très large couloir. A un bout se trouvait l'entrée principale, avec les bureaux d'accueil et d'admission. Au milieu du couloir, on trouvait les ascenseurs et escaliers de service - c'est par là qu'ils arrivèrent. Un peu plus loin, sur la gauche, s'ouvrait en face une demi rotonde, c'était l'une des salles d'attente, le reste du couloir étant occupé par les bureaux de plusieurs médecins. Enfin, tout au bout du couloir, à l'opposé de l'entrée principale, il y avait une large porte donnant sur l'arrière du bâtiment, sur le parc.

Tout naturellement, Gordon et Curtis prirent cette direction. Machinalement, le jeune homme jeta un oeil sur les personnes présentes. Il s'arrêta soudain. Dans son esprit, il y eut comme une déchirure entre deux voiles de brume. Rien de plus. Mais cela fut si frappant pour lui qu'il ne put continuer.

Parmi les personnes qui attendaient se trouvait une jeune femme blonde. Il ne savait pas qui elle était. Il ne se souvenait pas de l'avoir déjà croisée. Mais il eut le sentiment confus qu'elle était importante pour lui. 
« Letzte Änderung: 11. April 2015, 22:52:36 Uhr von limeye »
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

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Re: Un amour contre l'oubli
« Antwort #25 am: 28. Oktober 2013, 01:38:11 Uhr »
Coucou Limeye!

Tu vas bien finir par me faire craquer, tôt ou tard, avec cette histoire, je le sens...   :'(

Je vais faire comme le dit Elaine, tenir la boîte de kleenex pas trop loin...

Curtis est devenu un homme ordinaire, ou presque... quelle belle occasion de tout recommencer!

Le gril n'est pas près de refroidir...  [jump] [jump] [jump] [jump]

Bizz
Flamme fleur bleue, qui prend son engrais dans les histoires du forum!
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Offline limeye

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Re: Un amour contre l'oubli
« Antwort #26 am: 28. Oktober 2013, 03:18:03 Uhr »
tiboutte de la nuit  ;)

Limeye  :)



Joan attendait un peu anxieuse dans la petite salle du hall de l’hôpital. Autour d’elle, quelques autres personnes. Gordon avait tenu à ce que le scénario mis en place soit le plus simple et le plus réaliste possible. Cela faisait une dizaine de minutes qu’elle se trouvait là, il lui avait promis que l’attente ne serait pas trop longue. Elle s’était entretenue longuement, les jours précédents, avec le médecin et Ezra pour discuter du protocole. Elle refusait de franchir les portes de l’hôpital où se trouvaient toujours quelques journalistes à l’affût. Il avait été convenu qu’elle arriverait par une héli-ambulance, sur le toit même du bâtiment, en toute discrétion. Ezra l’accompagnait, ainsi que Kim Ivan. Kim resterait sur le toit, à l’attendre. Ezra se rendrait chez Gordon pour le prévenir de son arrivée. Il ne verrait pas Curtis, en tout cas, pas avant que ne se déroule la petite scène.

Gordon savait qu’elle était arrivée, que tout était en place. D’une minute à l’autre, il allait descendre avec Curtis, traverser le hall et la salle d’attente, pour se rendre au-dehors, au prétexte de parler un peu avec son patient tout en faisant une courte promenade dans le parc.

Joan ne devait pas se manifester, elle ne devait pas non plus les regarder plus que de raison. En aucun cas, elle ne devait attirer l’attention sur elle. Ce qui comptait pour Gordon, ce serait de mesurer si Curtis la reconnaissait, manifestait un quelconque intérêt, un peu comme il avait remarqué son "absence" dans les scènes du film de Jeff Lewis.

Cela faisait plus d’un mois qu’Ezra et Kim étaient venus la voir. Elle avait très vite repris contact avec son médecin, le docteur Tardieu. Elle l’avait même revu plus vite que prévu, pour parler avec lui de cette demande, réfléchir aux conséquences pour elle et surtout mesurer si elle était capable de participer à cette petite scène. Si elle refusait, Curtis pourrait quand même sortir de l’hôpital, Gordon le lui avait certifié. Kim et Ezra étaient à la recherche d’un endroit tranquille où le conduire dès sa sortie. Kim avait quelques idées, qu’il soumettait à Ezra. Elle pourrait revoir Curtis de toute façon, mais Gordon tenait vraiment à tenter cette petite expérience. Il lui avait cependant bien précisé qu’il fallait aussi s’attendre à un échec, à ce que Curtis ne manifeste aucun signe de reconnaissance, qu’il l’ignore totalement. Elle s’était préparée à cela avec Tardieu. Elle pouvait même dire que c’était à cela qu’elle s’attendait.

Mais alors que les minutes s’écoulaient, elle avait le sentiment que tout lui passait dans la tête. Elle se demandait si elle avait bien fait d’accepter. Comment supporterait-elle qu’il ne la reconnaisse pas ? Elle ne craignait pas qu’il se comporte comme à l’automne, à son retour de Mercure. Elle savait parfaitement qu’alors, il n’était pas du tout dans son état normal et que les propos qu’il lui avait tenus n’étaient que les manifestations de délires ou de flashs causés par la fièvre, les blessures, les drogues qu’on lui administrait pour qu’il supporte les douleurs et les opérations, mais aussi par l’amnésie.

Non, elle n’avait pas peur de cela. Elle se demandait plutôt si elle serait assez forte pour elle-même. Elle soupira légèrement, calma le léger tremblement de ses genoux en les serrant fort l’un contre l’autre. Elle était assise face au hall, par où arriveraient le docteur Gordon et Curtis. C’était convenu ainsi, afin qu’il ait le temps de la voir. Peut-être.
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline O-tho

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Re: Un amour contre l'oubli
« Antwort #27 am: 28. Oktober 2013, 06:42:25 Uhr »
Coucou Limeye,

Wow, ce n'est pas une amnesie ca, c'est un veritable trou noir!  :o ......mais avec une petite etoile qui s'appelle Joan hmmm?  ;D

Au plaisir de lire la suite!

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Offline limeye

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Re: Un amour contre l'oubli
« Antwort #28 am: 28. Oktober 2013, 08:48:02 Uhr »
Hello O-tho !

et bien, quitte à lui faire perdre la mémoire, autant que ce ne soit pas à moitié... même s'il reste quelques lueurs... j'ignore si, médicalement parlant, je suis crédible, j'essaye d'être logique avec mon postulat de départ, de ne pas vous faire avaler de trop grosses couleuvres...  ;)

nouveau tiboutte, avec LA rencontre...

bizz

Limeye  :)


Joan regardait vers le dehors, mais cela ne changea rien pour elle. Elle avait toujours eu conscience de sa présence, et là, son instinct ne faillit pas. Elle prit sur elle de ne pas tourner la tête vers le hall, s'efforça de se concentrer sur un massif de fleurs printanières qu'elle ne voyait pas. Mais elle savait que Curtis et Gordon approchaient.

Elle perdit conscience des bruits autour d'elle, n'entendit plus les raclements de pieds, les murmures des conversations des patients, elle n'entendait plus que deux pas qui s'avançaient, sur le sol carrelé du hall. L'une des personnes marqua un temps d'arrêt, alors que l'autre avait machinalement continué. Son coeur se mit à cogner dans sa poitrine, comme un fou qu'elle aurait voulu calmer, mais elle en fut incapable.

Elle entendit soudain SA voix.

- Docteur... cette dame, là-bas... est-ce que je ne la connaîtrais pas ?

Elle tourna lentement son visage vers lui. Il fut frappé par l'éclat de ses prunelles bleues. Un éclat qui leva comme un élan puissant dans son coeur. Il sut qu'il avait déjà ressenti cela, autrefois. Avant.

Pour qui, pour quoi, dans quelles circonstances, il ne s'en souvenait pas. Mais de ce sentiment, il avait gardé la trace. Et de ce regard aussi, quelque part, au fond de lui.

Joan ne savait pas quoi faire. Elle restait assise, à le fixer. Passé le premier choc de le revoir et de sentir qu'il se passait quelque chose, ce que Gordon avait espéré sans doute, quelque chose qui ressemblait aussi un peu à ce qui était arrivé avec Ken, elle se sentit soulagée. Elle l'avait vu si blessé, si marqué par l'accident, si vaincu par la souffrance, qu'elle ne put réprimer un frisson de surprise en voyant qu'il avait retrouvé sa forme physique. Du moins, à la première impression.

Gordon s'était arrêté lui aussi et regardait son patient. Curtis ne pouvait détacher son regard de celui de Joan, et Joan de même. Elle se souvenait d'un voyage dans le temps qu'ils avaient fait lors d'une aventure, elle ressentit une sensation similaire. Celle de se retrouver, des années plus tôt, par une belle matinée d'été, sur Jupiter. Quand sa vie avait basculé, pour toujours, à jamais. Quand elle avait compris qu'elle ne pourrait jamais résister à ses yeux gris.

- Monsieur Newton, vous disiez ?, demanda nonchalamment le médecin, parfaitement conscient que survenait ce qu'il avait espéré et voulant agir pour que le mieux puisse se produire.
- Docteur... est-ce que je connais la jeune dame blonde, assise là-bas ?, demanda à nouveau Curtis sans hésiter, le regard toujours rivé à celui de Joan.
- Et bien, commença doucement Gordon, vous rappelle-t-elle quelqu'un ?
- Oui. Mais je ne sais pas qui. Et vous, savez-vous qui elle est ?

Un peu surpris, Gordon hésita à révéler aussi vite et ici-même l'identité de Joan, mais elle, elle n'y tint plus, et se leva. Elle avait entendu les quelques échanges entre le médecin et Curtis. Elle franchit d'un pas décidé la petite distance qui les séparait et dit :

- Je suis Joan, Curtis. Joan.
« Letzte Änderung: 12. April 2015, 22:59:31 Uhr von limeye »
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline Elaine

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Re: Un amour contre l'oubli
« Antwort #29 am: 28. Oktober 2013, 09:03:45 Uhr »
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