Autor Thema: Notre autre chemin  (Gelesen 8035 mal)

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Offline limeye

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Re: Notre autre chemin
« Antwort #15 am: 10. Oktober 2013, 21:03:07 Uhr »
En fait, en écrivant, Thomas va mesurer petit à petit aussi les liens qu'il a avec son père. Il va d'ailleurs souvent insister sur des choses qu'ils font tous les deux, comme si, intérieurement, ce "voyage" écrit qu'il fait le rapprochait de son père, que c'est plus important pour lui de faire le point sur ce qui les lie et les différencie qu'avec Joan (plus présente, plus à l'écoute, et puis, il s'agit là d'une relation mère-fils... c'est encore autre chose).

Au fur et à mesure, Thomas va se rendre compte aussi que son père a été plus présent qu'il ne l'a ressenti ou perçu. Et vous verrez aussi que contrairement à sa soeur, il n'était pas "armé" pour faire face à certains aléas des aventures parentales... ce que ses parents n'ont peut-être pas assez pris en compte.

Quant à la réponse pour le "notre", tu comprendras d'ici peu... mais il s'agit encore une fois d'un titre provisoire, je ne suis pas certaine qu'il corresponde bien à l'ensemble de l'histoire, vous me direz après le mot "fin"...  ;)

Bon, je vous remets un tiboutte ou pas (question stupide  ;D) ?

Bizz et bonne fin de journée / début de soirée / nuit... (rayez la mention inutile !)

Limeye  :)


AN 4

C’est cette année-là que les choses ont cessé d’être "normales". A la fin de cette année-là. Mais il faut que je commence par le début, c’est mieux.

La légende familiale - mais est-ce vraiment une légende ? - veut que ce soit au cours du printemps que mon père a demandé ma mère en mariage. En effet, ils n’étaient pas mariés, pas encore. De ce que maman m’en a dit, un jour, plus tard, jusqu’alors, ils n’avaient considéré cela que comme une formalité dont ils n’avaient nul besoin. Leur amour n’avait pas besoin de cela. Mais est-ce que ma tante n’a pas réalisé un savant travail de sape (elle est très forte pour cela, genre "Joan, tu as été témoin à mon mariage, quand est-ce que vous vous décidez Curt et toi pour que je te rende la pareille ?") ou est-ce pour une autre raison qui nous échappe, qu’ils se sont décidés ? J’oserai choisir la première solution, car ils se sont mariés le 10 juillet, date anniversaire de ma tante. C’est aussi la date anniversaire de leur grand-mère, la mère de Victor. Je ne sais pas par contre, si maman a pensé plus à cette grand-mère ou à Jelle pour ce choix…

Je garde beaucoup d’images en souvenir de ce jour, peut-être certaines sont elles restées dans ma mémoire à cause des photos prises ce jour-là. Il va sans dire que toute la "famille" était présente, mais aussi quelques amis. Eynia et Evan avaient fait le voyage, Linia et Enerd s’étaient excusés car Linia était enceinte et ne pouvait voyager. Ils regrettaient amèrement de ne pas pouvoir être présents. Mais sont aussi venus Za’an, et son fils Nu’ur, de Styx, et un personnage que nous voyons rarement mais que nous aimons beaucoup, l’ancien chef pirate Kim Ivan. Ce sera lui, le parrain de Kevin, mais je vous raconterai cela plus tard. Je vous parlerai de Kim aussi à cette occasion. Nous avons aussi vu l’ancien Président Carthew et sa femme. Carthew avait assumé son dernier mandat jusqu’à quelques mois plus tôt. Cela faisait du monde, et on s’est demandé si la petite salle de la Maison Commune pourrait accueillir tous ces gens.

Je me souviens que maman était merveilleusement belle. Elle portait une robe grise, une qu’elle remet parfois, Jelle lui avait fait une coiffure très compliquée, mais qui paraissait au final très simple, avec des fleurs dans les cheveux, des petits boutons de roses du jardin. Le bouquet qu’elle tenait était aussi composé de petits boutons de roses. J’ai toujours aimé les roses. Depuis, quand je vois un petit bouton sur le point de s’ouvrir, je pense toujours à ma mère, au mariage de mes parents. La cérémonie n’était pas très longue, comme vous vous en doutez sans doute, Jelle était donc témoin de maman, et c’est oncle Simon qui était celui de papa. Papa avait demandé à Salomé si elle voulait bien remplacer sa mère, à ses côtés, je crois que ça avait beaucoup touché grand-mère qu’il lui demande cela. Et c’est Ezra qui a conduit maman jusque devant l’officier. Ca faisait un peu vieillot, en y repensant, alors qu’ils vivaient ensemble depuis déjà plusieurs années. Mais c’était le protocole… et pour une fois, ils s’y sont pliés.

J’ai aussi participé à cette cérémonie, d’une manière spéciale. C’est moi qui gardais les anneaux. Je ne sais pas pourquoi c’est moi qui les avais et pas Eufholia. Mais j’étais très fier, et quand papa s’est retourné pour me faire signe, que grand-père Victor m’a légèrement poussé en avant, j’ai hésité un instant, puis j’ai couru vers papa. Je voyais dans son regard qu’il était vraiment heureux. Je n’oublierai jamais le regard de mon père à cet instant.

Le repas et la fête se sont déroulés dans le jardin de mes grands-parents, le nôtre était trop petit et pas assez ombragé, surtout. On avait dressé des tables devant la maison, ma grand-mère et ma tante avaient voulu cuisiner. Elles étaient folles. Ca a dû leur donner un travail monstre, je crois que des voisines sont venues les aider. C’était une belle fête. Au moment du dessert, je me souviens, je me suis assis sur les genoux de maman, j’avais envie de lui faire un petit câlin. J’étais bien, elle souriait, elle avait souri toute la journée, et elle sentait bon… la rose.

Cette année-là aussi, j'ai commencé à aller à l’école, mais j’étais "chez les petits". Je pouvais manquer des semaines sans que cela n’ait un grand impact. Quant à Eufholia… elle a su lire très tôt, elle savait compter déjà mieux que les grands, réussissait à faire des divisions dans sa tête. Même si cela effrayait un peu maman, il avait bien fallu qu’on l’accepte : elle était surdouée. Elle avait hérité de l’intelligence de notre père.

Eufholia a hérité de beaucoup de choses de papa. Mais aussi de maman. Elle a leur ténacité, leur courage, nos proches disent souvent qu’elle est plus têtue qu’eux deux réunis. Ce n’est pas peu dire, et on a raison de le dire. Car c’est vrai. Elle est très endurante aussi. Je ressens vraiment beaucoup d’admiration pour ma sœur. Elle n’a pas une vie facile.

C’est bien que je le reconnaisse, que je l’avoue. Finalement, par rapport à elle, je pourrais presqu’avoir une vie "normale". Presque. Mais je m’égare à nouveau.

Est-ce le bon moment pour vous parler de ma sœur ? Après tout, oui, car cette année-là, elle a fait quelque chose d’extraordinaire. Mais si elle a réussi un véritable exploit, j’ai, quant à moi, vécu un profond traumatisme. Souvent, je bénis Eynia et Evan de s’être mariés, que l’on soit allé sur Galaad peu après cette aventure, car cela m’a longtemps aidé. Et aussi, cela m’a aidé à trouver ma voie. Mais je vous expliquerai ça plus tard.

Donc, ma sœur. Nous avons trois ans d’écart comme je vous l’ai déjà dit. Elle, adulte, est assez grande, un peu plus que maman qui n’est déjà pas petite. Elle est cependant plus élancée, plus musclée aussi, même si maman garde une bonne forme physique et qu’elle-même a bénéficié d’un bon entraînement durant ses années à l’académie puis à la police. Pour suivre mon père de toute façon, il fallait qu’elle soit sportive… et qu’elle ait du souffle. Eufholia a des cheveux roux, comme notre père, mais les yeux bleus de notre mère. Sur son visage, on peut lire tour à tour les expressions de l’un ou de l’autre. Il est assez difficile de dire auquel de nos deux parents elle ressemble le plus. Moi, je ressemble plus à maman, sauf que j’ai les cheveux châtains, et les yeux gris de papa, j'ai au moins quelque chose de lui. Mais on peut dire de moi que je suis un "Randall", plutôt qu’un "Newton".

Voilà que je me complique. Enfin, non, je cherche la vérité. Ma vérité. Et c’est vrai, physiquement, je ressemble plus à ma mère, et surtout… à son père.

Son père. Mon grand-père. William. Vous vous souvenez ? Je vous ai dit au début, en vous présentant rapidement maman, qu’il avait disparu quand elle avait dix ans, en escortant un convoi commercial. On le croyait mort. Tout le monde le croyait mort. Il était vivant. Il avait atterri sur un astéroïde désert, mais viable. Loin de tout. Loin des hommes. Sans batterie, sans transmetteur, sans radio. Impossible d’appeler au secours. Il a survécu comme un robinson de l’espace. Jusqu’à ce que… Eufholia le retrouve.

Oui. Oui, vous avez bien lu. Ma sœur a retrouvé notre grand-père.

Elle est forte, n’est-ce pas ?

Et moi… moi, pendant ce temps, j’étais traumatisé. Je faisais des cauchemars terribles. Je ne pouvais plus voir un vaisseau… je ne voulais même plus monter à bord du Comète. Alors que c’était un de mes rêves de tout petit enfant. Voler à bord de ce merveilleux vaisseau. Etre sur les genoux de papa ou de Grag, aux commandes, voir le sol s’éloigner quand on décolle, réaliser un atterrissage en urgence, voler plus vite que la lumière…

Ces rêves se sont brisés cette année-là, à la fin de cette année-là, par un jour d’hiver froid et neigeux.

Oui, je sais, c’est important que je raconte de moment-là, même si, 22 ans après, j’ai encore du mal à l’exprimer, à le revivre. Mais peut-être que de l’écrire me fera du bien. M’aidera. Je dois y croire.

**

A cet instant, je relève les yeux de ma lecture. J’ai le cœur battant. Tout ce que je lis est déjà bouleversant. Je ne soupçonnais pas tout cela de la vie de Thomas. Je ne soupçonnais pas… je n’imaginais pas que cet homme-là… cet homme que j’aime… oh mon Dieu ! Aidez-moi… aidez-moi à l’aimer, à l’aider…

J’ai besoin de faire une pause, dans ma lecture. Mais je ne veux pas sortir encore de la tente. Je sais qu’il est au-dehors. Si je sors trop vite, il va croire que ce qu’il m’a confié ne m’intéresse pas. Dans ma tente, j’ai dans un coin un petit réchaud. Je me prépare un thé, j’en ai besoin avant de continuer. Car je devine que je vais découvrir un des moments importants de sa vie. Un moment douloureux, aussi. Et il faut que je sois forte pour pouvoir le lire.

Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline Elaine

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Re: Notre autre chemin
« Antwort #16 am: 10. Oktober 2013, 21:49:21 Uhr »
 :-* [eyeheart] [peepwall] [ghost] [goodjob] [chinese] [hello] [jump] [idea] [work] [sm] [devil] [motz] : tu arrêtes là????? :o


 [invisible] [size=78%] a bientôt[/size]

Offline limeye

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Re: Notre autre chemin
« Antwort #17 am: 10. Oktober 2013, 21:55:55 Uhr »
j'allais procéder à l'extinction des feux, mais tu me provoques  ;D !

heureuse de te croiser ce soir ! J'espère que tout va bien de ton côté...

tu as demandé une suite ? J'ai bien compris  ;D ? La voilà...

Limeye  ;)


L'hiver était exceptionnellement froid dans notre village, par endroits, à l'abri, même la mer gelait. De mémoire d'Ixiens, on n'avait jamais vu cela. Notre père était reparti en mission quelques temps plus tôt, papi Ezra avait quitté Terre pour venir s'occuper de nous, avec maman. Pour ne pas la laisser seule, même si Victor et Salomé étaient présents. Il s'était mis à neiger, beaucoup. Tant et plus qu'on ne pouvait plus aller à l'école, le chemin était impraticable. Ce jour-là, nous jouions, Eufholia et moi, dans le jardin de nos grands-parents. Quand...

Je les revois encore, ces deux hommes vêtus de noirs, le visage caché, se précipiter vers nous. J'entends encore la voix de ma sœur qui résonne "Cours, Thomas ! Cours !" Et moi, de me précipiter vers la maison, un homme cherchant à m'attraper. J'avais peur. Terriblement peur. Je crois que je n'avais jamais eu autant peur de ma vie. Malheureusement, ce n'est pas la seule fois où j'ai eu aussi peur.

Malheureusement.

L'autre homme tenait fermement Eufholia, puis il y eut un grondement. J'ai encore ce bruit dans les oreilles. Le bruit de ce vaisseau qui nous survole, le rayon tracteur qui emporte Eufholia et ses deux ravisseurs, et Soky, son chien lunaire. Ezra et Salomé étaient sortis de la maison, courant vers nous.

Que dire des heures et des jours qui ont suivi ? Tout le monde était inquiet, je ne quittais pas ma grand-mère, je ne voulais pas la lâcher. Elle était la seule personne qui me rassurait, un peu. Et papa était si loin... il a fini par retrouver Eufholia et la ramener. Et avec eux, donc, revenait notre grand-père, William. C'est vrai que je lui ressemble.

Longtemps, j'ai fait des cauchemars. Je me faisais attraper par une ombre noire, qui m'étouffait. De ce jour, j'ai toujours appréhendé les voyages spatiaux, même à bord du Comète, même vers des planètes amies, même... vers Galaad. Quand j'entendais mes parents parler d'un voyage, mes cauchemars reprenaient. Je crois que j'ai déçu mon père, j'en prends seulement conscience maintenant. C'était comme si tout ce qu'il avait fait ne m'intéressait pas. C'est faux, mais c'est difficile pour moi de le montrer.

**

Je bois une gorgée de thé, encore brûlant. Oh Thomas ! As-tu seulement dit tout cela à tes parents ? As-tu raconté tes cauchemars ? Ils auraient certainement pu mieux comprendre ta peur, ton appréhension des vols spatiaux... Tu ne pouvais peut-être pas le faire quand tu étais tout petit, mais plus grand, mais maintenant ?
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Offline flamme

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Re: Notre autre chemin
« Antwort #18 am: 11. Oktober 2013, 03:40:27 Uhr »
Coucou!

Elaine, tu sais faire parler les smileys comme personne!  ;D [rolllaugh] [chinese]

Limeye, ce pauvre Thomas a vraiment été marqué par son enlèvement raté et celui d'Eufholia... Je m'en doutais bien, en me rappelant La clé sacrée des deux mondes... Combien de fois a-t-il encore connu d'aussi grandes peurs? Il y a eu celle dans Le feu sous la glace, peut-être aussi durant le siège de Tycho dans Seules contre tous, mais y en a-t-il eu d'autres? Probablement que oui...

Je commence aussi à me poser plein d'autres questions...  ??? ??? ???
Entre autres, la même qu'O-tho...

Bizz
Flamme
 [hello]

Offline limeye

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Re: Notre autre chemin
« Antwort #19 am: 11. Oktober 2013, 09:15:09 Uhr »
Coucou les filles !

oui, Thomas a été très marqué par l'enlèvement de sa soeur. Il n'a pas cinq ans lorsque cela arrive. Il va ainsi prendre de plein fouet le fait que son père fasse un métier dangereux... et que certains puissent utiliser sa famille, ses enfants, comme moyen de pression. Il y aura en effet encore un autre moment difficile pour lui, mais je le laisse vous le raconter  ;)

en attendant, période plus calme... au fait, j'espère que vous avez aimé le récit du mariage  [eyeheart] ! C'est le seul moment de toute la Joan's Story où j'ai pu le raconter...

belle journée  [flower] !

Limeye  :)


AN 5

Cette année-là, une fois mon père revenu, une fois que nous avons retrouvé mon grand-père, a été une année plutôt calme. L'hiver a été assez agité comme ça, avec l'enlèvement d'Eufholia, le voyage dans le temps de toute l'équipe... Je garde un merveilleux souvenir du printemps et de l'été qui ont suivi. Papi William est venu habiter avec nous. Il dort dans la chambre, à l'étage, comme Eufholia et moi. Il réapprend à vivre, avec des gens autour de lui. Il dit qu'il est heureux, de découvrir qu'il a deux petits-enfants. Il est parfois un peu silencieux, solitaire. Maman nous dit de le laisser seul, parfois. Qu'il en a besoin. Qu'il a vécu des années, seul, perdu sur un astéroïde désert, qu'il faut lui laisser le temps de se réhabituer à nous. Au printemps, ils sont allés sur Terre, maman et lui, pour voir ma grand-mère, July, la mère de maman, la femme de William. Je crois que l'un et l'autre espéraient peut-être, qu'en revoyant mon grand-père, cela aurait changé quelque chose à son état. Mais ça n'a pas été le cas.

Quand je vous dis que je garde un bon souvenir de ce printemps, c'est aussi parce que ça a été une des rares fois où papa a été avec nous, sans maman. En général, c'était lui qui partait, pas elle. Et quand elle allait sur Terre, elle nous emmenait. Même si l'absence de maman et de papi n'a pas été très longue, je me souviens que nous avons passé vraiment de bons moments avec papa. Nous ne l'avions que pour nous, pour une fois. La seule fois. Il nous emmenait à l'école le matin, et allait nous chercher le soir. On mangeait à la cantine le midi. Je ne sais pas trop ce qu'il faisait dans la journée, je pense qu'il s'occupait de la maison, il travaillait aussi sans doute dans son bureau. Il n'avait pas de laboratoire sur Ixio. Il faisait des recherches, mais pas comme dans la base de Tycho. En fait, quand il était sur Ixio, il faisait beaucoup de préparations, que ce soit pour des recherches qu'il menait ensuite sur Tycho, ou pour des missions. Maman l'aidait aussi. Le soir, comme il faisait beau, on allait à la plage. On ne se baignait pas encore, car l'eau était encore froide, mais on mettait les pieds dedans, et on jouait sur le sable. On construisait des grands châteaux. Puis on rentrait, parfois on mangeait juste tous les trois, et parfois, on mangeait chez nos grands-parents. Avant de nous coucher, papa nous lisait une histoire. J'aimais bien quand il nous lisait une histoire.

Il ne nous grondait pas souvent, mais il faut dire qu'on filait doux aussi... il pouvait être très autoritaire, il élevait rarement la voix, il n'en avait pas besoin. Quand il fronçait les sourcils d'une certaine manière, cela nous suffisait à comprendre qu'on avait été trop loin ou qu'on avait fait une bêtise. En même temps, on devait être comme les autres enfants pour cela. Ni pires, ni meilleurs.
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Offline flamme

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Re: Notre autre chemin
« Antwort #20 am: 11. Oktober 2013, 12:52:49 Uhr »
Bonjour Limeye!

Bien sûr que j'ai adoré le récit du mariage, dans la fameuse robe grise, soupir...  [eyeheart] [flower] Et c'est vrai que c'est la première fois où tu y fais allusion!

On peut bien voir à quel point la relation avec son père est importante pour Thomas, à la manière dont il raconte ces moments privilégiés où les enfants pouvaient avoir leur père pour eux seuls. L'autorité subtile de Curtis nous montre aussi la force de sa personnalité,  difficile à cerner pour Thomas qui sent cette barrière...  Il donne vraiment l'impression d'avoir souhaité être plus proche de son père, sans pouvoir l'être, ça a dû être frustrant pour lui!  :(

Bises et bonne journée!
Flamme
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Offline limeye

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Re: Notre autre chemin
« Antwort #21 am: 11. Oktober 2013, 12:59:52 Uhr »
Je fais une pause dans mes rouleaux...

L'autorité subtile de Curtis nous montre aussi la force de sa personnalité,  difficile à cerner pour Thomas qui sent cette barrière...  Il donne vraiment l'impression d'avoir souhaité être plus proche de son père, sans pouvoir l'être, ça a dû être frustrant pour lui!

c'est tout à fait ça...

bizz et belle journée pour toi aussi !

Limeye  :)


AN 6

Nous avons quitté, en ce début d’année, Ixio pour un assez long voyage. Nous nous sommes d’abord rendus sur Terre, puis avec le Comète, nous sommes allés jusque sur Galaad. C’était la première fois que j’y allais. Nous étions invités au mariage d’Eynia et d’Evan. Ils ont près de neuf ans d’écart, mais ils ont été très proches dès la première fois où ils se sont rencontrés, quand Evan a passé de longues semaines sur Galaad pour mettre au point, à grande échelle, avec Eynia, le produit létal pour les vers de l’espace. Je ne vous l’ai pas encore dit, mais Evan et Eynia sont aussi mon parrain et ma marraine. Mes parents ont bien choisi. Je suis heureux que ce soit eux.

Evidemment, j'ai fait des cauchemars avant qu'on ne parte. Même durant le vol, je me sentais malade. Maman passait beaucoup de temps avec moi, et Grag, quand il ne pilotait pas (ce qui était rare, il est toujours au pilotage, car il ne dort jamais), venait passer un petit peu de temps avec moi. Je ne me suis senti mieux qu'une fois arrivés.

J'ai tout de suite aimé Galaad. C'est une belle planète, les enfants qui ont survécu et reconstruit toute une civilisation ont bien fait les choses. Maman avait longuement parlé d'Ixio avec Saraya et les autres qui devaient prendre des décisions concernant leur installation. Bien entendu, ils étaient entourés et aidés, des missions venaient les accompagner, se relayant, à la demande du gouvernement des Neuf Mondes. Papa et maman, ainsi qu'oncle Simon, étaient régulièrement en contact avec eux aussi. Ce qu'est Ixio les avait interpellés, ils ont essayé de faire quelque chose de semblable. De ne pas s'installer partout sur la planète, de respecter sa faune et sa flore. Eynia est une des meilleurs botanistes que je connaisse. Elle a un savoir impressionnant. Je suis heureux que nous soyons restés plusieurs mois sur Galaad, même si nous venions pour leur mariage, nous avons pu aussi passer du temps avec eux tous. Papa, maman et toute l'équipe, ont beaucoup travaillé avec eux, et moi... moi, je passais du temps avec Eynia et Evan. Ils étaient heureux, je crois, Eynia souriait souvent en me regardant, elle m'appelait "mon petit filleul", avec beaucoup de tendresse. C'est avec eux que j'ai appris à réaliser un herbier. Et le premier que j'ai fait, c'est celui du jardin de mes grands-parents, à notre retour. J'ai aussi passé du temps dans le laboratoire, ils m'ont laissé planter des graines, observer la germination, puis la croissance, la floraison. Comme cela m'intéressait vraiment, et même si j'étais encore petit (j'avais tout juste six ans), Evan m'a appris à collecter les graines et à les conserver. Aujourd'hui encore, je travaille comme il me l'a appris. Enfin, je veux dire que j'utilise toujours ces bases de travail.
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline limeye

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Re: Notre autre chemin
« Antwort #22 am: 11. Oktober 2013, 16:11:19 Uhr »
je vous livre une suite un peut plus tôt que prévu, mais la fin de journée sera bien occupée, donc... Je ne repasserai que tardivement !

révélation importante au cours de ce passage...

bizz et bonne lecture !

Limeye  :)


AN 7

J'ai retrouvé ces écrits, je viens de me relire. J'ai arrêté d'écrire pendant quelques temps, je ne vois pas où ça me mène. Mais de lire mes derniers mots, de repenser à Eynia et Evan, je me dis que je dois continuer. J'ai été en contact avec eux, pour des recherches. Et Eynia m'a fait parler. Elle voulait savoir comment j'allais. J'ai dit... "pas trop mal". En fait, je ne saurais bien dire comment je vais. J'essaye de ne pas penser à Solange, c'est vrai. Alors, finalement, me concentrer sur mon enfance, ça m'aide : pendant que j'écris mes souvenirs, je ne pense pas à elle, je ne souffre pas.

**

J'ai frissonné à nouveau en lisant ces quelques lignes. Je commence à comprendre pourquoi Thomas a écrit. Au début, je pensais que c'était pour "régler un compte" avec ses parents, surtout son père. Cela l'a certainement aidé à remettre des choses à plat par rapport à eux, mais je devine maintenant qu'il y a autre chose. Qu'il y a une douleur liée à cette personne, Solange. L'a-t-elle fait souffrir ? L'a-t-il perdue ? Pourquoi ? Comment ? Je résiste à l'envie de sauter des chapitres, pour lire la fin. Je veux lire les choses dans l'ordre. Comme lui-même les a écrites, comme lui-même s'en est libéré. Enfin, libéré... après la discussion de ce matin, j'en doute... malheureusement.

**

J'ai commencé la "grande" école cette année-là, à l'automne précédent, à six ans et demi. Lire, écrire, compter... en toute modestie, j’ai toujours été plutôt bon élève. En dehors de l’intérêt que j’ai porté aux plantes, les autres matières me plaisaient aussi. Je ne peux dire que j’avais des préférences, et même si j’ai suivi un parcours scientifique, j’ai aussi toujours aimé lire, je me débrouille également assez bien en langues étrangères, et notamment dans la langue internationale que je suis amené à utiliser fréquemment lors d’échanges avec les chercheurs d’autres planètes.

Je me rends compte, à me relire, que je n'ai pas encore parlé de mes amis. Au hameau, nous sommes plusieurs enfants du même âge, j'ai notamment trois amis, Benjamin, qu'on appelle Benji, Jonathan et Arthur. Ce sont mes meilleurs amis, on a fait toute notre scolarité ensemble, jusqu'au lycée, même si on n'était pas toujours dans la même classe, du moins, j'ai été avec Benji, jusqu'à mes deux premières années de lycée, Arthur, lui, n'a été avec nous qu'à l'école. Quant à Jonathan, on ne s'est pas quitté. Et comme on était pensionnaires, à Ixiopolis, on passait toujours du temps ensemble.

A l'école, je m'entendais bien aussi avec Bill, Corentin, Marty. Quant aux filles... à notre âge, les filles, ça ne nous intéressait pas vraiment. Sauf pour leur faire des blagues. Mais j'avais quand même une amoureuse, Isadora. C'est magnifique comme prénom, n'est-ce pas ? Elle était très gentille, elle avait de beaux yeux bleus. Elle vit aujourd'hui à Ixiopolis, elle est mariée et a deux petits enfants. J'ai l'occasion de la revoir, parfois, au village, quand elle vient voir ses parents. On rit souvent à l'idée qu'on était l'amoureux l'un de l'autre. Elle est la première fille que j'ai embrassée. Enfin, embrasser... à cet âge, on imite les grands, on n'embrasse pas "pour de vrai".

**

A l'automne de cette année-là, Eufholia commença le lycée. Elle va vite sauter une classe, puis deux, et finira le lycée avec deux ans d'avance. Et encore... je reste persuadé qu'elle aurait pu gagner une classe supplémentaire, mais maman a refusé. Elle ne voulait pas qu'elle aille trop vite. Mais intellectuellement, il est difficile de suivre Eufholia. A part papa et oncle Simon, personne ne le peut. En tout cas, je ne connais personne qui le puisse, même aujourd'hui, que je travaille, même durant mes études, je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui avait l'intelligence de ma sœur.

Ah, vous vous dites que si un jour, vous aviez l'occasion de rencontrer ma sœur, vous vous sentiriez tout petit à côté d'elle. Or Eufholia a cette capacité de se mettre à la hauteur des gens, surtout quand ce sont des gens qu'elle aime. Mais elle ne se laisse impressionner par personne. Je peux vous le jurer.

**

Ce que je sais, Thomas, c’est que tu attises ma curiosité avec ta grande sœur. Tu me donnes vraiment envie de la rencontrer ! Peut-être m’impressionnera-t-elle en effet… peut-être pas tant que ça ? 
« Letzte Änderung: 12. Dezember 2014, 22:16:55 Uhr von limeye »
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline flamme

  • Simon Wright
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Re: Notre autre chemin
« Antwort #23 am: 11. Oktober 2013, 19:48:55 Uhr »
Coucou Limeye!

Alors, la voilà, l'épine... et elle est logée en plein cœur, aïe...  :'(

Ça m'a fait bizarre de lire "la personne qui écrit en italique" ensuite, parce que je voyais mes questions mentales apparaître sur l'écran!  :o

J'ai aussi eu un commentaire de plus: tiens, Solange... ça sonne familier, tu as déjà employé ce prénom dans Étoile filante! Elles ne semblent pas faites pour vivre avec un Newton, les personnes qui portent ce prénom...  [suspicous]

Je conclus une autre chose encore: je crois volontiers Thomas quand il dit qu'il aime beaucoup Eufholia , qu'il l'admire et qu'il en est très fier, mais je crois qu'elle l'impressionne malgré tout, et quelque part, il lui envie, sans amertume et sans jalousie, cette assurance et cette force, ces traits de caractère qu'elle a hérités de leur père. Et sûrement la façon qu'elle a de voir la vie, ainsi que leur relation père-fille: pour elle, le choix de vie de ses parents n'est pas lourd à porter, à accepter, à comprendre... Elle vit très bien avec tout ça, elle... elle est sur la même longueur d'onde que son père, aussi...  :(

Je grésille toujours autant, au fur et à mesure que le récit avance! Et même un petit peu plus à chaque fois... Ça prendrait vraiment un Smiley sur un gril, ou sur des charbons ardents!  >:( C'est ça qui s'en rapproche le plus, mais il a l'air fâché, alors que je suis simplement  [jump] [jump] [jump]

Bizz
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Offline limeye

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Re: Notre autre chemin
« Antwort #24 am: 11. Oktober 2013, 23:00:07 Uhr »
Bonsoir à toutes !

on pourrait en effet presque dire que Thomas fait un complexe d'infériorité par rapport à son aînée... pour qui tout semble plus facile, couler de source... lui a vraiment du mal à se situer. Et certaines aventures (comme cette tentative d'enlèvement, ainsi qu'une autre épreuve, un peu plus tard), plus cet échec amoureux le rendent fragile... il a du mal, du coup, à prendre conscience de ses forces, de ses qualités...

un dernier "boutte" pour aujourd'hui, le sommeil me gagne... Je vous souhaite  [goodnight]

ah oui, au fait, à part quelques menues corrections (fautes de frappe ou tournures à revoir), j'ai oublié de vous dire que cette histoire est désormais entièrement rédigée...

bizz

Limeye  :)


AN 8

De repenser à mon enfance, ça me fait un peu "drôle". J'ai longtemps occulté certains événements, j'ai relu ce que j'ai écrit concernant l'enlèvement d'Eufholia. Une chose me frappe. Je comprends seulement maintenant, maintenant que j'ai posé sur le papier cette histoire, pourquoi je ne supporte pas le noir, pourquoi aussi, j'ai peur de la nuit. A cause du noir. Voilà pourquoi je n'ai pas pu prendre la suite de papa. De toute façon, je n'en avais pas les capacités intellectuelles, et Eufholia s'inscrivait déjà tant dans ses pas... elle a su piloter le Comète à quinze ans, elle faisait déjà des combinaisons de codes très compliquées... moi, je suis incapable de faire tout cela. A cause du noir. Des vêtements noirs que portaient ses ravisseurs. Ceux qui ont aussi tenté de m'enlever. Peut-être que si j'avais pu expliquer à Solange vraiment...

Non, elle m'aurait ri au nez. Elle se serait moqué de moi, et... provocatrice comme elle est, elle aurait fait exprès de porter du noir. Je me souviens que j'avais essayé de lui faire comprendre pourquoi je n'aimais pas quand elle mettait des dessous noirs, mais je n'ai pas réussi. J'avais peur d'elle quand je la voyais ainsi.

C'est bizarre que je fasse le rapprochement juste maintenant, alors que je voulais parler de l'année de mes 8 ans. Car c'est à cet anniversaire-là que grand-mère m'avait tricoté un très beau pull. Mais il était noir. Je ne l'ai jamais porté. J'ai prétexté qu'il me grattait. C'était faux. Je ne voulais pas le porter... parce qu'il me faisait peur.

**

Bon, de ce côté-là… c’est le genre de choses dont je peux me passer aisément. Je passe rapidement en revue dans ma tête les vêtements noirs que je possède et je me rends compte que j’en ai très peu. Un ou deux pantalons, une jupe que je mets rarement. Quant aux dessous… moi non plus, je n’aime pas les dessous noirs. Je trouve que ça fait pute. Et puis, j’ai toujours préféré porter des couleurs, surtout depuis l’hôpital. Si un jour, Thomas, si un jour… je te promets que je ne porterai jamais de noir. Plus jamais de ma vie.

**

C'est cette année qu'Eufholia est entrée au lycée, à Ixiopolis. Comme maman avant elle, elle se retrouve pensionnaire. Comme tous les enfants du village. Dans trois ans, ce sera mon tour aussi. C'est un grand changement pour elle, pour moi, pour nos parents. Je me retrouve seul avec eux quatre jours par semaine. Eufholia rentre à la maison le mardi soir, jusqu'au jeudi matin, puis le vendredi soir, jusqu'au lundi matin. Ces deux matins-là, elle se lève très tôt pour prendre le bus qui l'emmène jusqu'au lycée. Des fois, elle dit en riant, qu'avec le Cosmolem, ce serait plus rapide... C'est son côté "fonceuse" qui parle.

Donc le lundi soir et le jeudi soir, je suis seul avec papa, maman et William. Et quand papa est absent, seul avec maman et papi. Au début, ça m'a fait bizarre, surtout quand l'hiver est arrivé, car là, Eufhohlia ne rentrait plus que le vendredi. Puis finalement, j'ai apprécié. Pour la première fois de ma vie, contrairement à ma grande sœur, j'avais nos parents pour moi tout seul. Et parfois, juste maman. Et papi, bien entendu. 

Ces deux années ont été très importantes pour moi. Parce que, soudain, il me semblait que mon père me portait plus d'attention. Ce n'est pas qu'il ne s'intéressait pas à moi, avant, mais ma sœur est si brillante qu'il se trouvait face à elle comme face à un miroir. Ils menaient tous deux déjà des discussions que j'avais du mal à suivre, et maman, parfois aussi. Cela a fait aussi que maman et moi étions proches. Maman m'emmenait souvent, le soir après l'école, au printemps et au début de l'automne, à la plage. Elle me racontait combien elle aimait se baigner. C'est avec elle que j'ai appris à nager. En fait, c'est avec elle que nous avons tous appris à nager.

C'est aussi au printemps de mes 8 ans que maman m'a raconté pourquoi Eufholia porte ce prénom. Papa était reparti en mission, j'étais seul avec maman et papi William. La première fleur d'Eufholia venait d'éclore dans notre jardin ; dès la première année où mes parents se sont installés sur Ixio, maman en avait plantées dans le jardin. Comme je l'admirais, et que je lui demandais son nom (j'avais entrepris cette année-là de réaliser l'herbier de notre jardin, le deuxième que je faisais), elle m'a dit : "Eufholia". J'ai répondu : "non, maman, la plante, elle s'appelle comment ?" Alors elle a eu un rire léger et m'a dit "Eufholia Esperanza. C'était la plante préférée de la maman d'Eynia, et c'est grâce à cette plante que nous avons pu vaincre la menace des vers de l'espace. J'ai trouvé la bonne composition alors que j'allais accoucher de ta sœur. Pendant l'accouchement, je me suis dit que si c'était une fille... je l'appellerais Eufholia."

Elle m'a raconté aussi un peu plus en détail cette histoire, je savais déjà comment ils étaient venus en aide aux enfants de Galaad, à Eynia et les siens, mais je ne connaissais pas exactement l'histoire du prénom de ma sœur. J'ai beaucoup aimé cette histoire. Je me souviens que ce jour-là, j'ai dit à maman : "Il faudra toujours avoir une Eufholia dans notre jardin. Et quand, un jour, j'aurai ma propre maison, alors ce sera la première fleur que je planterai". Elle m'a serrée dans ses bras.

Le soir-même, je lui ai demandé, alors qu'elle venait m'embrasser avant que je m'endorme, pourquoi, moi, je m'appelais Thomas. Je voulais savoir si mon prénom lui aussi avait une histoire particulière. Elle m'a dit :

- C'est un prénom que nous aimions beaucoup, ton père et moi. Quand j'étais enfant, j'avais lu un livre dont l'histoire se passait il y a très longtemps, dans un pays en guerre. Deux communautés s'affrontaient. Les héros étaient quatre enfants, deux filles, deux garçons, appartenant à ces deux communautés. Au début ennemis, comme leurs parents, ils sont devenus amis. L'un des garçons, Thomas, est tombé amoureux de la fille de l'autre camp. J'aimais beaucoup cette histoire. Quand j'étais enceinte de toi, et que nous cherchions un prénom, pour un garçon et pour une fille, car comme pour ta sœur, nous voulions la surprise, j'ai raconté cette histoire à ton père et cela lui a beaucoup plu. Nous avons donc décidé que si nous avions un garçon, ce serait ton prénom.

Puis maman m'a laissé, et avant de m'endormir, j'ai réfléchi à cela. J'étais heureux que mon prénom ait une histoire, qu'il ait une signification particulière pour maman. Même si c'était beaucoup moins original que pour Eufholia.

**

J'aime ces deux histoires autour de vos prénoms, à ta soeur, et toi, Thomas. Et puis, tout simplement, j'aime ton prénom... Je trouve qu'il te va bien tout simplement ! Tu sais, quelque part, l'histoire du mien est sensiblement proche du tien... ma mère aussi lisait dans son enfance un livre dans lequel une petite fille prénommée Babette apparaissait, et elle avait un faible pour cette petite aventurière ! Alors, comme ta mère, pour toi, la mienne a ainsi choisi mon prénom...
« Letzte Änderung: 12. Dezember 2014, 22:21:58 Uhr von limeye »
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline O-tho

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Re: Notre autre chemin
« Antwort #25 am: 12. Oktober 2013, 05:11:24 Uhr »
Coucou Limeye,

Ahah, c'est Babette alors...Mise a part ca, on dirait qu'il a du lui en arriver de belles a elle aussi...2 ames en peine qui se trouvent?  ;D

O-tho

Offline limeye

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Re: Notre autre chemin
« Antwort #26 am: 12. Oktober 2013, 09:24:37 Uhr »
Hello à toutes !

oui, O-Tho, vous voici donc révélée l'identité de la personne qui écrit en italique. Une troisième personne interviendra aussi dans le récit, mais beaucoup plus tard. Quant à Babette, elle a en effet traversé une lourde épreuve, d'une nature totalement différente de celle de Thomas. Elle la racontera plus longuement plus loin dans le récit.

Je vous souhaite un bon début de journée  [flower] !

Limeye  :)


AN 9

Notre vie en ces années-là était finalement assez tranquille. Papa s'absentait, plus ou moins souvent, plus ou moins longtemps. Il y a d'autres enfants, au village, dont le père s'absente aussi, de temps en temps. Pour le travail. Sauf que le travail de mon père... ce n'est pas du travail comme celui des autres papas. Et le mien... je ne peux pas en parler avec mes amis, je ne peux pas dire ce qu'il fait. Pas vraiment. Pour des raisons de sécurité. Ce n'est que dans quelques années que je vais vraiment comprendre pourquoi. Pour l'heure, ce qu'il fait paraît "normal" à Eufholia, à moi, un peu moins... disons que j'ai du mal à comprendre pourquoi il part, pourquoi il s'en va parfois, pour sauver des peuples qui sont loin, qui ne nous sont rien... et qu'il nous abandonne. Oui, en ces années-là, j'ai le sentiment qu'il nous abandonne et j'en veux terriblement à ces gens qui le retiennent, qui nous l'enlèvent.

Je leur en veux aussi, car, plus qu'Eufholia peut-être, car elle est en pension et ne rentre que deux fois par semaine, pour le mercredi et le week-end, je mesure l'angoisse de maman. Car quand il est absent, moi aussi, je dors mal. Il m'arrive aussi, dans ces périodes-là, de rêver qu'il est enlevé par des ombres noires et qu'il ne reviendra plus jamais. Malheureusement, ces cauchemars se sont presque réalisés. Mais heureusement, il nous est revenu. Mais bon, je vais trop vite, je parlerai de cela en temps et en heure.

Je veux dire aussi que durant ces deux années de la fin de mon enfance, j’ai vraiment développé cette passion pour les plantes et la nature. Je passais tout mon temps libre dans nos jardins, le nôtre ou celui de nos grands-parents. J’avais aussi entamé la réalisation d’un herbier des plantes de la côte, mais j’ai dû abandonner celui que je voulais faire avec des algues, car ça sentait trop mauvais, je n’arrivais pas à les faire sécher correctement. Mais celui que j’ai réalisé des plantes du littoral se trouve toujours dans la bibliothèque du bureau de papa. Je l’avais terminé alors qu’il était parti en mission, et à son retour, je me souviens très bien, on était assis tous les deux dans le salon, un soir. Eufholia était au lycée. J’étais monté dans ma chambre, je suis redescendu avec l’herbier et j’ai dit à papa :

- Papa, j’ai fait quelque chose pendant que tu étais parti, je voudrais te le montrer.
- Bien sûr, mon Thomas. Qu’est-ce que c’est ?

On s’est donc installé sur le canapé, et il a regardé avec beaucoup d’intérêt ce que j’avais fait. Il ne m’a livré ses impressions qu’une fois qu’il eut tout regardé.

- Il est encore plus complet que celui que tu as fait de notre jardin. Tu as noté les dates de tes récoltes, les lieux précis… et ta présentation en est très soignée. C’est un très beau travail, Thomas, félicitations !

J’étais très fier. Très fier de recevoir les compliments de papa. Maman m’encourageait toujours, elle disait que si j’aimais les plantes, je pourrais trouver de nombreux métiers en relation avec elles. Et c’est vrai. J’aurais pu devenir horticulteur, jardinier, pharmacien… j’ai choisi la botanique pure, car elle me permet de faire des explorations régulières sur le deuxième continent. Mais aussi de la recherche en laboratoire, et cela me rapproche de papa.
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Offline limeye

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Re: Notre autre chemin
« Antwort #27 am: 12. Oktober 2013, 19:23:14 Uhr »
Et un autre tiboutte pour la fin / milieu de journée...

bizz

Limeye  :)


AN 10

Pour mes dix ans, j'ai droit à un cadeau particulier. Vraiment particulier. Comme pour Eufholia avant moi, papa me fabrique une montre. Je la porte toujours. Je n'en ai jamais porté d'autres. Elle ressemble à la sienne, les étoiles qui scintillent autour de Saturne. Sur celle d'Eufholia sont représentées des petites fleurs rouges autour d'une étoile. Pour moi, il a choisi des petites feuilles stylisées, autour de l'étoile. J'aime beaucoup ce cadeau. Cette montre est unique. Il en fabriquera également une pour Kevin et une pour Soledad. Celle de Soledad est très réussie : l'étoile est entourée par des notes de musique. Je la trouve particulièrement représentative de ma petite sœur.

Cette année-là, cependant, nous devinons très vite, Eufholia et moi, qu'un changement s'annonce. C'est un soir d'été, au tout début des vacances. Cela ne fait que quelques jours qu'Eufholia est rentrée du pensionnat. Nous avons passé la fin de journée à la plage. Moi, comme toujours pendant les vacances d'été, j'aide mes grands-pères dans le jardin. Victor et Salomé ont l'un des plus beaux jardins du hameau, il y a toujours des choses à y faire, surtout en cette saison. J'aide à cueillir les fruits, à planter les légumes dans le potager, on ne va pas tarder à commencer la récolte des petits pois.

On avait mangé dehors, tous les cinq. En dessert, maman avait préparé un grand saladier de fromage blanc avec des fraises du jardin. On l'a dévoré. Alors que le soleil venait de disparaître derrière le pignon de la maison, papa a passé son bras autour de l'épaule de maman, elle s'est appuyée contre lui. Papi était au bout de la table, et il souriait d'un air complice et malicieux. C'est papa qui a parlé en premier :

- Les enfants, maman et moi, nous avons quelque chose d'important à vous annoncer.

On s'est regardé, Eufholia et moi, puis on les a regardés. On était assis en face d'eux, dos au jardin. Maman a continué :

- Vous allez avoir un petit frère ou une petite sœur.

Eufholia a sauté sur ses pieds, en poussant un grand cri de joie, elle s'est précipitée vers eux. Moi, je restais un peu bête, à les regarder... puis j'ai crié aussi et j'ai adressé un grand sourire à maman. Et je suis venue me blottir contre elle. Là, papa a dit :

- Alors, doucement avec maman, hein, je compte sur vous...
- Tu dois repartir ?, a demandé Eufholia.
- Je vais repartir la semaine prochaine sur Tycho, mais je ne resterai pas longtemps. Deux semaines tout au plus. Je passerai le reste de l'été avec vous.
- Je pourrais venir avec toi ?

Ca, c’était bien Eufholia. Toujours à vouloir aller dans le Comète, à vouloir aller sur Tycho… Papa a refusé, mais j’ai bien vu que ça lui était difficile.

Durant l'absence de papa, et même après, on a été très prévenant avec maman. Elle avait souvent les traits tirés, le matin, elle avait beaucoup de nausées. Ca s'est passé au fil des semaines. On l'aidait pour tout ce qu'on pouvait, mettre la table, faire les courses au village. On y allait à vélo, Eufholia et moi, on faisait la course. J'étais assez grand, pour mon âge, et bien musclé. J'arrivais à battre ma sœur dans les descentes... j'arrivais souvent premier à la maison. J'adorais ces balades en vélo avec elle.

C'était ma dernière rentrée à l'école du village, j'étais content de ne pas encore aller au lycée, alors que maman était enceinte. J'allais pouvoir en profiter pour prendre soin d'elle.
« Letzte Änderung: 1. Dezember 2013, 05:25:52 Uhr von limeye »
Tout ce que nous avons à décider, c'est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti (Gandalf le gris / Tolkien).

Offline Elaine

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Re: Notre autre chemin
« Antwort #28 am: 12. Oktober 2013, 19:48:46 Uhr »
 :) coucou Limeye,

bon alors là franchement difficile le mauvais esprit :-[, je fonds tellement c'est touchant :-* mais je résiste, il faut  ;D : alors un garçon qui écrit un journal intime c'est déjà pas banal mais qui écrit autant de sentiments?  Certes il est le sensible de la famille mais c'est intéressant comme tu renverse le genre, c'est la famille où l'éducation compense les préjugés sexistes, défie les "lois dites naturelles" où un garçon ne doit pas exprimer d'émotions, est destiné à dominer dans un clan. Ici les filles dominent, Eufholia malgré son prénom de fleur, SOlidad par son excellence qui surpasse ses sentiments. Pourtant le schéma familial de départ ne les prédestinait pas à ces choix.  [goodjob]

J'aime bien l'idée du prénom qui reste depuis l'enfance et qui émerge, moi aussi je connais cela [master]

A bientôt pour la suite ;D quand je reviens je suis un ange de patience [angel]

 [jump] [jump] [jump] [work] [sm] [vanish]

Offline limeye

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Re: Notre autre chemin
« Antwort #29 am: 12. Oktober 2013, 19:58:21 Uhr »
Ah Elaine !

j'aime ta patience et ton mauvais esprit... que tu as du mal à exprimer ici  ;D (je pense que tu y parviendras à un moment où à un autre de l'histoire, je te fais confiance...  ;))

c'est la famille où l'éducation compense les préjugés sexistes, défie les "lois dites naturelles" où un garçon ne doit pas exprimer d'émotions, est destiné à dominer dans un clan.

On peut aussi espérer que dans le futur tout cela aura un peu changé...

Et pourquoi un garçon n'écrirait-il pas un journal intime ? Je ne sais pas si les filles dominent dans cette famille... intellectuellement, elles sont au-dessus des garçons, certes, et pour Eufholia, c'est une évidence qu'elle est la meneuse... l'aînée, celle qui a des rapports privilégiés avec les parents, et notamment avec son père (rapport père / fille + la surdouée du lot... avec le surdoué de père, forcément...)

La suite, certainement pour demain matin seulement... là, faut qu'on passe à table ! La loi naturelle de l'appétit revient vite au galop  ;D

bizz

Limeye  :)
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